Voulez-vous savoir si vous êtes fou?
Vous voulez savoir si vous êtes prédisposé à développer un trouble bipolaire? C'est maintenant possible. Pour 750$, Psynomics vous en fournira la réponse! Basée à San Diego en Californie, c'est la première compagnie à mettre sur le marché un test pouvant détecter les risques de développer une maladie psychiatrique.
En effet, le test permet d'évaluer si vous possédez le gène modifié de la glycogène synthase kinase-3 (GSK3), une simple modification d'une base dans l'ADN du gène, mais qui augmenterait de 3 fois les risques de développer un trouble bipolaire, autrefois appelé la maniaco-dépression. Disponible depuis peu, ce test est le premier sur le marché. D'autres compagnies s'apprêtent à emboîter le pas et mettre d'ici 2009 deux autres tests sur le marché, un détectant la schizophrénie et l'autre les risques de suicides causés par les antidépresseurs.
Vous voulez passer ces tests? Aucun problème, mais attention aux résultats! Francis Collins, directeur de l'Institut national de recherche sur le génome humain, a beaucoup d'inquiétudes vis-à-vis la commercialisation de ces tests. "Être diagnostiqué d'une maladie mentale implique son lot de conséquences," dit-il. Comme plusieurs chercheurs dans le domaine, il croit qu'il est prématuré de croire qu'un simple test pourra déterminer le diagnostic, surtout quand les connaissances sur le sujet sont limitées. D'après plusieurs chercheurs en génétique psychiatrique, le gène de la GSK3 ne jouerait pas un rôle très important dans l'étiologie de la maladie. Le trouble bipolaire pourrait être causé par une dizaine voire une centaine de gènes différents, sans compter les facteurs environnementaux. Donc, même si la GSK3 est impliquée, chaque variation génique n'augmente les risques que de 1 à 2%, ce qui veut dire que la grande majorité des gens porteurs de ces gènes ne seront jamais atteints de la maladie.
Pour répondre à ses détracteurs, John Kelsoe, propriétaire de la compagnie Psynomics, réplique qu'il y a un grand besoin d'action. "S'asseoir dans sa tour d'ivoire et attendre que tout soit parfait n'arrange rien, nous avons une obligation d'agir," mentionne-t-il. Jusqu'à maintenant, seulement 12 personnes se sont procuré le test, mais la compagnie espère en vendre 1800 en 2008 et 30 000 dans les 5 prochaines années.
Pour plus de détails, vous pouvez consulter l'article original dans Science, 18 janvier 2008.
Sabrina Vinet-Étudiante
3 commentaires
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par Bastien Llamas
il y a 3 années
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Bonjour Sabrina! Ah, les caractères complexes... C'est bien difficile de faire comprendre au public à quel point il se fait manipuler lorsqu'on lui parle du gène de tel trouble du comportement, du gène de telle maladie cardiaque, etc. Il est clair que prédisposition n'équivaut pas à maladie (voir le billet du 23 septembre 2006)... Ce qui me trouble le plus, c'est la mise à disposition de tests génétiques sur internet. Il existe un métier, le conseil en génétique, qui aborde avec les patients les aspects génétiques, éthiques, psychologiques et sociaux relatifs aux tests (entre autres). Une fois les informations en main (toutes les informations!), chacun est libre de prendre la décision éclairée qui convient, et d'en assumer les conséquences au mieux. Mais dans le cas d'un "e-test", qu'en est-il de l'accompagnement du client (qui n'est plus un patient) dans sa prise de décision? Il n'y en a pas, tout simplement. Alors quoi? On paye, on envoie un échantillon de sang, on reçoit un résultat supposément valide, et puis? Le test est positif et on panique, sans tenir compte de la faiblesse relative du risque associé au mauvais allèle (on a bien plus de chance de se retrouver encastré dans le pare-choc d'une auto en traversant la rue). Le test est négatif? On s'allume une cigarette, on se prend un gros Big Mac supersizé qu'on fait passer avec un litre de Coke en écoutant la game de hockey. Bravo... Il y a de l'information à diffuser de façon urgente! Demain, on va se retrouver avec la séquence de notre génome sur une carte magnétique... et on va oublier de vivre!!! |
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par David
il y a 3 années
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Bonjour Sabrina, Je ne veux pas le savoir, de peur que la réponse soit oui! Apprendre que j'ai un gène qui prédispose à une maladie mentale me causerait un stress qui lui aurait plus d'effet sur ma santé mentale que le gène en question. Comme tu l'explique bien, il ne s'agit qu'un gène parmi plusieurs et en plus il y a les facteurs environnementaux. |


je suis d'accord avec vous, c'est un peu "débile" de croire qu'avec un simple test on va pouvoir dire que vous allez être bipolaire ou autres. J'ai encore lu un texte cette semaine qui annonçait la mise en vente d'un test pour détecter l'Alzheimer. Ça ne fait que commencer. Bientôt la version science fiction du film Gataca ne sera plus si science fiction!!!