Non, ce merveilleux blogue sur la génétique n’est pas mort!!! Disons que l’équipe a fondu comme neige au chaud soleil estival, et je me retrouve provisoirement seul à la barre pour amorcer la rentrée académique… Amis curieux, l’aventure génétique continue!

Donc après ce long silence, quoi de mieux qu’une petite anecdote de voyage…

En route pour un congrès sur la génétique des maladies complexes (vous allez comprendre bientôt de quoi je parle), je suis plongé dans mes lectures hautement scientifiques et profondément inintéressantes à la recherche d’une information qui m’échappe. C’est alors que ma voisine engage la conversation et m’offre un répit. Après quelques échanges pour confirmer ses soupçons (oui, je fais de la recherche… oui, en génétique…), elle me noie sous une avalanche de questions. Ô bonheur! Voilà une âme en perdition qui avale tout cru et de travers ce qui se colporte dans les médias à propos de la génétique. Et moi de tenter de lui répondre le plus clairement possible, et surtout de retenir attentivement deux ou trois confusions malheureusement répandues.

Nous sommes à l’ère de la génétique diront certains, mais la lecture des journaux populaires me fait pencher plutôt pour l’ère de la maladie génétique. En effet, les principales découvertes dans le domaine qui sont médiatisées sont liées à des espoirs thérapeutiques. Personne ne se soucie de savoir que deux gènes expliquent les différences de morphologie du bec des pinsons de Darwin, ce qui pourtant me semble le plus beau résultat de l’été pour conclure une histoire commencée il y a 170 ans par le grand savant. Enfin…

Hormis les ovules et les spermatozoïdes, toutes nos cellules contiennent notre information génétique en double, une moitié venant de la mère et l’autre moitié venant du père. On hérite donc de chacun de nos parents de 23 chromosomes, qui forment 22 paires de chromosomes homologues (les autosomes, chaque chromosome d’une paire portant les mêmes gènes) et une paire de chromosomes sexuels (XX pour les femmes, XY pour les hommes, sachant que X et Y désignent des chromosomes qui ne portent pas la même information). Chaque gène autosomal est donc présent en deux copies (qu’on appelle allèles), alors que seules les filles possèdent les deux copies des gènes portés par le chromosome X.

Les maladies héréditaires dont on entend le plus souvent parler sont dues à une mutation dans un seul gène (maladies monogéniques, ou encore mendéliennes). Plusieurs cas de figure peuvent alors se présenter ("A" est l'allèle dominant, "a" l'allèle récessif) :

- Mutation autosomale dominante : un seul allèle muté suffit pour développer la maladie (cas de la maladie de Huntington). Le risque de transmettre la maladie à son enfant est donc de 50% (transmission d’une copie mutée sur les deux présentes).

- Mutation autosomale récessive : les deux copies mutées du gène sont nécessaires pour développer la maladie (cas de la fibrose kystique). Lorsqu’un seul allèle muté est présent, on dit alors que l’individu est porteur sain (il ne peut pas être atteint par cette maladie). Si vous avez bien suivi, deux parents porteurs sains ont un risque de 25% d’avoir un enfant malade (chaque parent a un risque de 50% de transmettre la copie mutée, donc 50% x 50% = 25%).

- Mutations liées à l’X : Chez les femmes, on retrouve exactement les mêmes schémas que pour une mutation autosomale puisqu’elles ont deux chromosomes X. Chez les hommes, qui n’ont qu’un seul chromosome X, la maladie se déclare que la mutation soit récessive ou dominante.

Ces cas de transmission sont les plus simples envisageables, et cela peut rapidement se compliquer. Si toutefois vous êtes un peu perdu, pensez à un circuit électrique pour illustrer les mutations autosomales : deux chromosomes remplacent les deux interrupteurs (un chromosome gris qui porte un allèle muté symbolise un interrupteur ouvert, un chromosome coloré qui porte une copie fonctionnelle symbolise un interrupteur fermé), une ampoule remplace l’individu (une ampoule éteinte symbolise l’état de maladie).

Dans le cas d’un circuit avec deux interrupteurs en série, il suffit d’en ouvrir un des deux pour couper le courant (cas d’une mutation dominante).

Si maintenant les interrupteurs sont en parallèle, il faudra alors les ouvrir tous les deux pour couper le courant, mais si un seul interrupteur est ouvert le courant peut encore circuler (cas d’une mutation récessive).

Les maladies monogéniques sont relativement rares en comparaison des maladies qu’on appelle complexes, et qui sont beaucoup plus répandues (obésité, hypertension, schizophrénie ou maladie d’Alzheimer pour n’en citer que quelques unes). Pourquoi complexes? En fait pour qu’un individu soit malade il faut que plusieurs gènes soient plus ou moins défaillants, mais aussi que certains facteurs environnementaux interviennent. Par exemple dans le cas de l’hypertension on connaît maintenant quelques dizaines de gènes qui, une fois mutés, peuvent potentiellement provoquer la maladie. Mais si un individu qu’on estime à risque limite sa consommation de sel, il a de fortes chances de maintenir sa pression artérielle à des niveaux normaux.

Oui mais comment estimer le risque? En général, et on rejoint là les maladies monogéniques, l’histoire familiale permet d’estimer avec une grande efficacité le risque d’un individu. On appelle aussi ce risque une prédisposition génétique. C’est pour cela que les médecins cherchent toujours à connaître vos antécédents familiaux, afin de prévenir au lieu de guérir! Là où mes poils se hérissent, c’est quand ma charmante voisine dans l’avion me sort le discours fataliste suivant : « ma grand-mère est morte d’un arrêt cardiaque, mon père souffre d’hypertension et a un taux de cholestérol élevé, alors moi je sais que je suis condamnée », tout ceci en enfournant dans sa bouche une poignée de croustilles salées et grasses avec des doigts tâchés de nicotine. Alors qu’on se mette d’accord sur un point chère compagne de voyage et amis lecteurs : vous êtes génétiquement prédisposés à avoir deux jambes fonctionnelles et donc vous pouvez marcher. Si vous êtes attentifs avant de traverser une rue, vous aurez un risque très faible de vous faire renverser par une auto. Mais si vous décidez de traverser en dehors des passages pour piétons et sans regarder, alors là vous augmentez le risque de façon dramatique! Une prédisposition génétique n’est pas une condamnation dans le cas des maladies complexes, car si le facteur environnemental déclencheur est soigneusement évité, votre espérance de vie ne s’en trouvera que grandement améliorée.

Pour en finir avec le mythe de la "condamnation génétique" dans le cas des maladies complexes les plus répandues comme les maladies cardiovasculaires, le diabète ou le cancer, on connaît 8 facteurs de risque modifiables en faisant attention à ses habitudes de vie, ou grâce à des médicaments : le tabac, l’alcool, la nourriture riche en gras ou en sel, le manque d’activité physique, l’obésité, la pression artérielle, le taux de cholestérol dans le sang et le taux de glucose dans le sang. Les seuls contre lesquels on ne peut rien faire sont l’âge, le sexe et nos gènes. Avouez que ça laisse pas mal de place pour une bonne prévention!

La génétique des maladies complexes est en plein essor, et pose un défi de taille aux généticiens : comprendre les interactions entre tous nos gènes d’une part, et entre les gènes et l’environnement d’autre part. Disons qu’il y a du pain sur la planche! N’oublions pas que les maladies monogéniques même les plus rares sont aussi la cible de recherches intensives.

Vous avez besoin d’éclaircissements sur un point ou deux? Vous avez des questions à poser? Des réflexions à partager? N’hésitez pas à écrire un commentaire!

Bastien Llamas