Dès que vous vous mettez en colère, votre visage adopte les réactions paternelles caractéristiques. À tel point que votre mère ne peut que sourire et vous le faire remarquer, désamorçant ainsi la crise... Et si les émotions qui se lisent sur nos visages étaient héréditaires?

Darwin a le premier exprimé l’idée que les expressions faciales qui accompagnent les émotions sont innées. Depuis, plusieurs travaux ont effectivement mis en évidence de nombreuses caractéristiques faciales qui permettent à deux individus de reconnaître les émotions de chacun et ainsi de communiquer. Quelle que soit la culture ou l’âge de votre interlocuteur, vous pourrez détecter sur son visage la douleur, la peine, la joie, la curiosité, la surprise, le dégoût, la colère, etc. Même les aveugles de naissance, qui n’ont jamais pu «&nbspvoir&nbsp» un visage, ont ces expressions faciales! Mais si on retrouve des points communs au sein de l’espèce humaine pour l’expression de chaque émotion, certains pensent que les variations individuelles (lèvres plus ou moins pincées pendant un accès de colère, sourcils plus ou moins relevés pour exprimer la surprise) peuvent être en partie acquises, par imitation des parents par exemple.

C’est ce qu’une équipe israélienne a cherché à comprendre, et de manière fort élégante. Leur étude a été publiée en octobre dernier dans une prestigieuse revue scientifique (Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA). Je vais vous raconter comment ces chercheurs ont appliqué une méthode scientifique simple pour répondre à leur question…

Leur hypothèse de travail est que les variations individuelles dans les expressions faciales sont héréditaires. Ainsi quelqu’un exprime le dégoût en retroussant le nez, en tordant la bouche sur la droite et en fronçant le sourcil droit, tout comme sa mère. Cette face particulière est le résultat de la mise en mouvement de nombreux muscles du visage dont le développement et l’innervation sont sous le contrôle de plusieurs gènes. Or l’expression de chaque gène est soumise à de légères variations dans la population, et certaines de ces variations sont des caractéristiques familiales héréditaires comme pour les gènes qui contrôlent la couleur des cheveux.

Mais comment ces chercheurs ont-ils mené leur étude? Ils ont d’abord recruté 21 aveugles de naissance non apparentés, et des personnes de leur famille proche (parents, frères ou sœurs).

Ils ont soumis chaque sujet à une entrevue filmée, au cours de laquelle ils leur ont demandé de raconter en détail des expériences liées à la tristesse, la colère et la joie. La concentration a ensuite été testée en demandant aux sujets de répondre à des questions de logique de plus en plus compliquées. Au cours de ce même test, la surprise a été provoquée en posant une question dans une langue étrangère. Enfin le dégoût a été déclenché en leur contant une histoire avec des détails répugnants. Pour l’anecdote, les chercheurs ont demandé si les aveugles avaient «&nbspappris&nbsp» les expressions de leurs proches en leur touchant le visage. Ils se sont fait répondre dans tous les cas que ce comportement très impoli est un mythe véhiculé par le cinéma hollywoodien…

L’analyse des vidéos a permis de dresser une liste de 43 mouvements faciaux caractéristiques des six émotions testées (tristesse, colère, joie, concentration, surprise et dégoût). Les chercheurs se sont aperçus ensuite que les sujets aveugles partageaient 80% de leurs expressions faciales avec leur parenté et donc seulement 20% avec les autres sujets de l’étude! Ils ont de plus constaté une variation dans ce «&nbsppartage d’expressions&nbsp» à travers les différentes émotions : 75% pour la colère (qui arrive en tête), 69% pour la surprise, 66% pour le dégoût, 60% pour la joie, 59% pour la tristesse et seulement 54% pour la concentration. Reste que les chercheurs vont peaufiner leur étude en intégrant le temps et l’intensité des réactions en plus du répertoire et de la fréquence d’apparition…

Et vous, vous ressemblez à qui quand vous êtes surpris ou en colère?

Bastien Llamas