Lors de précédents blogues, la thérapie génique a été évoquée mais sans être réellement expliquée. Vu la complexité et le potentiel de cette technique nous avons cru pertinent d'en faire le sujet spécifique du blogue de cette semaine. Place à la thérapie génique !

La thérapie génique, qui intervient directement au niveau du génome de la cellule, consiste à injecter du matériel génétique dans les cellules endommagées ou fonctionnant anormalement. Elle vise à modifier la programmation génétique de la cellule dans le but de corriger les effets néfastes de gènes défectueux et rétablir sa fonction normale. Mais, dans quel cas la thérapie génique pourrait-elle être utilisée? La majorité des recherches et essais cliniques de thérapie génique vise des pathologies qui sont encore incurables par la médecine traditionnelle. De ce fait, on y retrouve les maladies héréditaires comme la fibrose kystique et l'hémophilie, ainsi que plusieurs cancers et également le sida.

Comment est-ce que le gène est introduit dans les cellules du patient? Un moyen efficace est d'utiliser un virus (qu'on nomme vecteur viral) qui deviendra une sorte de moyen de transport conduisant le gène thérapeutique aux cellules visées. Dans ce type de technique, le ou les gènes causant la virulence sont désactivés ou enlevés et le gène à transmettre est inséré dans l'ADN du virus. Ensuite, le virus se fixe à la cellule et décharge son ADN qui s'intègrera à son génome, ce qui est d'ailleurs le mécanisme d'infection naturel des virus. Une autre technique utilise des vecteurs synthétiques, comme le liposome (une particule composée de lipide) qui est l'équivalent d'une membrane cellulaire. Le liposome qui contient le gène à transmettre, se colle à la paroi cellulaire, puis se fusionne à celle-ci en versant son contenu à l'intérieur de la cellule. Le transfert d'un gène peut aussi se faire par l'injection de l'ADN nu dans les cellules.

Ce transfert de gènes peut être effectué directement dans le corps du patient, mais aussi à l'extérieur du corps. La méthode la plus utilisée est la thérapie génique ex vivo qui consiste à prélever des cellules sur le patient, de les modifier en y insérant le gène avec une des techniques expliquées plus haut, pour ensuite les réintroduire dans l'organisme du patient. La méthode in vivo consiste à injecter le vecteur portant le gène directement dans la circulation sanguine, d'où il devrait atteindre les cellules cibles. La méthode in situ consiste à placer le vecteur directement dans le tissu cible. À titre d'exemple, cette technique pourrait être utilisée dans le cas de cancer, où le vecteur portant le gène d'une toxine est injecté dans la tumeur.

Les bases de la thérapie génique remonte aux années 70, lorsque se développent les technologies de l'ADN recombinées. Les premiers résultats sur des modèles animaux en laboratoire étant concluants, les essais cliniques chez l'humain débutent lors des années 90. Très médiatisée, cette technique entraîne beaucoup d'espoir et d'attente de la part de tous : communauté scientifique, malades, diverses associations et population. Pourtant, les limites de la thérapie génique apparaissent rapidement : le gène est livré dans un nombre insuffisant de cellules, l'expression du gène n'est pas maintenue de façon continue, etc. L'application de cette technique aux humains n'est pas aussi évidente que ce qui était espéré et a connue plusieurs échecs subséquents. Effectivement, en 1999 un jeune américain décédait de complications attribuables à la thérapie génique. De même, à Paris des enfants atteint de grave déficit immunodéficitaire (appelés « enfant-bulle ») étaient traités par thérapie génique, avec un succès…qui fut de courte durée car plusieurs de ces enfants développèrent une leucémie ou un cancer très possiblement lié à la thérapie génique. Tous ces échecs entraînèrent la mise en œuvre de réglementation plus sévère afin de freiner les essais risqués de la thérapie génique. En France et aux États-unis, les expériences visant à corriger le déficit des « enfants-bulle » ainsi que d'autres types d'applications de la thérapie génique sont suspendues. Malgré tout, cette technique suscite toujours l'espoir de guérir des maladies actuellement incurables.

Pensez-vous que la thérapie génique est une technique révolutionnaire et prometteuse qui n'est tout simplement pas encore au point ? Ou percevez-vous plutôt cette technique comme une invention digne de la science fiction ?  Est-ce que tous les moyens sont bons pour tenter de guérir des maladies ? Un être humain ayant été modifié génétiquement est-il encore la même personne ? Écrivez-nous pour nous dire ce que vous en pensez. Pour ceux et celles qui désirent avoir plus d'information à ce sujet, nous vous invitons à consulter ce site : http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Therapie_genique

Au plaisir de vous lire!

Céline Durand

Isabelle Ganache

Marianne Dion-Labrie

Lise Lévesque

Groupe de recherche en bioéthique