Les « changements climatiques » se traduisent surtout par une augmentation des événements extrêmes – pluies diluviennes, sécheresses récurrentes, ouragans. Au Sahel (région aride d'Afrique située au Sud du Sahara et regroupant 9 États : Cap Vert, Sénégal, Gambie, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Soudan), les précipitations sont le phénomène naturel le plus affecté par les variabilités du climat. Capricieuses, les pluies sont concentrées en trois mois et dispersées inégalement sur le territoire. De plus, la qualité de la saison des pluies varie beaucoup d'une année à l'autre.

 

Les populations sahéliennes dépendent des précipitations puisque leur alimentation résulte fortement de leurs propres récoltes (agriculture de subsistance). Cette dépendance les rend particulièrement sensibles aux variabilités climatiques.

 

Prenons le cas des agriculteurs. L'agriculture de la région dépend uniquement et directement des précipitations pour son apport en eau. Les pluies ont un impact direct sur la consommation de nourriture et sur le revenu des habitants – puisque les récoltes représentent la majeure source de revenu. Ces populations sont donc très vulnérables aux incertitudes apportées par la variabilité du climat.

 

En plus de se nourrir à même leurs récoltes ou leur production, les familles sahéliennes achètent des denrées pour varier leur alimentation ou pour la compléter lors d'une mauvaise production. Cela les rend dépendantes des prix du marché et par conséquent, des conditions climatiques. En effet, le prix des céréales découle de la récolte, donc des pluies, puisque la valeur varie selon la disponibilité – la rareté de la ressource augmente son prix. Lorsque la saison des pluies est mauvaise, non seulement les récoltes sont pauvres, mais le prix des céréales sur le marché est élevé. La variation des précipitations affecte ainsi la qualité de vie à travers les activités de subsistance, mais également à travers les échanges.

 

Le cas de la crise alimentaire au Niger en 2005 démontre bien cette situation. En effet, les mauvaises précipitations lors de l'hivernage de 2004, suivie de l'invasion de criquets pèlerins (dévastant les maigres récoltes), ont provoqué un mauvais rendement dans les champs de céréales. Cela a eu pour effet de gonfler le prix des céréales (jusqu'à trois fois plus élevé!). À l'inverse, le prix du bétail s'est écroulé (voir le site de l'IRIN). Les éleveurs ne pouvaient donc pas obtenir un bon prix pour leurs bêtes afin d'acheter d'autres denrées. Par ailleurs, certains commerçants ont stocké des sacs de céréales en prévision de la crise alimentaire annoncée (dans l'espoir d'obtenir une plus grande marge de profits), ayant pour conséquence de gonfler davantage le prix de ces denrées en créant une rareté supplémentaire sur les marchés. La hausse des prix a limité le pouvoir d'achat des ménages et diminué leur accès à la nourriture, entraînant finalement une sévère crise alimentaire.

 

Notons que l'invasion de criquets pèlerins a été annoncée et aurait pu être évitée si les autorités (locales et étrangères) avaient collaboré et pris des décisions communes (puisque la menace dépassait les frontières des pays touchés). De plus, la crise alimentaire a été prédite et des appels à l'aide ont été lancés par l'ONU et diverses ONG, mais l'inertie des dirigeants et de la communauté internationale a entraîné les tristes résultats que nous connaissons maintenant.

 

On voit bien que l'état des précipitations, détérioré avec les effets des bouleversements du climat, représente l'élément déclencheur de la crise. Par contre, la situation est exacerbée par le manque de coordination et la négligence humaine!

 

Cela nous amène à dire que l'adaptation aux changements climatiques passe par des chemins qui ne semblent pas directement liés au climat mais qui affectent la vulnérabilité des populations…

 

 

Marie-Joëlle Fluet et Paula Berestovoy

 

Chaire d'études sur les écosystèmes urbains

 

 

Pour plus d'informations sur le sujet, voir :

 

Comité Permanent Inter État de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) :

http://www.cilssnet.org/

 

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2005/105443/

 

Réseaux d'Information Régionaux Intégrés (IRIN), rattaché au bureau de l'ONU pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA)

http://www.irinnews.org/report.asp?ReportID=48480&SelectRegion=West_Africa&SelectCountry=NIGER

 

Le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) :

http://www.unicef.org/french/infobycountry/niger_27847.html

 

Dossier spécial dans LaPresse :

« Niger : Une crise qui aurait pu être évitée », 21 septembre 2005

http://www.cyberpresse.ca/