Le harcèlement sexuel pénalise les femmes au sein des facultés de médecine et de science. Et pourtant, aucune preuve ne démontre que les politiques mises en place par les universités américaines n’ont encore contribué à régler ce fléau.

Les années d’efforts au sein des universités de science américaines pour contrer le harcèlement sexuel peinent à montrer des résultats concrets et il serait le temps de les revoir, soutient un récent rapport (NASEM) publié par l’Académie nationale des sciences.

Il s’agit de politiques inefficaces, car elles protègent les institutions et non les victimes, rapporte même la revue scientifique Nature. Les universités, les fonds de recherche et les sociétés savantes se doivent d’agir plus durement et de prendre des sanctions contre leurs membres accusés de harcèlement, résument les experts derrière ce rapport.

Une étudiante en science sur 5 – voire 1 étudiante sur 4 en génie – soutient avoir été harcelée sexuellement par une personne de sa faculté, selon un sondage de l’Université du Texas datant de 2017, cité dans le rapport. Pour les étudiantes en médecine, il s’agit presque d’une sur 2 : 40 % des étudiantes avouent avoir été victimes de paroles ou de gestes déplacés d’une personne de leur entourage académique.

Ce rapport, fruit de 2 ans de travail, totalisant plus de 300 pages et lancé après les révélations de #MeToo, souligne qu’il n’y a aucune preuve que les comportements fautifs aient été corrigés malgré les diverses approches, procédures ou politiques adoptées par les universités.

Coercition sexuelle, attention sexuelle non sollicitée et harcèlement lié au genre constituent les trois types de harcèlement sexuel identifiés par le comité dans le milieu universitaire, des actes jugés tous illégaux aux États-Unis.

Les cas de harcèlement sexuel qui se multiplient dans les domaines scientifiques pousseraient même les étudiantes à quitter les sciences. Et pour celles qui décideraient de poursuivre leur formation, leur performance et leur productivité seraient compromises.

En plus de symptômes de dépression, d’insomnie et de stress, ces comportements entraînent chez les étudiantes des situations d’évitement social – des victimes témoignent dans ce rapport de leur fréquent absentéisme lors des réunions de travail – et de désinvestissement dans leurs projets de recherche.

L’avancement au mérite, mis en place dans les universités, pourrait paradoxalement nuire aux femmes qui, pour ne pas compromettre l’avancement de leur carrière, préfèreraient ne pas rapporter les situations de harcèlement.

Le panel d’experts a émis 15 recommandations détaillées, telles que l’importance de rendre indépendantes les jeunes scientifiques face aux chercheurs plus anciens en matière d’avancement et d’accès aux subventions et de la nécessité pour les institutions de traiter de ce problème avec le même sérieux que les inconduites en matière de recherche.

Il enjoint aussi les décideurs à légiférer afin que les victimes puissent porter plainte non seulement au sein de l’université, mais également au civil pour que les employés des facultés concernées ne puissent traiter ces plaintes sous le couvert de la confidentialité seulement.

Le harcèlement sexuel est un sujet sensible pour l’Académie nationale des sciences, car certains de ses propres membres ont été reconnus coupables de conduites inappropriées. Une pétition recensant plus de 3 800 signatures appelle d’ailleurs à leur renvoi de cette prestigieuse institution scientifique.

Le milieu académique arrive en seconde position en matière de harcèlement sexuel, derrière l’armée, avec un ratio de 58 % des employés rapportant avoir vécu ce type d’expérience au travail.