Les concepts essentiels des gènes dominants et récessifs de la théorie de Mendel perdent leur sens et, parfois, deviennent absolument inadéquats. C'est ce qu'a découvert Susan Lolle qui travaille avec l'arabette (arabidopsis thaliana) depuis des années.

Publiés en 2005, les résultats de cet article ont causé une grande controverse au sein de la communauté des généticiens. Aujourd'hui, après 2 ans de débat, cette question est sur le point d'être résolue. Certains vont même jusqu'à dire que cette découverte est plus grande que la naissance de Dolly!

L'arabette, très utilisée pour la recherche génétique due à ses nombreux avantages (temps de génération court, nombre élevé de descendants produits et très petit génome), a su défier la loi de la génétique moderne. Pour ce faire, le Dre Lolle et ses collègues mutèrent le gène HOTHEAD de la plante, qui est responsable de la production de la cire par les cuticules et des interactions de la plante avec son environnement, et l'empêchèrent d'être exprimé. Créant ainsi un double mutant récessif pour ce gène (hth/hth), ils purent observer que dans 10% des cas, les plantes générées à partir des 2 parents mutants retrouvaient leur phénotype sauvage, celui de leur "grand-mère". Selon la loi de Mendel, les descendants de 2 plantes mutées auraient dû avoir le même phénotype que ses parents, ce qui n'était pas le cas.

Ce résultat a semé un tollé dans la population scientifique. Plusieurs chercheurs qui travaillent avec cette plante affirment ne jamais avoir eu affaire à ce phénomène, alors que d'autres sont convaincus qu’il s’agit d'une contamination des plantes par le type sauvage ou par d'autres types de pollen ("outcrossing"). Dre Lolle réfute ces allégations, affirmant que 10% de réversion est un nombre trop élevé pour être le fruit d'une simple contamination ou de tout autre phénomène de mutation.

Dre Lolle et ses collègues ont donc entrepris ces 2 dernières années une expérience sans précédent. 200 000 plantes mutées, isolées de toutes contaminations, ont été scrupuleusement étudiées du phénotype au génotype. Leurs résultats, qui devraient être publiés sous peu, montrent que la fréquence de réversion va de 10 jusqu'à 40%. Du jamais vu!

Par contre, il ne faut pas s'attendre à ce que les manuels de classe soient modifiés d'ici les prochaines années. Même si cette découverte est l'une des plus importantes des 50 dernières années, plusieurs scientifiques croient que ce phénomène ne se produit pas assez souvent pour en déterminer la règle.

Sabrina Vinet-Étudiante