Voici un texte dans l'esprit de la saison:

« Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à son lever et nous sommes venus lui rendre hommage." Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui.

Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ. Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète: Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple.

Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait. Puis il les envoya à Bethléhem, en disant: Allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer. Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.

Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »
(Matthieu 2. 1-12)

Mais quel était donc ce mystérieux objet ? Et, qui était les Mages ?

Le texte de l'Évangile de Matthieu aurait été rédigé vers l'an 90 A.D., soit cinq ans après celui de Luc, 25 ans après celui de Marc, et près d'un siècle après la naissance du Christ ; Seul ce texte rapporte le récit de l'étoile. Que croire du récit de Matthieu, qu'on retrouve aussi dans le protoévangile de Jean ?

Notre ignorance de la date réelle de la naissance du Christ étant inconnue, cela ne facilite pas les choses. En effet, le décompte dressé par Dionysius Exiguus en 525 lors de la détermination de la date de Noël n’est pas exact. En effet, Dionysius Exiguus accepta l’affirmation de Clément d’Alexandrie que Jésus était né dans la 28e année du règne de César Auguste. Cependant, il a négligé le fait que pendant c’est quatre premières années de règne il était connu sous le nom d’Octave, avant que le sénat le proclame « Auguste ». Cette erreur combinée à d’autres indications historiques, laisse à penser que la naissance du Christ aurait eu lieu quelque part dans l’intervalle en 7 et 2 avant notre ère.

On ne sait même pas qui étaient les mages. Mathieu utilise le mot magos (μαγος) qui est d’origine babylonienne et qui signifie « scientifique, sage, astrologue ». Certains les considèrent comme des prêtres zoroastriens, Perses ou Parthes. Pour certains auteurs, ils seraient des juifs membres de la diaspora vivant à Babylone.

Quoi qu’il soit, il est clair cependant que l’objet été visible du coté est pendant un certain temps, car les Mages ont eu le temps de venir de l’Orient, jusqu’à Jérusalem. Le voyage depuis la Perse, où il y avait beaucoup d’astrologues prenait environ six semaines. Seul, une comète ou un regroupement de planètes se comporte de cette façon.

Cette hypothèse de la comète sera épousée par Giotto de Bondone. En 1301, il observe le passage de la comète de Halley et en exécute un portrait fidèle sur son chef d'oeuvre, l'adoration des mages. Pour la première fois, une comète est représentée de façon réaliste. Les comètes ont toujours suscité l'effroi ou présage un mauvais événement. Pendant des millénaires, les hommes ont cru que les hasards de la vie étaient gouvernés par la position des étoiles et des planètes. Aussi l'apparition d'une comète qui violait l'ordre des cieux annonçait quelque chose d'important, souvent une catastrophe. Les annales astronomiques chinoises rapportent le passage d’une comète en mars-avril de l'an 5 avant de notre ère: “La seconde année du règne de Chien-p'ing, le deuxième mois, une comète apparut à Ch'ien-niu pendant 70 jours.”

Dès le troisième siècle, Origène note que, selon les descriptions, l'étoile de Bethléem ressemble plus à une comète qu'à une étoile. Dans la pensée des pères de l'Église, les comètes étaient des astres nouveaux et miraculeux, absents lors de la création du Monde, et que Dieu créait pour transmettre un message au monde : ainsi, la naissance des prophètes Abraham et Moise était annoncée par une telle "étoile".

Il est aussi possible qu’il est s’agisse d’une nova. En effet, les astronomes chinois ont observé pendant 70 jours une nouvelle étoile dans la constellation du Capricorne en mars et avril de l’an 5 avant notre ère. L’étoile en question aurait été visible à l’horizon est plusieurs heures avant le lever du Soleil. Étant donné que la constellation du Capricorne se trouve à 30 ou 40 degrés du plan galactique, loin des concentrations d’étoiles, une nova dans cette constellation est un phénomène très rare. Cependant, une nova ne se déplacerait pas dans le ciel comme semble l’indiquer le texte de Mathieu.

Reste alors l’interprétation planétaire. La position relative de certaines planètes aurait eu une signification très importante du point de vue astrologique. Ce genre d’événement aurait pu attirer l’attention des mages. Durant l’intervalle de temps qui nous intéresse, il y a eu plusieurs de ces événements.

Ainsi, en l’an 7 avant notre ère, il y eut une triple conjonction de Jupiter et Saturne dans la constellation des Poissons, et autre conjonction de Mars, Jupiter et Saturne en févier de l’an 6 avant notre ère. Une conjonction se produit lorsque deux objets ou plus semblent près l’un de l’autre dans le ciel. Selon certaines interprétations, la constellation des poissons est associée au peuple juif en astrologie. De plus, l’équinoxe du printemps entrait dans la constellation du poisson à cette époque, un symbole de changement d’ère. Cependant, les critiques font remarquer que les poissons étaient plutôt les symboles des premiers chrétiens que le symbole des juifs.

Alors, quand Saturne et Jupiter passèrent l’un près de l’autre trois fois en l’espace de quelques mois, il s’agissait d’un événement remarquable d’autant plus qu’une telle conjonction dans la constellation des poissons ne se produit qu’une fois tous les 900 ans. La première conjonction se produisit en mai de l’an 7 avant notre ère alors que les mages auraient entrepris leur voyage. La seconde s’est produite en septembre alors qu’ils auraient visité le roi Hérode et la troisième au sud en direction de Bethléem au début décembre. La conjonction suivante de Mars Jupiter et Saturne dans moins de 8 degrés ne se produit qu’une fois aux 800 ans. Jupiter était le symbole de la royauté et Saturne était la divinité mésopotamienne protégeant Israël. Les connaissances astronomiques de l’époque permettaient de prévoir ces conjonctions, ce qui n’aurait pas manqué d’attirer l’attention des mages.

Cependant, il y a d’autres événements astrologiquement intéressants qui se produisirent vers al même époque. En effet, Jupiter a été occulté à deux reprises par la Lune en l’an 6 avant notre ère. Le rapprochement de la Lune aurait augmenté le pouvoir de Jupiter. La seconde de ces occultations s’est produite le 17 avril alors que Jupiter était à l’est. À ce moment, la Lune, Jupiter et le Soleil se trouvaient dans la constellation du Bélier. Les calculs modernes indiquent que la Lune a occulté Jupiter, bien que le phénomène fût inobservable en raison de la proximité du Soleil. Firmicus Maternus, un astrologue au service de Constantin le Grand, décrivit cette configuration comme celle de la naissance d’un gouverneur de monde de nature divine et immortelle ! Par la suite, au mois d’août, Jupiter était stationnaire dans le ciel passa à travers la constellation du Bélier (associé aux Juifs dans le Tetrabiblos de Claude Ptolémée), et devint stationnaire de nouveau le 19 décembre.

Il existe aussi une autre série de conjonctions importantes s’étant produite un peu plus tard. Le 1er août de l’an 3 avant notre ère, on assiste au lever héliaque de Jupiter. Le 13 août, Vénus et Jupiter sont très près l’une de l’autre au lever du Soleil. Et le 18, Mercure devient visible et le 1er septembre Mercure et Vénus sont à moins d’un tiers de degrés l’une de l’autre dans la constellation du Lion. Astrologiquement, Jupiter, la planète royale, a quitté le Soleil, le père des dieux, pour se joindre à Vénus, la Vierge Marie, dans la constellation du Lion, symbole de la tribu de Judas. De plus, Mercure, le messager des dieux, a quitté le Soleil pour se tenir avec Vénus dans les lueurs de l’aube.

Par la suite, le 14 septembre ainsi que les 17 féviers et 8 mai de l’an 2 avant notre ère, Jupiter si tint a coté de l’étoile Regulus dans la constellation du Lion, qui représente aussi la royauté. C’est le 17 juin que le phénomène sera le plus spectaculaire. Vénus et Jupiter, les deux planètes les plus brillantes, donnent l’impression d’entrer en collision. À 8 h 30 min heure locale, elles passent à 0,6 minute d’arc l’une de l’autre. À l’œil, elles formeront alors plus qu’un seul point très brillant à 15 degrés au dessus de l’horizon ouest, en direction de la Judée. Il s’agissait là d’un événement sans précédent. Mieux encore, le 27 août de cette même année, Jupiter et Mars se trouvait à moins d’un septième de degrés l’un de l’autre dans al constellation de la Vierge. Près d’eux se trouvaient ensemble Mercure et Vénus dans les lueurs de l’aube.

Cette séquence d’événements dramatiques aurait été observée par les mages. Lorsque Jupiter quitte le Soleil à la mi-novembre de l’an 3 avant notre ère, les mages entreprennent leur voyage, Jupiter les dirigeant vers la Judée. Six semaines plus tard, en examinant le ciel à l’aube, Jupiter est direction sud, juste au dessus de Bethléem. À ce moment, Jupiter cessa de se déplacer, ayant atteint son point le plus à l’ouest. Simultanément, le Soleil fait de même ; c’est le solstice. C’est alors que les mages découvrent l’enfant.

Le principal problème avec cette théorie est que les événements se passent après la date généralement admise de la mort du roi Hérode en 4 avant notre ère.

Alors, qu’en est-il vraiment ? On ne le saura probablement jamais.

Sur ce, Joyeuses Fêtes !