La nouvelle a été reprise le mois dernier par beaucoup de médias : l’atrazine, un herbicide de synthèse utilisé en agriculture, se retrouve dans l’eau consommée par de nombreux Québécois.

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Ce serait le pesticide le plus fréquemment détecté dans les eaux de surface au Québec : on le retrouverait même dans 98 % des échantillons d’eau des régions où pousse le maïs. C’est ce que démontrent les campagnes d’échantillonnage initiées par le ministère de l’Environnement du Québec.

Les rivières québécoises en contiendraient des concentrations qui pourraient être inquiétantes pour la faune et la flore aquatique. Cela pourrait l‘être aussi pour l’homme, s’alarmait l’organisme Équiterre dans un communiqué.

Reconnue comme un perturbateur endocrinien, l’atrazine a des effets toxiques sur l’équilibre hormonal et le développement des petits vertébrés — des grenouilles, des rats — et il modifierait même le système hépatique des chiens.

Mais il y a peu d’études épidémiologiques sur les populations humaines et celles qui existent se contredisent souvent… alors on ignore quel serait l’impact de ce pesticide consommé régulièrement via nos robinets.

Pour en parler aujourd’hui, Isabelle s’entretient avec:

  • Sébastien Sauvé, professeur en Chimie environnementale de l’Université de Montréal

Ses études de 2009 et de 2012 relevaient la trace de 14 contaminants, mais aussi de caféine et de médicaments dans l’eau potable montréalaise. Toute la question est donc de savoir si ces “traces” sont vraiment trop élevées — ce n’est en effet pas la présence d’un contaminant qui est en soi dangereuse, c’est son dosage. Et chez qui : les humains, les abeilles, les poissons, les plantes ? “Il y a beaucoup de suspects, mais il n’y a pas toujours de démonstration claire.” Il est également critique du communiqué émis par Équiterre : dans la littérature scientifique, dit-il, le rôle de l’atrazine n’est pas aussi clair qu’on le suggère. “On est dans cette zone grise où on ne sait pas exactement ce que devraient être les seuils.”

  • Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec

Il n’a pas été surpris par la nouvelle. Les effets sur les animaux sont assez bien démontrés, mais moins chez les humains, en particulier aux niveaux de concentration mesurés dans ce cas-ci. “La preuve n’est pas très solide, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’inquiéter.” Dans le doute, une des mesures à prendre, recommande-t-il, est de réduire l’utilisation du produit. Est-ce un problème de santé publique ? Y a-t-il des personnes plus vulnérables ? Plus exposées ? Pourquoi les normes canadiennes diffèrent-elles des normes américaine, européenne, et de celles de l’OMS ?

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Je vote pour la science est diffusée le lundi à 13 h, sur les cinq stations régionales de Radio VM . Elle est animée par Isabelle Burgun. Vous pouvez également nous écouter sur CHOQ-FM (Toronto) CIBO-FM (Senneterre) et CJMD (Lévis).

Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici . Vous pouvez également nous suivre sur Twitter et sur Facebook.