Une île de glace de 66 km2 s’est détachée de la banquise de l’île d’Ellesmere. Cet effondrement de la banquise démontre un fois de plus comment les changements climatiques en cours risquent d’affecter de façon imprévisible les calottes glaciaires. Le fond des océans a gardé la trace de nombreux effondrements des calottes de glace lorsqu’ils se sont produits dans le passé.

Des forages à travers les sédiments déposés au fond de l’océan Atlantique et de la mer du Labrador traversent des couches très distinctes qui contiennent des sédiments anormalement grossiers. Ces couches représentent très vraisemblablement l’enregistrement des instabilités des calottes de glace dans le passé.

La nature des sédiments qui sont déposés au fond des océans varie beaucoup. Alors que la plupart de ces sédiments sont extrêmement fins, certaines couches contiennent des sédiments beaucoup plus grossiers. Ces variations reflètent des changements de la source de ces sédiments et des conditions de leur transport. Ainsi en s’accumulant au cours des millénaires, ces sédiments enregistrent toutes les variations des conditions environnementales tant dans les continents dont ils proviennent que dans les océans où ils sont transportés. Lors de la dernière période glaciaire qui a eu lieu entre 10000 et 40000 ans, une calotte de glace épaisse de plus de 3km recouvrait le centre et l’est du Canada. La glace toujours en mouvement agissait comme un moulin sur les roches et les cassait en morceaux et réduisait en poudre qui s’assimilait dans la glace. On voit le résultat de cette action dans les moraines devant les glaciers. Lorsqu’un morceau de la calotte se détachait, les icebergs emportaient avec eux cette farine grossière de roche et en saupoudrait le fond des océans à mesure que la glace fondait. On pense maintenant que les couches de sédiments grossiers identifiés dans l’Atlantique ont enregistré les instabilités de la calotte glaciaire qui plus ou moins régulièrement se mettait en mouvement et se précipitait dans la mer du Labrador. Les icebergs transportaient ainsi d’énormes quantités de farine de roche dont ils saupoudraient tout l’Atlantique. Ces événements montrent que les calottes de glace peuvent très facilement être déstabilisées et qu’on ne peut ignorer le risque d’une disparition rapide de certains grands glaciers.

Le bloc de glace qui s’est détaché de l’île d’Ellesmere reste minuscule comparé à celui de 11000 km2 qui s’était détaché de la banquise de Ross, dans l’Ouest de l’Antarctique en l’an 2000. Une fonte du glacier de l'Ouest de l'Antarctique causerait une montée de plusieurs mètres du niveau de la mer. Une équipe néo-zélandaise a entrepris de forer sous la banquise de Ross dans l’Antarctique pour essayer de détecter les changements subis par la calotte de l’ouest de l’Antarctique. Le forage qui a déjà traversé plus de 600 mètres de sédiments a maintenant révèle que la calotte avait disparu plusieurs fois au cours des 10 derniers millions d’années. Ces effondrements se sont produits alors que le niveau de CO2 dans l’atmosphère était 30% inférieur à celui que nous avons atteint aujourd’hui. Il y a donc de bonnes raisons de s’inquiéter de l’avenir des calottes glaciaires.