James Hansen est un des climatologues les plus renommés au monde. Comme directeur de l’institut Goddard de la NASA, dés 1988 il avait témoigné devant une commission du congrès des Etats-Unis et attiré l’attention du public sur le lien entre les émissions anthropogéniques de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Depuis plus de 20 ans, il poursuit ses travaux sur les changements climatiques et tente d’attirer l’attention du public et du gouvernement sur la nécessité de contrer les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement en cours. A différentes reprises, les administrateurs de la NASA et le gouvernement des Etats-Unis ont tenté sans succès de l’intimider pour qu’il change le contenu de certains rapports et de ses témoignages publics. James Hansen vient de publier dans les compte-rendus de l’académie des sciences des EU un papier où il dresse un bilan alarmant sur l’état actuel du climat de notre planète.

Cet article ne contient rien de très nouveau mais en compilant des données connues depuis longtemps, il permet de mesurer a quel point la situation présente est inquiétante. Le taux de réchauffement des trente dernières années (0.2degre/10ans) est probablement sans précèdent dans l’histoire. Ce taux est celui qui avait été prédit des les années 1980 comme réponse à l’effet des gaz à effet de serre par les modèles climatiques globaux.

Différentes méthodes permettent de déterminer les climats passés. Ces méthodes sont souvent basées sur les variations de la composition isotopique de l’oxygène. Les atomes d’oxygènes viennent avec différentes masses atomiques : l’isotope 16 est le plus abondant, mais il existe aussi des isotopes 17 et 18. La répartition de ces différents isotopes dans l’atmosphère et les océans dépend de la température (c.a.d. du climat). Il est ainsi possible de mesurer dans les sédiments marins et dans les glaces qui se sont accumulées au Groenland et dans l’antarctique les variations de la composition isotopique de l’oxygène et d’en déduire les climats passés. La résolution temporelle de ces données diminue à mesure que l’on remonte dans le temps, c.a.d. que les températures ainsi calculées représentent des valeurs moyennes pour des périodes de plus en plus longues.

Les températures moyennes de la dernière décade sont les plus élevées depuis le retrait des glaciers il y a 10,000 ans. En fait, il faut remonter à 120,000 ans pour trouver des températures comparables à celles d’aujourd’hui, et à 400,000 ans pour trouver des températures supérieures (de moins d’un degré) à celles d’aujourd’hui. Si le réchauffement présent continue au même taux, nous dépasserons ces températures avant la fin du siècle. Bien entendu, cette comparaison doit être faite avec une grande prudence car les climats anciens représentent des moyennes sur un millier et non quelques dizaines d’années.

Lorsque les températures étaient de 2 ou 3 degrés supérieures à celles d’aujourd’hui, il y a deux millions d’années, le niveau des mers était 25m supérieur au niveau présent. Si les températures continuent à monter comme prévu par les modèles, nous atteindrons ce seuil avant la fin du siècle. La remontée du niveau des mers ne serait pas instantanée. Mais les conséquences d’une remontée d’un mètre par siècle seront dramatiques.

On peut se demander ce qui a pris à Claude Allègre de se lancer dans un mauvais combat et de prétendre qu’il ne se passe rien et qu’il n’y a pas de réchauffement. Heureusement les climatologues français lui ont rappelé qu’il ne comprenait pas grand-chose à ce dont il parlait.

L'article de James Hansen est accessible directement a la National Academy of Science