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L'histoire de l'Univers... enfin, presque toute!

Robert Lamontagne, le 22 mars 2006, 9h09

Un résultat astronomique remarquable a été annoncé la semaine dernière par une équipe internationale de chercheurs incluant des astrophysiciens de l'Institut canadien d'astrophysique théorique de Toronto (ICAT-CITA) et de l'Université de Colombie-Britanique (UBC). Il s'agit de la mise en évidence du phénomène de l'inflation - une des premières phases évolutives de l'Univers peu après le Big Bang.

Avant d'aborder la question de l'inflation, passons en revue le modèle dit "standard" du Big Bang. Au cours des 100 dernières années, plusieurs scénarios plausibles ont été avancés pour tenter d'expliquer l'origine et l'évolution de l'Univers de manière cohérente avec les observations disponibles. Jusqu'à tout récemment, ces observations "cosmologiques" étaient peu nombreuses:
1) L'expansion de l'Univers mesurée par le décalage spectral des galaxies vers le rouge (le "redshift").
2) L'abondance relative de l'hydrogène, du deutérium, de l'hélium et du lithium.
3) La répartition spatiale des galaxies normales et des galaxies actives (quasars, galaxies Seyfert, radio-galaxies).
4) Le rayonnement fossile cosmologique correspondant à la température moyenne de l'Univers, soit 2,73 kelvins.
De tous les modèles proposés, celui du Big Bang apparaît comme le plus adéquat. Il décrit de façon élégante l'évolution de l'Univers tout en expliquant les quatre observations cosmologiques citées plus haut.
Dans le modèle standard du Big Bang, l'Univers résulte de l'expansion d'un petit volume d'espace-temps dont la densité et la température initiales étaient extrêmement élevées. L'abaissement de la température a permis aux particules élémentaires (les quarks) de s'assembler pour former les protons et les neutrons. Après quelques minutes, les protons et les neutrons se associés pour créer les premiers éléments légers (deutérium, hélium, lithium) dans une phase de nucléosynthèse primordiale. Quelques centaines de milliers d'années plus tard, les électrons se sont combinés aux noyaux atomiques pour former des atomes neutres. À partir de ce moment, le libre parcours moyen des photons est devenu suffisamment grand pour que l'on considère que l'Univers soit devenu transparent. Finalement, entre 400 millions et 1 milliard d'années plus tard, les premières galaxies et les premières étoiles sont apparues. Depuis, l'expansion de l'Univers se poursuit, sa température et sa densité diminuent toujours.
Au cours des trois dernières décennies, le perfectionnement des télescopes et des détecteurs a mené à des observations plus poussées des confins de l'Univers. Entre autres, les nouveaux sondages profonds ont permis des mesures plus précises de la distance des galaxies, la construction de cartes détaillées de leur répartition dans l'espace, et une meilleure connaissance des propriétés géométriques et physiques de l'Univers.
On a ainsi découvert que la géométrie la plus adéquate pour décrire l'Univers est celle d'Euclide - celle que nous apprenons à l'école! En quelque sorte l'Univers n'est pas courbé comme un ballon mais plutôt plat comme une table! De plus, les mesures de la température moyenne de l'Univers montrent que celle-ci est extrêmement uniforme partout dans l'espace. L'Univers est donc très homogène et isotrope. La version standard du Big Bang ne peut malheureusement pas expliquer l'origine de ces propriétés ni les décrire correctement.
Une des solutions proposées pour réconcilier ces nouvelles données avec le modèle du Big Bang est d'y ajouter un ingrédient supplémentaire. Au début des années 1980, le cosmologiste Alan Guth a suggéré que le taux d'expansion de l'Univers a connu une courte période "inflationnaire" peu de temps après le Big Bang. Cette phase d'inflation aurait augmenté la taille de l'Univers par un facteur d'au moins 10 quadrilliards (1 suivi de 28 zéros) pendant le premier trillionième de seconde...! Ensuite, le taux d'expansion de l'Univers serait redevenu plus faible, proche de ce que nous mesurons actuellement.
Pendant plusieurs années, cette version inflationnaire du Big Bang est demeurée spéculative puisqu'il est très difficile d'obtenir des données d'observations des phases initiales de l'évolution de l'Univers.
Les choses ont commencé a changer récemment avec les données recueillies par le satellite WMAP (Wilkinson Microwave Anisotropy Probe), un télescope sensible au rayonnement fossile micro-onde de l'Univers. Les premières observations, publiées il a près de trois ans, ont montré une image correspondant à l'état de l'Univers tel qu'il était environ 400,000 ans après sa naissance. L'image fournit une description détaillée de la répartition de la température (et par le fait même de la répartition de la matière) dans tout l'Univers à cet instant. Grâce à cette image, les chercheurs ont pu établir le contenu en matière ordinaire, matière sombre, et énergie sombre de l'Univers.
Les nouvelles données sont le résultat de trois années supplémentaires d'observations. Elles permettent de produire une carte des fluctuations de la polarisation de la lumière émise lorsque l'Univers est âgé de 400,000 ans. Ces fluctuations, de faible amplitude, sont un reflet de la phase d'inflation du premier trillionième de seconde. Elles représentent une des premières confirmations observables de cette phase primordiale.
Notre compréhension de l'histoire de l'Univers apparaît plus complète que jamais. Sur les 13.7 millards d'années de son évolution, seul le premier trillionième de seconde nous échappe encore...

12 commentaires

Portrait de gheribi

J'essaye de dire : Vous dites en sens que la courbure des 7 km qui sont devant moi ici dans une plage de Jijel est non observable et vous n'avez pas le droit de dire qu'elle est totalement nulle ; moi ça me fait vertige et j'essaye de dire que signifie en sens de ça
la droite qui relie 2 points fixes entre Marseille et Jijel en face ; cette droite qui les relie ; passe t'elle par où justement pour éviter cette courbure… en absence d'autres conclusions différentes ???..;
Pour mieux comprendre encore la singularité ; essayez avec moi de bien repérer quant et comment on rentre dans nos sommeils la nuit car c'est dans ce sens que va s'interpréter cette singularité ; de ma part ;moi lorsque je rentre en sommeil cette nuit je vais dire op ça y est et vous choisissez le mieux

Portrait de gheribi

J'essaye de dire : Vous dites en sens que la courbure des 7 km qui sont devant moi ici dans une plage de Jijel est non observable et vous n'avez pas le droit de dire qu'elle est totalement nulle ; moi ça me fait vertige et j'essaye de dire que signifie en sens de ça
la droite qui relie 2 points fixes entre Marseille et Jijel en face ; cette droite qui les relie ; passe t'elle par où justement pour éviter cette courbure… en absence d'autres conclusions différentes ???..;
Pour mieux comprendre encore la singularité ; essayez avec moi de bien repérer quant et comment on rentre dans nos sommeils la nuit car c'est dans ce sens que va s'interpréter cette singularité ; de ma part ;moi lorsque je rentre en sommeil cette nuit je vais dire op ça y est et vous choisissez le mieux

Portrait de Quentin

J'avais cru comprendre de la relativité générale que l'espace-temps était courbé par la matière. Un univers plat devrait donc correspondre à un univers vide...
Comment l'univers peut-il être plat alors qu'il contient de la matière et de l'energie ?

Portrait de Robert Lamontagne

Vous avez tout à fait raison, la matière et l'énergie courbent l'espace. Cependant, la courbure peut être très très petite.
Prenez l'exemple d'un petit ballon et de la Terre; les deux sont courbés. Toutefois, dans le cas de la Terre, la courbure est difficilement observable à notre échelle. Dans notre vie de tous les jours, nous avons l'impression que la Terre est plate.
C'est ce que fait l'inflation dans le Big Bang. La phase d'inflation "étire" la courbure à un point tel que l'on peut considérer que l'espace est plat, malgré la présence de la matière et de l'énergie.

Portrait de Robert Lamontagne

L'Univers (observable ou "total") peut éventuellement atteindre une taille infinie si l'expansion se poursuit sans fin, donc durant un temps infini. Avec ou sans phase d'inflation, le résultat sera équivalent. L'inflation est nécessaire pour expliquer certaines propriétés géométriques et physiques observées dans l'Univers. Il n'y a pas de contradiction dans l'affirmation que la taille initiale de l'Univers était petite et qu'éventuellement il devienne infini puisque que c'est la séparation (la distance) entre deux points (deux galaxies) qui augmente. Ce n'est pas comme un "élastique qu'on étire" ou un ballon qu'on gonfle indéfiniment. Il n'y a rien de matériel dans la distance qui augmente sans fin.

Portrait de Michel Nicole

Tel que vous le mentionnez dans votre texte, selon le modèle standard du Big Bang, l'univers résulterait de l'expansion d'un « petit volume » d'espace-temps dont la densité et la température initiale étaient extrêmement élevées. Or, quand on ajoute la phase inflationniste au modèle standard, j'ai lu dans divers bouquins que la probabilité est grande pour que l'univers total (pas seulement l'univers observable) soit en fait d'une « taille infinie ». Si c'était le cas, est-ce que le petit volume initial dont on parle ne devrait pas déjà avoir une taille infinie ? Autrement dit, est-ce que quelque chose qui est finie au départ, peut devenir infinie en cours de route ? (Félicitations pour vos articles, je les trouve très intéressants et instructifs)

Portrait de Michel Nicole

Tel que vous le mentionnez dans votre texte, selon le modèle standard du Big Bang, l'univers résulterait de l'expansion d'un « petit » volume d'espace-temps dont la densité et la température initiale étaient extrêmement élevées. Or, quand on ajoute la phase inflationniste au modèle standard, on semble dire que la probabilité

Portrait de Robert Lamontagne

Quand on dit que l'Univers est plat, on veut dire qu'il
n'est pas recourbé dans une dimension imperceptible à
nos sens. Je m'explique en prenant une analogie.

La surface d'une table possède une géométrie plate
(i.e. non-courbée). Si vous tracez 2 lignes parallèles,
elles ne se croiseront jamais même si vous les prolongez
à l'infini. De même, si vous dessinez un triangle, la
somme des angles sera de 180 degrés. C'est la géométrie
des surfaces sans courbure, celle d'Euclide que nous
apprenons à l'école.

Maintenant, imaginez la surface d'une sphère comme la
Terre. C'est une surface courbe - donc avec une
géométrie courbée. Si vous êtes à l'équateur et que
vous tracez 2 lignes parallèles, ces lignes vont se
rejoindre au pôle nord (ou sud). De même, si vous
dessinez un triangle, la somme des angles sera toujours
supérieure à 180 degrés. Puisque la sphère à un centre,
donc cette surface est courbée dans une 3ième dimension
- la hauteur (ou la profondeur).

Si nous revenons à l'Univers. Au niveau macroscopique, celui-ci est tridimensionnel. Quand on dit que sa
géométrie est plate, on veut donc dire que 2 lignes
parallèles (2 faisceaux lumineux parallèles) ne se
croiseront jamais. La somme des angles de triangles
sera toujours 180 degrés. Etc. Il n'y a donc pas de
centre et il n'est donc pas courbé dans une 4ième
dimension.

Finalement, il faut faire très attention lorsque
qu'on parle de l'explosion du Big Bang. Il ne faut
surtout pas la comparer à l'explosion d'une grenade
qui projète ses débris dans tout l'espace environnant.
Il n'y a pas d'espace pré-existant dans lequel le
Big Bang se produit. La matière n'est pas projetée
dans un espace qui existe avant le (et en dehors du)
Big Bang. D'une certaine manière "l'espace se crée au
fur et mesure que l'Univers prend de l'expansion".

Ouf! J'espère que vous arriverez à dormir malgré cette
explication...

Portrait de Denyse Léonard

Hier soir je regardais un documentaire sur la science des explosions. La chose qui m'a frappé en regardant ces détonations c'est que le matériel en expansion est éjecté pas mal également dans un espace circulaire tridimensionnel.

Alors si, selon la théorie du « big bang », l'univers à été créé suite à une explosion, comment l'univers peut-il être plat comme une feuille plutôt que circulaire commeune boule? Quelle force est à l'œuvre? Les galaxies sont-elles affectées par le même phénomène?

Portrait de Pierre Grenier

L'univers? Un feu d'artifice ( en expansion) pour d'énormes géants d'une autre dimension que nous ne pouvons pas encore détecter , dans lequel nous sommes emportés sans pouvoir vraiment en saisir le sens réel faute de moyens adéquats. Un jour il s'éteindra comme tout bon feu d'artifice en attendant le prochain spectacle.

Portrait de Yvan Dutil

Dans le cas d'un Univers plat, ce qui semble être le cas, l'Univers prend de l'expansion éternellement. La présence d'énergie sombre laisse présager un autre scénario : le Big Rip. L'énergie sombre accélère l'expansion de l'Univers, selon certains scénarios cette accélération pourrait devenir tellement extrême qu'elle finirait par faire exploser les atomes!

Portrait de Eve Binette

Big bang ou big crunch? La question principale me venant à l'esprit est: combien de temps encore l'Univers sera-t-il en mode d'expansion? De plus, cette vague d'inflation atteindra probablement les limites de notre Univers tôt ou tard et devra se répercuter en créant un Big Crunch. Est-ce que la théorie du Big Crunch, soit une compression de notre Univers, est toujours valide?