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Le dernier voyage du Clemenceau

Jean-Claude Mareschal, le 9 janvier 2006, 13h05

Le porte-avion « Clemenceau »
fut pendant longtemps un des fleurons de la marine française. Il risque de ne
laisser à l'histoire que le souvenir d'une fin peu glorieuse. En service depuis
1960 et désarmé il y a maintenant dix ans, le Clemenceau a commencé son dernier
voyage en destination de l'Inde, vers un cimetière marin ou sa carcasse sera démantelée.
Comme tous les navires construits à cette époque, le Clemenceau est bourré d'amiante.
Sa démolition et la récupération de la ferraille ne peut donc pas se faire sans
un complet désamiantage. Curieusement, pour traiter l'amiante la marine
nationale a choisi la non-préférence nationale. Il faut bien dire qu'une telle opération
coûte très cher et le ministère français de la marine cherche à en réduire le coût.
Il faut aussi dire que, suite à de nombreuses affaires, l'amiante a vraiment une
sale réputation en France. La marine avait sollicité plusieurs chantiers européens
mais les pays concernés l'Espagne et la Turquie ont fini par refuser. Les
normes européennes sont très strictes et très coûteuses, et plutôt que de s'y
plier la marine nationale a donc choisi de faire faire le travail en Inde. La
veille de Noël, les tribunaux français ont fini par rejeter  la requête de différentes associations et,
tous les obstacles ainsi levés, la carcasse du Clemenceau, cadeau de Noël
empoisonné, est lentement remorquée vers l'Inde. Mais il est encore possible
que le Clemenceau doive rebrousser chemin parce que la Cour suprême  de l'Inde est maintenant saisie de la question,
et la sous-commission des déchets toxiques a déjà rendu un avis négatif.

 

A l'heure ou les
banques et les compagnies d'informatique, pour réduire leurs coûts, font
sous-traiter leurs opérations dans des pays comme l'Inde, il n'est peut-être pas
surprenant que le traitement de produits toxiques soit également délocalisé. Mais
beaucoup d'âmes sensibles trouveront scandaleux qu'un état contourne sa propre législation
et les règlements de l'Union européenne auxquels il est soumis en faisant faire
le sale et dangereux boulot dans des pays moins riches.

 

Un autre aspect
de cette histoire concerne plus directement le Québec. L'amiante du Clemenceau
provenait vraisemblablement de Thetford-Mines ou se trouvait la plus importante
mine d'amiante au monde. Depuis l'interdiction de l'amiante par les Etats-Unis et
l'Union européenne, la production d'amiante est très réduite et la région de
Thetford-Mines est bien déprimée. Cependant, la production continue à rythme réduit.
Grâce à la contribution financière du gouvernement du Québec, les tonnes de
poudre blanche, extraites du sous-sol de Thetford-Mines sont exportées vers la
Chine et les pays du Sud Est de l'Asie. Tout le monde sait bien qu'il ne peut s'agir
que d'un sursis et que les mines finiront bien par fermer. On peut donc se
demander s'il ne serait pas plus rationnel de financer la reconversion de la région
que de subventionner la production et l'exportation de produits toxiques.   

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Portrait de Yvan Dutil

Attention, l'amiante n'est pas si toxique que cà. D'une part, lorsqu'elle est utilisée dans le fibrociment, les fibres restent contenues ce qui ne pose pas de problème de santé publique. D'autre part, l'amiante chrysotile est la moins toxique des formes d'amiante et on peut réduire à zéro sa toxicité avec un traitement à base de teinture. D'autre part, les produits de remplacement sont généralement aussi toxiques, mais ont l'avantage d'être souvent moins bien documentés.