Et si les ordinateurs pouvaient chanter...

... Eh bien rien n'est impossible et je peux chanter moi aussi! me diriez-vous. Pourquoi pas? Après tout, la douche n'est pas le seul endroit où on peut sonner comme Sinatra ou David Bowie! Le chant est à la portée de tous: même à celles des machines.

Le son numérique

Lorsqu'il émane d'un ordinateur, on dit de la mélodie qu'elle consiste en un son qui a été numérisé. Ce que ça implique, c'est la transformation d'un signal électrique, produit par les oscillations d'une corde de guitare par exemple, en un son numérique, c'est-à-dire, en une interprétation par l'ordinateur du son qu'on lui a ''fait entendre''. Eh oui! Non seulement les ordinateurs chantent, mais ils écoutent aussi. Mais comment a lieu cette transformation? Comment l'ordinateur traduit-il ce qu'il a entendu en son numérique?

Une question de ''feeling''

Ce qui se passe au cours d'une numérisation, c'est-à-dire, de l'interprétation par l'ordinateur du signal électrique qu'il a ''entendu'', c'est la transformation de ce signal en une forme de langage que l'on appelle ''langage binaire''. Ce langage est qualifié de la sorte car il consiste en une série de deux symboles: les chiffres 0 et 1. C'est ainsi que l'ordinateur ''sent'' le signal électrique: pour lui, un son quelconque donné, c'est une série spécifique de 0 et de 1. Mais comment peuvent bien sonner ces séries de chiffres? Comment est-il possible qu'à partir de symboles mathématiques, on obtienne de la musique?

''Let's get physical'' comme l'aurait dit Olivia Newton-Jones

En fait, à partir du langage binaire propre à l'ordinateur, on tire un nouveau signal électrique qui parvient à nos oreilles par le biais des haut-parleurs. Or, dans l'espace physique constitué par l'air, qui dit signal élecrique dit souvent ''son''. En effet, nos oreilles interprètent les oscillations de la membrane des haut-parleurs, engendrées par les signaux électriques, comme des bruits ou des sons parfois même mélodieux.

C'est à Joseph Fourier, un mathématicien français ayant vécu vers la fin du 18ème siècle, qu'on doit la possibilité pour l'ordinateur de rendre un son harmonieux et parfois doux à nos oreilles à partir de ce qu'on veut bien lui faire ''entendre''. Grâce aux travaux de ce mathématicien qu'on applique aujourd'hui en ce qu'on appelle ''analyse spectrale'', on peut décomposer une onde périodique (entendons ici, un signal électrique) en une somme de sinusoïdes représentables sur un spectre d'amplitudes (entendons ici, ce qui interprète le signal en termes de volume plus ou moins élevé).

En français s'il vous plaît!

Ainsi, à partir d'un son original (une voix ou les oscillations des cordes d'une guitare par exemple), on obtient une représentation symbolique du son (l'ensemble des sinusoïdes représentables sur un spectre d'amplitudes) qui est la forme de langage que l'ordinateur est apte à nous traduire en sons. Pour comprendre cela, il est utile de considérer son ordinateur comme un très bon analyste. Il analyse le son, en rend compte sous forme symbolique visualisable et nous en murmure son interprétation par le biais des haut-parleurs.

L'ordinateur ce grand romantique

En 1961, grâce aux travaux pionniers de Max Matthews, un ingénieur et musicien après ses heures de travail, un ordinateur se mit à chanter pour la première fois. Et croyez-le ou non: ce fut une chanson d'amour...

J'ai ici tenté de synthétiser les propos qu'a tenu Caroline Traube, professeure adjointe à la Faculté de musique de l'Université de Montréal, au cours d'une présentation qui eu lieu le 14 novembre dernier à la Société des Arts et des Technologies à Montréal. On peut écouter cette présentation ainsi que quelques compositions assistées ou intégralement produites par ordinateur en se rendant au site suivant:

Le son numérique

Frédéric Abraham