Science et fantaisie
Dans un billet récent, l’écrivain de science-fiction L.E. Modesitt Jr. faisait remarquer que la popularité de la fantasy en littérature de genre dépendait sans doute d’une vision du monde magique chez les lecteurs.
En effet, depuis plus d’une vingtaine d’années, les ventes de la fantasy, un genre basé sur l’utilisation de la magie et du surnaturel, dépassent celles de la science-fiction, un genre dans lequel elle a été incorporée pendant longtemps. Si les œuvres de SF demeurent encore nombreuses à être publiées, elles sont maintenant dépassées en quantité par les quêtes magiques et les romans en série mettant en scène elfes et princes en devenir. Les éditeurs recherchent avidement les œuvres de qualité en science-fiction alors qu’ils peuvent trouver facilement des trilogies plutôt décentes, et quelquefois excellentes, de fantasy.
À quoi attribuer cette tendance alors que dans les années 1960 la science et la SF étaient à l’honneur ? Modesitt croie que ce renversement de situation est du au fait que nous vivons maintenant dans un monde où la technologie est considérée comme magique. Dans une société où l’éducation scientifique est minimale, les gens ignorent souvent comment fonctionne les gadgets de leur vie quotidienne. Nous nous servons tous de l’Internet mais combien d’entre nous sommes capables d’expliquer la commutation par paquets, à la base du protocole IP. La télévision, les iPod, les téléphones cellulaires sont autant de boites noires qu’il nous est interdit d’ouvrir (sous peine d’annuler leurs garanties, bien entendu) et dont nous ne pouvons saisir les mécanismes puisqu’ils nous sont invisibles. En fait, le nouveau design industriel qui associe esthétisme et minimalisme fonctionnel font de ces merveilles de complexité technologique des mensonges de commodité. Nous pouvons nous servir de la technologie qui nous est offerte par les grandes compagnies mais il devient de plus en plus difficile de la comprendre, et donc de la modifier pour assouvir nos besoins personnels.
Les grandes avancées technologiques ont eu lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe lorsque les outils de la révolution industrielle se sont répandus et que les individus ont pu s’en servir pour modifier les machines disponibles. Ainsi, mon grand-père entretenait ses automobiles lui-même et ne se présentait au garage que pour des troubles majeurs de mécanique. Aujourd’hui, avec tous les senseurs électroniques connectés au démarreur, il est devenu difficile pour le propriétaire de la voiture de diagnostiquer ou de changer des pièces lui-même. J’ai connu l’époque où l’on ouvrait soi-même les casiers de radio et de télévision afin de changer la lampe (eh oui, des tubes à vide) au réparateur du coin. Aujourd’hui, toute cette électronique est sur circuit intégré et il faut changer tout le circuit si un défaut se présente.
Avec mes premiers ordinateurs, je programmais moi-même mes logiciels en BASIC et je tripatouillais régulièrement le DOS et les paramètres de Windows 3.1. Aujourd’hui, avec les bases de registres ultra-compliquées des nouvelles versions de Windows, il est devenu impossible de contrôler la propre sécurité de son système, quoiqu’en disent les ingénieurs de Microsoft. Nous sommes à leur merci et à celle des hackers qui, eux, ont mis du temps considérable à comprendre la chose.
Lorsque nous étions jeunes, nous bâtissions nos propres amplificateurs pour les systèmes de son, nos parents nous offraient des kits de science, avec cristaux et microscope, ou des ensembles de chimie. Aujourd’hui ces mini-laboratoires sont interdits à cause des substances chimiques considérées comme dangereuses, sans compter les dangers potentiels de terrorisme ! (Autrement dit, si la technologie est entre les mains des particuliers, DANGER !, alors que l’on considère normal que ce soit les grandes corporations qui décident de l’orientation technologique de la société toute entière.)
Lorsque les machines étaient plus simples, il était plus facile pour un plus grand nombre de les comprendre, de les entretenir et de les modifier au besoin. Mais, paradoxalement, la sophistication plus grande de nos outils, associée avec un design fonctionnaliste, nous sépare de leur réalité technologique. Le iPod ou la manette de télécommande sont, à cet égard, l’équivalent de la baguette magique d’Harry Potter.
C’est d’ailleurs pourquoi le steampunk est à la mode en science-fiction. Parce que les artefacts technologiques de l’époque victorienne sont compréhensibles pour nous. Machines à la vapeur, pistons et leviers, acier et cuivre, valves et roues dentées... malgré l’absence de design industriel et le manque d’ergonomie, ce sont des machines reconnaissables comme telles, et non pas des bouts de plastique colorés !
Certains intervenants du milieu de l’édition me disent que le phénomène de la fantasy a fait son temps et que la SF devrait revenir en force bientôt. Je l’espère. Le but premier de la scientifiction, telle que popularisée par Hugo Gernsback dans les années 1920, était d’intéresser les jeunes lecteurs aux sciences. Ils en ont bien besoin.


L'attitude anti-science que vous mentionner est malheureusement une réalité. Alors que les premières générations d'auteurs passaient un message social à travers leur critiques, les auteurs tel que Crichton et cie utilisent la science pour outil pour creer des situations catastrophiques.
Est-ce un défoulement de gens qui ne comprennait rien dans leur cours de chimie au secondaire ?
Je crois que c'est en partie à cause que les gens ne voient pas les retombés de la science. Ou est la socité de loisir tant promise ?
On nous a fait accepter les ordinateurs en nous miroitant cette société de loisir. Hors, on travaille plus qu'avant. Mais ce n'est pas la science, ni le scientifique qui en est la cause. Ce sont les compagnies qui veulent en tirer profit. On doit absolument détacher le coté capitaliste de la technologie du coté scientifique.
On nous fait accepter les produits OGM et autres sous prétexte que ça va permettre de nourrir plus de monde. Hors, les surplus de nouritures sont souvent détruit pour éviter une baisse des prix.
Je crois que c'est cette hypocrisie qui est réflété dans les histoires à saveur anti-science. On s'attaque à ce qui est le plus visible.
C'est important d'éduquer les gens à faire la différence.
Personne ne blâme l'imprimeur, ou Gutenberg, lorsque l'on recoit nos factures. Ce n'est pas de sa faute si on se sert de son papier pour envoyer des mauvaises nouvelles.
Est-ce que la science fiction va survivre ? J'espère que oui. Mais sous quelle forme ?
Je dois avouer que je m'ennuie de ne rien avoir de nouveau en science-fiction. À l'exception de Galactica qui s'est terminé l'an dernier, on a rien. Sauf peut-être pour la nouvelle série du Dr. Who qui est très bien réalisé.
D'accord, les histoires du Dr Who tirent d'avantage sur le fantastique, mais elles ont plus de chance d'attirer les jeunes vers la science qu'une série telle que Galactica. C'est le coté exploration et les solutions pacifiques du Dr Who que j'aime dans cette série.
Je terminerai que cette citation de Carl Sagan: "L'on dit quelque fois des scientifiques, qu'ils ne sont pas romantiques, que leur passion à trouver comment les choses fonctionnent vol la beauté et le mystère. Mais la romance d'un coucher de soleil n'est point affecté par un petit peu de connaissance."
sd.