Depuis Mars 2002, deux satellites jumeaux à 220km de distance se poursuivent à 500km d’altitude sur une orbite identique autour de la Terre. Le but cette mission qui porte le nom de GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment) est de mesurer les variations de l’accélération de la gravité, et d’en déduire les changements environnementaux et climatiques. En mesurant les microscopiques changements de la distance entre les deux satellites, les chercheurs peuvent mesurer leurs accélérations et donc le champ de gravité de la Terre et, par des mesures répétées, leurs variations dans le temps. La précision des mesures est hallucinante, il s’agit de détecter des variations de l’ordre de 1/1000000000 de l’accélération de la gravité. On a pu par exemple mesurer les changements de la gravité suite au tremblement de terre du 26 décembre 2004 a Sumatra.

L’analyse des données ainsi recueillies permet aussi de mesurer les variations au cours du temps de la masse des grands glaciers ainsi que les variations du niveau moyen de la mer. Les nouvelles les plus récentes de GRACE ne sont pas mauvaises : elles sont catastrophiques. On avait déjà déterminé à l’aide de ces mesures que la calotte Groenlandaise diminuait rapidement. Les derniers résultats montrent que cette fonte s’accélère et a été 5 fois plus rapide au cours des deux dernières années qu’au cours des 18 mois précédents.

Ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle de cet été. L’analyse des images satellites montre aussi que la calotte glaciaire sur l’océan arctique a nettement diminué depuis les années 80, passant de 8 millions de km2 à 5,5 km2. Dans la partie est de l’Arctique, l’étendue de glace permanente a été réduite de près de 1 million de km2 (la surface du Texas). Non seulement la surface totale de glace se rétrécit, mais l’épaisseur de la glace restante diminue. Les chercheurs pensent maintenant que d’ici soixante ans, il n’y aura plus de glace du tout dans l’Arctique pendant l’été. On peut ajouter qu’une étude publiée par la National Academy of Sciences aux EU souligne que la température moyenne du globe au cours des trente dernières années est la plus élevée depuis la disparition des calottes glaciaires, il y a 12000ans.

Dans cet océan, de mauvaises nouvelles, il y a peut-être une bonne nouvelle. Face à l’inaction de l’administration fédérale aux EU, certains états ont décidé d’agir de leur propre chef. Ainsi la Californie a décidé de poursuivre en justice l’industrie automobile et a engagé des poursuites contre six constructeurs qui depuis des années ont émis des quantités massives de gaz carbonique aux Etats-Unis et ont ainsi contribué à augmenter le taux de (ce) gaz dans l'atmosphère. Les émissions des véhicules de ces compagnies aux EU représentent environ 9 % des émissions de gaz carbonique dans le monde et 30 % de celles de Californie. Selon la plainte de la Californie, la pollution automobile contribue au réchauffement climatique qui a réduit la quantité de neige de l'Etat (une source importante d'eau douce), élevé le niveau de la mer le long des côtes, accru la pollution à l'ozone dans les villes et augmenté le risque des feux de forêt. Même si cette plainte met des années à aboutir, les constructeurs automobiles sont prévenus et ils vont devoir faire de convaincants efforts pour réduire les émissions. De plus, la Californie a aussi engagé des poursuites contre l’Environmental Protection Agency (EPA) pour son refus de réglementer les émissions de CO2. Cette plainte est actuellement examinée par la Cour suprême des EU. On peut bien sur se demander pourquoi l’industrie pétrolière semble (provisoirement ?) épargnée. Mais on peut quand même espérer que la menace d’interminables et coûteuses poursuites judiciaires fasse réfléchir les plus gros pollueurs.