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Un physicien est-il intelligent?

Agence Science-Presse, le 2 novembre 2005, 19h37

Aux yeux du profane, la physique semble si compliquée qu'il se dit souvent que pour être physicien, il faut être très intelligent. Or, si l'intelligence n'est rien de plus -suivant la définition des psychologues- que la capacité à résoudre des problèmes et à s'adapter à des situations nouvelles, qu'est-ce qui distingue donc un physicien? Ou un Einstein?

Et pourquoi n'abandonnerions-nous pas purement et simplement ce concept nébuleux, flou, vague, qu'est l'intelligence, du moins tant que tout le monde ne se sera pas entendu sur une définition opérationnelle, claire et précise? C'est la proposition que faisait ce soir le physicien Jean-Pierre Roux, dans le cadre du bar des sciences "Le Q.I. et Einstein", qui avait lieu au Cégep Saint-Laurent. Venez poursuivre cette discussion avec Jean-Pierre Roux en cliquant sur le bouton "commentaires" à la fin de ce billet.
Et profitez-en pour interrogez nos blogueurs réguliers, Normand Mousseau et Sophie Lapointe. Relancez-les sur un de leurs billets déjà publiés. Interrogez-les sur des sujets qu'ils n'ont pas encore abordés. La physique est-elle réservée à une élite? Comme on le demandait au Bar des sciences ce soir, quelle est la part de l'effort dans le génie?

5 commentaires

Portrait de martin

un sans-papiers veut prouver son intelligence en créant un dictionnaire des sites français (une sorte d'annuaire) pour avoir un million d'euro et devenir millionnaire voici son site : http://www.jeseraimillionna...

Portrait de Normand Mousseau

À la base, le problème est qu'il n'est pas possible d'ordonner de manière unique une quantité multi-dimensionnelle, telle que la personnalité. L'intelligence, telle que définie par les tests de QI, ne dit pas tout.

Revenons à Einstein, par exemple. Qu'il ait été d'une intelligence hors-pair, nul ne peut le contester. Mais ses découvertes viennent aussi qu'il était un esprit original et indépendant. Il n'a jamais eu peur de suivre ses instincts, même en se mettant à dos le reste de la communauté. C'est cette force de caractère qui lui a donné ses pouvoirs créateurs.

Des gens brillants, des QI élevés, il y a en a beaucoup. C'est utile pour réussir et accomplir de grandes choses, mais ne n'est ni essentiel ni suffisant.

Portrait de Yvan Dutil

La théorie des formes d'intelligence multiples présente l'avantage d'être socialement acceptable. En effet, elle laisse supposée que tous les individus sont égaux en moyens intellectuels et que leur intélect s'exprime de façon différente d'une personne à l'autre. Bien que rassurante du point de vue émotif, mon expérience personnelle me fait douter de cette interprétation.

En effet, les génies quels que soient le domaine ne sont souvent pas des être monodimentionel, hyperspecialisé comme on aimerait bien se le faire croire. Dans mon esprit, il est clair que l'on a pas simplement affaire au résultat d'un effort soutenu. Certe l'entrainement joue un role, mais il amplifie surtout une aptitude innée déjà pré-existante.

L'entrainement seul ne peut pas expliquer des cas comme ceux de Benjamin Franklin, Ramajuhan et Thomas Young.

Portrait de Jean-Pierre Roux

Permettez-moi de vous dire d'entrée de jeu que je me sens un peu dans la position du "Médecin malgré lui" de Molière : à cause d'un bar des sciences où je croyais qu'il serait question de l'oeuvre d'Einstein et où l'on a parlé presque exclusivement de QI et d'intelligence(s), on me pose aimablement des questions sur un sujet que je ne connais pas.
Ceci étant dit, si vous étiez présent à la soirée, vous avez sûrement remarqué comme moi que les échanges sur l'intelligence ressemblaient à s'y méprendre aux propos que l'on tenait avant Galilée sur le mouvement des corps. Et la raison en est à mon sens évidente. Je crois que toutes les questions du genre "qu'est-ce que le temps, qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la matière, qu'est-ce que la conscience ou qu'est-ce que l'intelligence" sont condamnées à la stérilité. Je crois que cette façon de penser en terme d'essences se situe en dehors du discours scientifique. En physique on ne se demande plus ce qu'est le temps "en soi", et je ne crois pas qu'il y ait un seul biologiste qui ait l'idée de faire une expérience pour savoir ce qu'est la vie "en soi". Je ne crois pas qu'il y ait en moi une substance qu'on appelle "intelligence" et que la science aurait pour mission de décrire.
Alors que faut-il faire, comment faut-il procéder? Je crois qu'au départ de toute démarche scientifique, il y a une question, un phénomène que l'on observe, que l'on veut décrire et maîtriser. À cet égard, je crois que la démarche de Binet est exemplaire : à la fin du 19ième siècle en France, des problèmes sont apparus dans les écoles à cause du fait que beaucoup d'enfants s'y sont retrouvés suite aux lois sur la fréquentation obligatoire. Les responsables du système ont demandé à Binet de produire un outil qui permettrait aux pédagogues de prévoir quels seraient les enfants qui auraient des difficultés afin de mieux les aider. Le malheur a voulu que ces tests soient appelés tests de QI ou mesure de l'intelligence. Des malentendus étaient à prévoir... Un peu comme avec le "principe d'incertitude", les "espaces courbes" ou les "supercordes" à 11 (ou 14...) dimensions des physiciens.
Je crois que ces malentendus liés au langage n'apparaissent pas (en général) à l'intérieur de la science même. Les physiciens savent que quand Einstein et Lamartine parlent du temps, ils ne parlent pas de la même chose. Les malentendus apparaissent dans les rapports entre la science et ceux qui écoutent le discours de la science de l'extérieur. En d'autres termes, c'est le problème de la vulgarisation scientifique. Je crois que ce problème est insoluble.
Quant à la question plus spécifique sur la théorie de H. Gardner, je vous avoue humblement que j'ai appris hier soir l'existence de cet illustre psychopédagogue. Je suis donc allé lire l'article que vous m'avez aimablement suggéré. Comme on dit dans certains milieux, ces idées sont "d'un intérêt certain". Ce qui me séduit dans ces idées, c'est qu'elles ne sont pas réductrices et qu'elles suggèrent que l'être humain est d'une infinie complexité. Mais ma longue expérience de professeur de physique (et d'autres sujets...) m'a convaincu que enseigner est un "art". Si j'avais su à l'époque qu'il y avait 7 formes d'intelligence, je crois que cela ne m'aurait aidé en rien dans mon travail (en passant, avez-vous remarqué comme le hasard fait bien les choses : 7, le fameux 7...). Il y a quelques décennies, la mode était aux auditifs et aux visuels. Attendons demain...

Portrait de Benoit St-André

Très intéressant.

À défaut de s'entendre sur des définitions opérationnelles de l'intelligence, plusieurs acteurs du milieu de l'éducation utilisent massivement la théorie de Howard Gardner des intelligences multiples. Cet article de Mark K. Smithen anglais) fait un tour rapide de la question.

L'un des problèmes de tout cela est qu'on passe souvent rapidement d'une théorie comme celle de Gardner à des applications directes dans une salle de classe (exemple: il faut identifier les activités que l'on fait selon la forme d'intelligence multiple, etc).

C'est parfois facile de passer de "la définition d'intelligence par le QI est inapplicable" à "toutes les intelligences existent et se valent". Remarquez, je suis moins certain de ma dernière affirmation. Je réfléchis à haute voix. Que pensez-vous de ce courant "des" intelligences ?