Après l’Est de l’Amérique du Nord, c’est au tour de l’Europe de subir des froids sibériens… et les exhortations de parents qui viennent avec : « habille-toi, tu vas attraper le rhume ! » Y a-t-il une parcelle de vérité à cette phrase qu’on assène aux enfants qui sortent entre novembre et avril, le manteau grand ouvert ? Pas vraiment.

Les faits

« On aura beau s’installer au pôle Nord, pieds nus et cheveux mouillés, s’il n’y a que des phoques et des ours polaires pour nous tenir compagnie, on n’attrapera pas le rhume ! », s’exclame le Dr Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal. La raison est simple : les virus du rhume et de la grippe se propagent au moyen de la salive et des mucosités que la toux et les éternuements projettent hors du corps.

Ainsi, le simple fait de se trouver à proximité d’une personne malade peut faire en sorte qu’on contracte son virus qui se trouvait en suspension dans l’air. On peut également l’attraper en touchant du mobilier ou des objets qu’elle a manipulés, puis en portant nos mains à notre bouche et à notre nez. Ce n’est pas pour rien qu’on recommande de se laver soigneusement les mains en période grippale !

De plus, « les virus ont une saisonnalité et, sous nos latitudes, il y a plus de virus en hiver qu’en été », explique le spécialiste. « Comme on est plus souvent confinés dans des espaces clos en hiver qu’en été avec des personnes qui ont un virus, c’est normal qu’on soit plus exposés aux virus, mais ça n’a rien à voir avec le froid. »

Toujours pas convaincus que le froid ne donne ni le rhume ni la grippe ? Sachez que des chercheurs anglais d’un centre de recherche appelé Common Cold Unit ont jadis mené une expérience avec des volontaires sortant du bain qui devaient rester nus et mouillés dans un corridor froid pendant 30 minutes. Ils pouvaient ensuite s’habiller, mais devaient porter des chaussettes imbibées pendant plusieurs heures, dans le froid. Résultat : malgré une chute de leur température corporelle, ils n’avaient pas plus de rhumes que le groupe de contrôle gardé bien au chaud.

N’imitez surtout pas ces valeureux cobayes quand le mercure est sous zéro, vous pourriez souffrir d’hypothermie ou d’engelures… des maux qui, eux, ont tout à voir avec le froid !

 

- Ève Beaudin

 

Mise à jour du 23 mars

À la suite de la parution de ce texte, quelques lecteurs ont écrit au Détecteur de rumeurs pour en savoir plus sur ces trois affirmations, souvent relayées dans les articles qui traitent du lien entre le froid et le rhume :

  1. Le froid assècherait nos voies respiratoires, ce qui nous rendrait plus susceptibles aux infections
  2. Avoir froid diminuerait notre réponse immunitaire.
  3. Certains virus survivraient mieux au froid.

Ces trois points ont leurs mérites, puisqu’ils ont fait l’objet d’études au fil des années. Mais ils ne remettent pas en question notre conclusion. En gros, les réponses des experts, comme le Dr Karl Weiss, du département de microbiologie de l’Université de Montréal, peuvent se résumer ainsi:

  1. Il est vrai qu’un temps froid et sec peut assécher les muqueuses nasales. Et parmi les quelque 200 virus responsables du rhume, certains « s’attacheraient » mieux aux muqueuses asséchées. Mais pas tous: on ne peut donc pas généraliser en disant que notre système respiratoire est plus susceptible aux infections quand il fait froid.
  2. Le système immunitaire est très complexe et l'équation « avoir froid affaiblit le système immunitaire » est trop réductrice.
  3. Sur les quelques centaines de virus responsables du rhume, certains virus survivent mieux au froid, mais ce n'est pas le cas de la majorité, qui préfère les températures proches de notre température corporelle.