Le gouvernement du Canada a relancé le débat sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Alors que personne ne semble savoir quels sont objectifs a long terme de la nouvelle politique de pureté de l’air, la prise de position du gouvernement aura au moins le bénéfice d’attirer l’attention sur les inconsistances de la politique suivie jusqu'à présent. La signature des accords de Kyoto par le Canada ne signifiait plus grand-chose, alors que les émissions de gaz à effet de serre par le Canada avaient augmenté de plus de 25 % par rapport à 1990, la quatrième plus mauvaise performance des pays industriels. Tout le monde savait donc que le Canada ne respecterait pas les engagements pris par son gouvernement. Sur ce plan, mais seulement sur ce plan, la position du gouvernement conservateur a au moins le mérite de la franchise et de la clarté. La relance du débat sur Kyoto doit surtout nous faire prendre conscience de l’insuffisance des mesures proposées et de la nécessité d’aller au delà du protocole de Kyoto.

L’analyse des bulles de gaz contenues dans les glaces du Groenland et l’Antarctique a montré qu’avant la révolution industrielle la teneur de CO2 dans l’atmosphère était de 280ppm (part par million), elle est maintenant passée a 380ppm et continue a augmenter au rythme de 2ppm par an. Cette augmentation est due à l’émission annuelle de 7Gigatonnes de carbone. Le CO2 ainsi introduit dans l’atmosphère met plus d’un siècle à être résorbé, principalement dans les océans. Dans les meilleures conditions, nous aurons donc atteint un taux de 450ppm de CO2 dans l’atmosphère en 2050, ce qui donnera un réchauffement moyen de la planète de l’ordre de 2 degrés. Un réchauffement de 2 degrés n’est pas sans conséquences, mais les experts pensent qu’il ne serait pas catastrophique. Au delà de 2 degrés, les conséquences seraient catastrophiques.

Pour stabiliser la teneur de CO2 dans l’atmosphère a 450ppm, il faudra que le total des émissions de carbone ne dépasse pas 4 Gigatonnes en 2050. Si on repartit également ces émissions entre tous les pays, il faudra que les pays industriels divisent par quatre leurs émissions d’ici 2050. Si rien n’est fait et que l’on continue à suivre la tendance actuelle, nous pourrions atteindre 800ppm de CO2 dans l’atmosphère des la fin du siècle. Un tel scénario pourrait mener à un réchauffement de l’ordre de 10 degrés.

Jusqu'à présent, ces prévisions alarmantes n’ont pas eu beaucoup d’effet sur les responsables politiques. Le rapport écrit par Sir Nicholas Stern, ancien chef économiste de la Banque mondiale, et rendu public par l'hebdomadaire britannique The Observer pourrait avoir un peu plus d’impact parce que pour la première fois le coût du réchauffement à venir a été estimé. D’après ce rapport, ce coût serait supérieur à celui des deux guerres mondiales et de la Grande Dépression de 1929. Sir Nicholas estime que les Etats devraient des aujourd’hui investir 1% du PIB de la planète pour limiter les émissions de GES sous peine de faire face à des coûts infiniment plus élevés dans les années a venir. Le problème est trop urgent pour attendre et une révision du protocole de Kyoto vers des objectifs beaucoup plus ambitieux s’impose des à présent. Il n’est pas sur que c’est la direction que voulait prendre le gouvernement du Canada, mais il n’a pas tout à fait tort de vouloir aller au delà du protocole de Kyoto. Il y a urgence.

Le site web de la BBC fournit plus d’informations sur le rapport Stern et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi qu’une brève présentation et un résumé du rapport.