Les chercheurs sont de plus en plus nombreux à abandonner l’idée que les humains modernes proviennent d’un seul endroit sur Terre et d’une seule population originelle. Une récente étude soutient plutôt, dans la revue Trends in Ecology and Evolution, que l’Homo sapiens descendrait de groupes de populations africaines éloignés les uns des autres, soumis à de nombreux échanges à travers le temps.

D'autres récentes découvertes anthropologiques et archéologiques, des études des ossements jusqu’à celles impliquant la génomique ou les reconstructions détaillées des climats et des habitats d’Afrique depuis plus de 300 000 ans, montrent en effet que notre origine pourrait être bien plus complexe que l’on croyait.

L’archéologue de l’Université Oxford et auteure principale de la nouvelle recherche internationale, Eleanor Scerri, parue plus tôt ce mois-ci, soutient ainsi, dans le journal The Guardian, qu’« une origine unique, à partir d’une seule population, se retient mieux, mais nous pensons que cela peut être un point de vue trop simpliste ».

Après son émergence il y a environ 350 000 ans, documentée grâce aux découvertes de fossiles, la lignée de l’Homo sapiens serait plutôt le résultat d’une large mosaïque de différentes populations dispersées sur le continent africain. Différents groupes de chasseurs-cueilleurs, isolés les uns des autres par de vastes déserts et de denses forêts, ce qui aurait donné naissance à une grande diversité. Ce sont ces dizaines de milliers d’années d’échanges culturels et de croisements génétiques qui auraient donné corps à la lignée de l’homme moderne.

Ce point de vue « continental » réconcilierait les interprétations contradictoires des plus anciens fossiles de l’Homo sapiens aux formes très variées, découverts en Afrique du Sud (Florisbad), en Éthiopie (Omo kibish) ou encore au Maroc (Jebel Irhoud).

Sans compter qu’il faudra sans doute réécrire l’histoire de l’évolution humaine différemment à la lumière de récentes découvertes en provenance d’Asie. Des outils de pierres, vieux de 2,12 millions d’années, ont été trouvés sur le site de Shangchen, en Chine, rapportait dernièrement Science News, ce qui signifie que la colonisation préhistorique de l’Asie pourrait être bien plus ancienne que l’on ne le pensait.

Cette étude, parue dans la revue Nature, recule ainsi de 250 000 ans l’occupation chinoise par le prédécesseur de l’Homo erectus, ce qui ferait de lui le plus vieil hominidé connu à l’extérieur de l’Afrique.

Quel rôle mystérieux joue l’Asie dans cette histoire des origines de l’humanité s’interroge à son tour la revue New Scientist qui consacre un dossier aux récentes découvertes, mais aussi aux plus anciennes, comme celle de l’homme de Pékin, un représentant d’Homo erectus vieux de 500 000 ans et trouvé en 1923 à 50 km de Pékin, appelée aujourd’hui Beijing.

Suite à une autre découverte dans la province de Guangxi, à Zhirendong en 2007, d’une mâchoire datant de 110 000 ans qui pourrait appartenir à un Homo erectus — ou un hybride croisé avec une autre espèce, le débat perdure — certains scientifiques suggéraient l’urgence de revoir toute l’histoire de nos origines. Une préhistoire qui s’avère de plus en plus complexe et diversifiée.