Au sein de l’administration américaine, la main droite ignore souvent ce que fait la main gauche. Alors qu’une partie de l’administration continue de prétendre que l’impact humain sur les changements climatiques n’est pas prouvé, certains départements du gouvernement se préparent déjà à faire face à la fonte des glaces de l’océan Arctique. Pour le Canada, la Norvège, la Russie aussi, les enjeux sont très importants.

Dans la perspective de l’année polaire internationale, les Etats-Unis et le Canada ont séparément entrepris de grands programmes d’exploration géophysique pour déterminer l’étendue du plateau continental au Nord de leur territoire. Le prétexte de l’année polaire internationale ne trompe personne. Le plateau continental comprend la marge submergée du continent, géologiquement très différente des bassins océaniques. Cette marge inclut de grands bassins sédimentaires qui pourraient contenir des hydrocarbures. Les compagnies pétrolières seront prêtes à y forer des que la glace aura disparu. Il est ironique de constater que ces compagnies qui sont à la source de l’émission de gaz à effets de serre et du réchauffement climatique seront les premières à en bénéficier. Il n’y a vraiment pas de justice!

Dans la même perspective, le gouvernement norvégien a décide de mettre un moratoire de dix ans sur les forages sur la cote nord dans la mer de Norvège et le Spitzberg. Cette décision ne rassure qu’à moitie, car les compagnies sont autorisées à continuer les programmes géophysiques d’exploration. Il faudrait être bien naïf pour croire que si elles font de grosses découvertes, le moratoire ne sera pas levé.

Autre conséquence du réchauffement prévu : une voie maritime sera ouverte dans l’Arctique. Bien que cela concernera avant tout le Canada, le gouvernement américain qui ne prétend pas reconnaître la réalité du changement se montre très préoccupe et souhaite déjà pouvoir y exercer un contrôle.

Alors que les océans se réchauffent, les émissions de dioxyde de carbone ont aussi un effet direct sur leur acidité. Un article récent dans la revue Nature souligne que le pH des eaux de surface est en baisse constante, c'est-à-dire que l’acidité des océans augmente. L’eau des océans ne risque pas devenir aussi acide que celle de certains lacs, mais des changement même infimes de l’acidité vont avoir des conséquences peut-être dramatiques sur la formation de plancton et la chaîne alimentaire. Tout comme le climat, la chaîne alimentaire est un système dynamique très complexe. De très légères perturbations d’un de ses paramètres peuvent avoir d’énormes effets. On peut donc craindre que si certains poissons survivront à la hausse des températures, ils mourront de faim.