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Le iMachin

Mario Tessier, le 27 janvier 2007, 13h32

On ne compte plus les occasions où Apple a commercialisé un produit qui a su séduire à la fois les masses et les spécialistes de l'industrie informatique. En effet, le Mac, le iPod et, plus récemment, le iPhone ont fait l'objet, non seulement d'une large campagne de marketing mais aussi d'un succès commercial mérité.

C'est d'ailleurs assez amusant et fort instructif de comparer l'approche de deux géants de l'informatique à l'égard de leur campagne de marketing respective. Chez Microsoft, les emballages de produit sont surchargés de texte et de publicités qui vantent les prouesses de l'appareil et ses fonctionnalités. Chez Apple, les emballages sont minimalistes, comportant surtout la photographie du produit. (Le département du marketing aurait d'ailleurs produit une parodie de publicité pour la boîte du iPod, repensé et commercialisé par Microsoft, destiné aux services internes de la compagnie pour mettre en lumière les défis du nouveau marketing. Vous trouverez un vidéo hilarant sur le site de YouTube). Et ce n'est pas parce que les fonctionnalités sont moins importantes dans les produits d'Apple ; au contraire, puisque Apple se targue, avec raison, d'offrir des technologies faciles à utiliser et comportant des interfaces conviviales.

La différence est qu'Apple a compris que le succès d'une nouvelle technologie dépend souvent plus de son design que de la somme totale de ses fonctionnalités. Bien que le iPhone soit une synthèse réussie de plusieurs technologies électroniques (téléphone cellulaire, navigateur Internet, caméra et lecteur mp3), l'angle sous lequel est abordé la vente et la commercialisation consiste surtout dans la beauté de ses lignes épurées, la simplicité de son unique bouton, et la commodité de son interface graphique. D'autres appareils seront plus puissants, d'autres moins coûteux, mais peu de gadgets arriveront à la perfection esthétique auquel nous a habitué Apple.

La beauté et la practicité du design industriel m'apparaît primordiale dans l'acceptation et la diffusion des nouvelles technologies et des produits de masse. L'époque est finie où nous devions nous contenter de machines mal conçues, d'outils laids et incommodes, de logiciels incompréhensibles. Il est vrai que les effets de mode gouvernent encore l'apparence de nos objets : les bois précieux et le cuivre des instruments victoriens, le vinyle et les plastiques bon marché de l'après-guerre, le chrome reluisant de l'ère disco, les couleurs pastel des années 80 ou le fluo des années 90, etc. Mais de plus en plus de designers industriels offrent des produits pensés avec intelligence et fabriqués avec une économie surprenante de moyens. Bref, nous produisons de plus en plus de produits élégants et fonctionnels, dont la signature sera celle qui définira plus tard notre civilisation aux yeux des archéologues.

Je vous suggère de prendre connaissance des livres des éditions Taschen qui touchent au design industriel et qui sont fort bien faits, notamment : Design industriel, A-Z (2001) et Le design du 21e siècle (2003), édités tous deux par Charlotte et Peter Fiell.

9 commentaires

Portrait de Anonymous

Salut Yvan,

Le billet dont je parlais était : Bon Dieu de *?@#%&$! (http://blogue.sciencepresse...) et sa suite (http://blogue.sciencepresse...).

Mais comme tu le fais remarquer, le débat théologique du Mac vs PC me rappelle l'époque où les macqueux ressemblaient à de véritables missionnaires annonçant la bonne Parole à un monde informatique plongé dans l'obscurantisme des interfaces DOS et Windows. C'est d'ailleurs Umberto Eco, le sémiologiste, qui avait écrit que le contraste entre le PC et le Mac ressemblait aux divergences entre les religions catholiques et protestantes. Le DOS était protestant, et même calviniste, car il ne pardonnait pas l'erreur et vous forçait à une longue étude herméneutique du logiciel d'exploitation. Tandis que le Mac permettant la salvation pour tous via ses icônes... Un texte très amusant, avec ce fond de vérité qui fait mal !

Les adeptes du Mac restent très fidèles à leur marque même si plusieurs de mes amis se sont finalement mis au PC après bien des années. Windows s'est malgré tout bonifié au fil des ans. (Néanmoins, c'est un logiciel d'exploitation dont je trouve les performances exécrables, surtout comparé à d'autres. Mais z'enfin... comme dirait Gaston). Disons également que les deux plates-formes se sont rapprochées au fil des ans ; le Mac ayant un émulateur PC et l'interface Windows ayant copié les fonctionnalités graphiques de son rival.

Pour revenir à la culture des sciences, la dernière campagne de publicité d'Apple, qui exploite les différences entre le PC et le Mac, m'amuse énormément. Le « Bonjour je suis un Mac », qui met en scène deux comédiens s'identifiant à des machines, me rappelle les publicités mettant en vedette Charlot et son IBM-PC. Mais c'est surtout le personnage de John Hodgman qui me fait le plus sourire. Je connais mal le comédien qui joue le Mac (Justin Long qui est censé être connu pour être stand-up comic) et qui a le mauvais rôle du « straight man ». Mais, Hodgman, avec son personnage ridicule lui vole facilement la vedette. Je le trouve éminemment sympathique. Est-ce parce que j'ai moi-même un PC et que je peux facilement m'identifier à toutes les déceptions que peut rencontrer ce pauvre hère ? Qui sait ?

Portrait de Yvan Dutil

Mario,

Il y a eu un débat science-religion sur le sujet de l'étoile de Bethléem. À moins bien sûr que le débat MAC-PC puisse être interprété comme un débat théologique :)

Portrait de Anonymous

Bonjour,

Il est à la fois étrange, mais tout de même réconfortant, de voir que ce billet de prime abord inoffensif a généré plus de réactions qu'un billet dont le thème était les relations entre la science et la religion. Ce qui montre que ce blogue est plus fréquenté par les « geeks » que par les dévôts !

Oui, il semble que nous aimons énormément nos gadgets et que nous trouvons difficile de vivre sans eux. À ce sujet, voir mon billet intitulé Gadgets à la mode (http://blogue.sciencepresse...).

Portrait de Claude J Pelletier

A ce que je sache il n'a jamais été question dans mon propos (ou même celui de M. Tessier) que le design devait servir à faire mieux comprendre la technologie ou la science. L'idée d'un bon design est qu'un produit (et par conséquent la technologie et la science qui le composent) est utilisé plus souvent et par plus de gens. De cette façon la technologie et la science s'intégrent indiscernement au plus profond de notre vie quotidienne. Pour le quidam moyen la technologie est rébarbative. Il veut donc une technologie de haut niveau qui fonctionnera parfaitement, comme par magie.

Pour en revenir à la différence de philosophie entre Apple et Microsoft exprimée dans la parodie de publicité donnée en exemple par M. Tessier, Microsoft habituellement vante les composantes techniques de leur produits (l'item X a un gugusse Y mis à jour et un machin Z en extra) -- ce qui peut être aggressant pour le grand public -- alors qu'Apple ne fait que dire ou suggérer que le produit fait tout ce que le client veut (souvent mieux que d'autres produits) et qu'en plus il est beau (exactement ce que M. Dumas désire dans un produit).

Le client moyen n'est pas intéressé à la technologie et à la science qui rend le produit possible. Il veut juste que cela fonctionne. Ce sont les technologues et enthousiastes des nouvelles technologies qui feront la dissection du produit, comparant ses avantages et défauts. Mais si la technologie est cachée cela ne la rend plus moins valable ou importante. Après tout, qu'est-ce qui est le plus important: que la technologie et la science rendent nos existences plus facile (et ainsi profondement transforment la culture humaine) ou qu'elles soient comprises de tous et chacun?

Portrait de Yvan Dutil

Je suis d'accords avec Stéphane, la philosophie de marketting d'Apple tient à l'aspect extérieur de machine et jusqu'à un certain point de l'interface usagé. Ceci n'a à peu près à voir avec la technologie. En fait, l'objectif est de cacher le plus possible la technologie.

Si vous voulez mon avis, dans le bon vieux temps du DOS ou de Unix, l'utilisateur comprennait plus ce qui se passait dans sa machine que dans la dernière version de windows. Mon frère est informaticien et me disait que les jeunes diplomés universitaires n'ont tout simplement plus aucunne idée de comment les choses se passent dans un ordinateur. Même l'algorithmie les dépasse, ils sont de plus en plus des utilisateurs de logiciels de haut niveau.

Portrait de Stephane Dumas

Je remets mon grain de sel.

Je ne crois que le fait d'avoir un jolie boite de couleur aide à faire comprendre la technologie, ni même la science. C'est comme demander aux jeunes de réciter par coeur le nom des planètes sans leur expliquer les différences.

Le marketing d'Apple (ou toute autre compagnie) aide à leur vente et non à mieux comprendre leur technologie. Ça me rappelle une anecdote qui date du début des l'ère informatique. C'était lors d'une exposition sur l'informatique. Une personne avait offert à une compagnie de fabriquer un montage pour expliquer le fonctionnement des ordinateurs. Hors, la compagnie a refusé car elle ne voulait pas que les gens comprennent, mais plutôt achète leur produit.

C'est agréable d'avoir quelque chose de beau, mais ça n'aide pas à comprendre. Toute ce que le coté artistique apporte à un objet est de la faire accepter plus facilement.

Pour finir, je me permet une citation (je crois de Douglas Adams) "lorsque les ordinateurs seront prêt, ils vont venir dans des boites comme des crayons".

Portrait de Anonymous

Bonjour,

Effectivement, ce blogue s'intéresse à la science -- et la technologie -- dans la culture. Or, pour la plupart des gens, leur seul contact avec la science est à travers les gadgets de notre vie quotidienne. Et c'est d'ailleurs là où la science a le plus d'impact, et où l'on pourrait espérer que le quidam moyen puisse acquérir un respect pour les avancées scientifiques et techniques. Le progrès, pour bon nombre d'entre nous, ne consiste pas dans une meilleure connaissance de l'univers mais plutôt dans la commodité, le confort et la sécurité accrues procurées par nos technologies.

À ce titre les thèmes du design de nos technologies et du marketing de ces produits m'apparaissent essentiels à la compréhension des sciences et des techniques dans notre société de consommation moderne.

Quant aux produits d'Apple, comme le dit notre ami Claude, leurs utilisateurs chantent depuis longtemps les louanges de ces appareils. leur marketing se traduit visuellement en termes de simplicité du design (minimalisme zen des emballages, couleur de la pureté, etc.). C'est à mon avis pourquoi leur campagnes de marketing sont si intéressantes. C'est parce, contrairement à Microsoft, leur marketing est organique aux produits. C'est une marque de vérité plutôt que de mensonge.

Je ne me fais pas l'apologiste d'une marque commerciale mais j'aimerais plutôt que cette perfection du design industriel se reflète ailleurs, dans d'autres produits et chez d'autres concurrents. Les livres dont je faisais la liste illustrent justement des produits de consommation, dont la conception simple en font non seulement des outils utiles mais également des choses de beauté.

Comme disait le poète, « une chose de beauté est une joie éternelle » !

Portrait de Claude J Pelletier

La différence dans les approches marketing d'Apple et de Microsoft sont particulièrement évidentes si l'on compare le iPod et le Zune par exemple. Et leur efficacité respective est révélée par le flop du Zune...

Le commentaire de Mr. Dumas me surprend un peu. Sur un blog traitant de science et de culture, il n'y a pas de sujet plus pertinent que de discutter comment la perception des technologies affecte leur utilisation. Car c'est justement sur ce point que se fait l'intersection entre science et culture (et c'est sans doute pourquoi ou y retrouve le thème “Arts et Technologies”).

Mais l'avantage des produits d'Apple n'est pas simplement dans le design extérieur: c'est aussi dans le design (conception) des fonctionnalités. Elles sont non seulement souvent supérieur mais également plus accessible, plus facile à utiliser. De la même façon que le design extérieur fait que le produit s'intègre plus facilement (esthétiquement) dans notre environnement, le design des fonctionnalités fait qu'il s'intègre aussi mieux dans notre vie de tout les jours.

J'ai souvent l'impression que, si les produits de Microsoft sont conçu pour les techniciens et les ingénieurs, ceux d'Apple le sont pour monsieur-tout-le-monde...

Portrait de Stephane Dumas

Je suis un peu confu. Ça fait 2 articles sur Apple que je vois ici et je me demande c'est quoi le rapport avec le sujet de ce forum. Mais, bref tant qu'à parler de marketing allons-y :

Lorsque j'achète un produit, je veux qu'il remplisse la fonctione pour laquelle je l'achète. Je suis peut-être tout seul au monde qui pense ça, mais je n'achète pas une "image" mais un truc qui fonctionne.

C'est interessant ce voir que l'ont apprécie l'esthétique d'un gadget alors que l'on vit dans des villes qui n'ont que des tours en béton. Je préférerais l'inverse.

sur ce, bonne journée.