Le iMachin
On ne compte plus les occasions où Apple a commercialisé un produit qui a su séduire à la fois les masses et les spécialistes de l'industrie informatique. En effet, le Mac, le iPod et, plus récemment, le iPhone ont fait l'objet, non seulement d'une large campagne de marketing mais aussi d'un succès commercial mérité.
C'est d'ailleurs assez amusant et fort instructif de comparer l'approche de deux géants de l'informatique à l'égard de leur campagne de marketing respective. Chez Microsoft, les emballages de produit sont surchargés de texte et de publicités qui vantent les prouesses de l'appareil et ses fonctionnalités. Chez Apple, les emballages sont minimalistes, comportant surtout la photographie du produit. (Le département du marketing aurait d'ailleurs produit une parodie de publicité pour la boîte du iPod, repensé et commercialisé par Microsoft, destiné aux services internes de la compagnie pour mettre en lumière les défis du nouveau marketing. Vous trouverez un vidéo hilarant sur le site de YouTube). Et ce n'est pas parce que les fonctionnalités sont moins importantes dans les produits d'Apple ; au contraire, puisque Apple se targue, avec raison, d'offrir des technologies faciles à utiliser et comportant des interfaces conviviales.
La différence est qu'Apple a compris que le succès d'une nouvelle technologie dépend souvent plus de son design que de la somme totale de ses fonctionnalités. Bien que le iPhone soit une synthèse réussie de plusieurs technologies électroniques (téléphone cellulaire, navigateur Internet, caméra et lecteur mp3), l'angle sous lequel est abordé la vente et la commercialisation consiste surtout dans la beauté de ses lignes épurées, la simplicité de son unique bouton, et la commodité de son interface graphique. D'autres appareils seront plus puissants, d'autres moins coûteux, mais peu de gadgets arriveront à la perfection esthétique auquel nous a habitué Apple.
La beauté et la practicité du design industriel m'apparaît primordiale dans l'acceptation et la diffusion des nouvelles technologies et des produits de masse. L'époque est finie où nous devions nous contenter de machines mal conçues, d'outils laids et incommodes, de logiciels incompréhensibles. Il est vrai que les effets de mode gouvernent encore l'apparence de nos objets : les bois précieux et le cuivre des instruments victoriens, le vinyle et les plastiques bon marché de l'après-guerre, le chrome reluisant de l'ère disco, les couleurs pastel des années 80 ou le fluo des années 90, etc. Mais de plus en plus de designers industriels offrent des produits pensés avec intelligence et fabriqués avec une économie surprenante de moyens. Bref, nous produisons de plus en plus de produits élégants et fonctionnels, dont la signature sera celle qui définira plus tard notre civilisation aux yeux des archéologues.
Je vous suggère de prendre connaissance des livres des éditions Taschen qui touchent au design industriel et qui sont fort bien faits, notamment : Design industriel, A-Z (2001) et Le design du 21e siècle (2003), édités tous deux par Charlotte et Peter Fiell.
9 commentaires
|
par Yvan Dutil
il y a 3 an
|
|
![]() |
Mario, Il y a eu un débat science-religion sur le sujet de l'étoile de Bethléem. À moins bien sûr que le débat MAC-PC puisse être interprété comme un débat théologique :) |


Salut Yvan,
Le billet dont je parlais était : Bon Dieu de *?@#%&$! (http://blogue.sciencepresse...) et sa suite (http://blogue.sciencepresse...).
Mais comme tu le fais remarquer, le débat théologique du Mac vs PC me rappelle l'époque où les macqueux ressemblaient à de véritables missionnaires annonçant la bonne Parole à un monde informatique plongé dans l'obscurantisme des interfaces DOS et Windows. C'est d'ailleurs Umberto Eco, le sémiologiste, qui avait écrit que le contraste entre le PC et le Mac ressemblait aux divergences entre les religions catholiques et protestantes. Le DOS était protestant, et même calviniste, car il ne pardonnait pas l'erreur et vous forçait à une longue étude herméneutique du logiciel d'exploitation. Tandis que le Mac permettant la salvation pour tous via ses icônes... Un texte très amusant, avec ce fond de vérité qui fait mal !
Les adeptes du Mac restent très fidèles à leur marque même si plusieurs de mes amis se sont finalement mis au PC après bien des années. Windows s'est malgré tout bonifié au fil des ans. (Néanmoins, c'est un logiciel d'exploitation dont je trouve les performances exécrables, surtout comparé à d'autres. Mais z'enfin... comme dirait Gaston). Disons également que les deux plates-formes se sont rapprochées au fil des ans ; le Mac ayant un émulateur PC et l'interface Windows ayant copié les fonctionnalités graphiques de son rival.
Pour revenir à la culture des sciences, la dernière campagne de publicité d'Apple, qui exploite les différences entre le PC et le Mac, m'amuse énormément. Le « Bonjour je suis un Mac », qui met en scène deux comédiens s'identifiant à des machines, me rappelle les publicités mettant en vedette Charlot et son IBM-PC. Mais c'est surtout le personnage de John Hodgman qui me fait le plus sourire. Je connais mal le comédien qui joue le Mac (Justin Long qui est censé être connu pour être stand-up comic) et qui a le mauvais rôle du « straight man ». Mais, Hodgman, avec son personnage ridicule lui vole facilement la vedette. Je le trouve éminemment sympathique. Est-ce parce que j'ai moi-même un PC et que je peux facilement m'identifier à toutes les déceptions que peut rencontrer ce pauvre hère ? Qui sait ?