L’American Geophysical Union (AGU) est la plus importante des sociétés scientifiques dans le domaine des sciences de la Terre. Elle regroupe les chercheurs dans les domaines de la géophysique et de la dynamique interne de la Terre, des sciences de l’atmosphère, de la météorologie, de la climatologie, et de la planétologie et l’exploration spatiale. La semaine dernière, près de 15000 chercheurs venus du monde entier se sont réunis à San Francisco pour participer à la réunion annuelle de l’AGU. Ce congrès a permis de faire le point sur les grands thèmes de la recherche aujourd’hui.

Bien des questions ont été abordées durant ce congrès, notamment celui des risques sismiques. Alors que les chercheurs continuent d’étudier le tremblement de terre et le tsunami de Sumatra, de nouvelles méthodes de prévision des risques sismiques et volcaniques ont été discutées. Avec les satellites et des réseaux de mesures au sol, certaines régions de notre planète sont sous haute surveillance, mais la prévision des tremblements de terre reste aussi élusive aujourd’hui qu’il y a cinquante ans.

Il est inutile de souligner l’importance qui est accordée au problème des changements climatiques. Plusieurs milliers de présentations y ont été consacrées. On y a débattu tant des méthodes qui permettent de mieux déterminer les changements présents et passés, que des mesures les plus récentes, et de la mise en place de nouvelles techniques de détection de ces changements. On y a aussi débattu des modèles qui permettent de mieux prédire l’impact de l’augmentation prévue des gaz à effet sur le climat, et de différentes méthodes qui pourraient permettre de les atténuer. Il est peut-être symptomatique que l’AGU ait pris cette année l’initiative sans précèdent, d’inviter Al Gore, candidat malheureux lors de l’élection présidentielle américaine en 2000 à venir s’adresser aux congressistes. Al Gore a ainsi pu exhorter les chercheurs à aller vers le public et à s’impliquer le plus possible dans les grands débats de société. Ce n’est pas seulement l’ex candidat à l’élection présidentielle que l’AGU invitait en la personne d’Al Gore, mais surtout, l’auteur du film « an inconvenient truth ». Ce film réalisé avec l’aide de nombreux scientifiques démontre au public l’importance des changements en cours et le risque d’une catastrophe majeure si rien n’est fait pour réduire les impacts anthropiques sur le climat. Dans son film, sur le site WEB de "an inconvenient truth", Al Gore contribue à relayer, avec beaucoup de rigueur, les cris d’alarme poussés par les chercheurs face à l’inaction des dirigeants politiques dans la plupart des pays.

Lors de la récente conférence de Nairobi sur les changements globaux, les participants ont accepté l’objectif de principe d’une réduction de 50% des gaz à effet de serre. Tout le monde sait que cette réduction est insuffisante pour maintenir le réchauffement climatique à un niveau acceptable : Il faudrait les réduire de 75%. Il est ironique que la décision de Nairobi ait coïncidé avec l’annonce que depuis l’an 2000, les émissions de gaz à effet de serre augmentaient au taux record de 2.5% par an. De nombreux chercheurs prévoient maintenant la disparition de la glace permanente dans l’Arctique avant 2050. Les chercheurs sont unanimes pour reconnaître l'urgence d'agir et observent avec détresse que les gouvernements, même ceux qui reconnaissent cette nécessité, n'ont toujours rien fait.