Elle aura survécu 11 500 ans dans une caverne du Brésil, seulement pour être détruite 40 ans après sa découverte, dans un incendie résultant manifestement de très mauvais choix politiques.

Si la destruction par les flammes du Musée national du Brésil, dimanche soir, a envoyé une onde de choc à travers le monde, le sort de Luzia — un crâne, une partie du bassin et quelques os — symbolise le caractère inestimable de ce qui a été perdu. Elle est l’un des plus anciens fossiles humains des trois Amériques, et le plus ancien d’Amérique du Sud. Elle est peut-être la seule représentante connue d’une première vague d’humains, dits « paléo-indiens », à avoir mis pied sur le continent. Et le Musée lui-même, avec ses 200 ans célébrés en juin dernier, n’était pas seulement le plus ancien du Brésil, mais l’un des plus grands musées d’histoire naturelle des Amériques.

Mais la colère des Brésiliens exprimée lundi devant l’édifice ravagé vient aussi du fait qu’il s’agit apparemment d’une perte qui aurait pu être évitée. De nombreux reportages ont répété que « le musée était délabré » ces dernières années, en raison de coupes budgétaires en éducation, en science et en culture subies dans l’ensemble du pays — un pays qui traverse un chaos politique marqué notamment par l’emprisonnement de l’ex-président Lula sous des accusations de corruption, alors que plusieurs des dirigeants actuels font eux aussi face à des accusations de corruption. Cité par l’Associated Press, le directeur adjoint du musée, Luiz Fernando Dias Duarte, a critiqué les autorités pour « avoir privé le musée d’un financement vital tout en dépensant sans compter pour les stades de la Coupe du monde de 2014 ».

Un reportage paru en mai dernier dans Folha, le plus grand quotidien du Brésil, faisait état d’une baisse constante du budget du musée depuis 2013, et projetait des revenus faméliques pour 2018.

Encore que le reste du monde en parle relativement peu, en-dehors des cercles intéressés par la science et la culture. Comme l’exprime sur Twitter l’auteur et professeur britannique Simon Lewis, « si l’État islamique avait fait ça, il y aurait une colère à grande échelle, mais comme c’est l’austérité qui l’a fait ; j’aimerais voir la même colère et la même détermination ».

L’incendie aurait détruit 90 % des artefacts, selon des estimations préliminaires — d’un fossile de dinosaure jusqu’à des objets de l’Antiquité égyptienne et gréco-romaine en passant par 1800 artefacts amérindiens d’avant l’arrivée des Européens.

 

Ajout 4 septembre, 22h : une collection de 5 millions de papillons et autres arthropodes; des céramiques et des enregistrements audio de cultures autochtones du Brésil en voie de disparition ou disparues; une momie du Chili de 3500 ans; un aperçu des trésors perdus dans i'incendie (The Atlantic). Témoignages et photos de ce qui a été perdu (New York Times).

Ajout 5 septembre: La perte subie par le Musée est incalculable pour quiconque s'intéresse au savoir, parce qu'on ne sait jamais quand et à quoi servira une collection muséale, écrit Sabrina Shots, conservatrice au Musée Smithsonian de Washington. « Pour comprendre certaines des plus grandes menaces de notre futur, les scientifiques regardent dans le passé ». (Scientific American)