Toute connaissance scientifique nouvelle est susceptible de donner lieu à des applications dont on sait désormais qu'elles comportent inévitablement des risques. La maîtrise nouvellement acquise dans les manipulations des gènes et des génomes ofre à l'humanité des chances sans précédent qui verront leur pleine expansion durant ce siècle. Les risques encourus sont à la mesure de la puissance de ces méthodes. Ces risques sont au nombre de cinq : environnementaux, de perte de la biodiversité, pour les animaux, pour l'espèce humaine et enfin pour les producteurs.

Les risques environnementaux.

Les recherches sur l'impact écologiques des plantes transgéniques n'en sont qu'à leurs débuts, mais déjà des réserves très fortes se manifestent dans plusieurs pays. Ces risques sont, en effet, de deux sortes bien différentes : on distingue les risques provenant des expériences réalisées avec des OGM dans des espaces restreints et les risques de dissémination des OGM dans l'environnement.

A condition de respecter les règles que confirment, l'expérimentation sur des cellules et des animaux ne doit comporter aucun risque non maîtrisable. Cependant, si les normes de contrôle sont strictes, toutes ne sont pas nécessairement respectées. Le risque le plus important concerne cependant la dissémination éventuelle du transgène vers la plante sauvage. Par exemple, le colza résistant aux herbicides pourrait s'hybrider avec des espèces sauvages et leur transmettre cette résistance. Parmi les risques qui sont évoqués figurent également la possibilité de transferts génétiques vers les bactéries du sol et la trsansmission aux bactéries présentes dans la panse des animaux de gènes de résistance à un antibiotique utilisé comme marqueur et qui serait présent dans le transgène. De proche en proche, le risque de boulverser l'équilibre précaire d'un écosystème est patent.

Les risques de perte de la biodiversité.

Les communautés humaines souhaitent à juste titre conserver l'ensemble des espèces pour l'essentiel dans l'état où elles les ont trouvés. Les méthodes actuelles de sélection conduisent inévitablement à une certaine réduction de la biodiversité dans la mesure où un processus de tri des plantes et des animaux est opéré.

Si toute l'agriculture est placée sous le signe de la productivité, seuls les végétaux les plus rentables (c'es-à-dire les végétaux transgéniques) seront conservés, aux dépens de variétés rares et exotiques. Après la révolution verte et industrielle des années 1970, la révolution du transgénique est le deuxième coup porté à la biodiversité, sans compter que cette dernière risque également de souffrir de la dissémination dans l'environnement de gènes sélectionnés par l'homme dans un but précis et non par les hasards de l'évolution. L'uniformisation guette.

Plus précisément encore, la multiplicité des variétés naturelles, déjà menacée par l'agriculture traditionnelle, pourrait être rapidement affectée par des programmes géants d'agriculture transgénique, ruinant les réservoirs de ressources génétiques. La sélection traditionnelle des meilleurs variétés n'a pas eu l'impact écologiques qu'aurait la dissémination de variétés inventées. Dans le premier cas, déjà éprouvé, la lente propagation des plantes élues ménage relativement les variétés sauvages ; en revanche l'énorme investissement intellectuel et financier placé dans les plantes transgéniques laisse prévoir que des constructions vivantes inédites seront dispersées comme des produits industriels, selon des programmes universels qui ignoreront les frontières politiques, les niches écologiques et la conservation du patrimoine biologique.

Les risques pour les animaux.

De multiples études montrent que certaines plantes modifiées génétiquement tuent des insectes utiles ; tel est le cas notamment du nouveau maïs de Novartis. En fait, cette contre-performance est le résultat d'un véritable effet ricochet. La toxine introduite dans le maïs tue la pyrale, son plus vorace prédateur, mais laisse indemne un autre parasite, la noctuelle du cotonnier. Ce dernier est ensuite dévoré par un protecteur du maïs, un petit papillon, qui meurt de la présence de la toxine dans l'estomac de sa proie. Et ce n'est là que e premier rebond. Rien ne nous interdit de penser qu'il puisse se prolonger et affecter, de proche en proche, d'autres maillons de la chaïne alimentaire.

En outre, certains défenseurs de la natureconsidèrent qu'un transfert de gènes peut gravement faire souffrir les animaux. Ainsi se pose le problème de l'opportunité de l'expérimentation animale.

La question du seuil à partir duquel la souffrance infligée aux animaux expérimentaux est intolérable reste sans réponse simple ; la balance entre le mal-imposé à certains animaux et le bénéfice attendu dans le domaine cognitif, médical ou agronomique n'est jamais facile à établir. Il faut à cet égard prendre en compte le fait qu'une partie non négligeable des expérimentations est destinée à augmenter le bien-être des animaux eux-mêmes.

Les risques pour l'espèce humaine.

Après, entre autres, les catastrophes de Bhopal et de Tchernobyl, où l'on a pu compter les milliers de victimes des "risques industriels majeurs", l'opinion publique craint que l'affaire de la "vache folle" inaugure une nouvelle ère de danger, les risques agro-alimentaires majeurs. Les gènes transférés ou les produits qu'ils sécrètent peuvent éventuellement se retrouver dans les aliments et être dangereux en cas d'ingestion. Une personne allergique aux fraises risque, un jour, de retrouver le gène (ou la protéine) responsable de cette allergie dans un melon ou n'importe quel autre fruit.

Deux dangers particuliers, mais importants, se manifestent:

- des resistances aux antibiotiques : beaucoup de plantes transgéniques actuellement sur le marché disposent d'un gène de résistance à un antibiotique. Simple marqueur, il sert, en effet, à vérifier que les plantes ont bien intégré les "vrais" gènes d'intérêt (production d'une toxine anti-insectes, résistance à un herbicide...). Mais, pour des raisons pratiques et économiques, ce marqueur n'est pas retiré et perdure dans la plante adulte. Sa présence risque de transmettre sa résistance aux anti biotiques aux bactéries de la flore intestinale des animaux, voire de l'homme. Une fois ces bactéries devenues résistantes aux antibiotiques, il est impossible de les éradiquer.

- des résistances aux herbicides : à la suite du risque de résistance induite aux antibiotiques, les semenciers réagissent. Ainsi, Monsanto ne devrait utiliser comme traceur que des gènes de résistance aux herbicides. Mais là encore, se pose un problème : des chercheurs ont ainsi démontré que le colza s'hybride avec des plantes apparentées sauvages comme la ravenelle ou la moutarde des champs. Qui dit hybridation, dit transfert de gène. On peut alors aisément imaginer, par un même procesus, la contamination de quantité de mauvaises herbes.

Les nouveaux médicaments de nature protéique, extrait des bactéries, des levures, des milieux de culture, des cellules animales, du lait des animaux et un jour très probablement des plantes, posent des problèmes inédits. C'est évidemment la présence éventuelle d'agents pathogènes vivants (virus, prions) qui doit être plus particulièrement examinée.

D'autres problèmes plus délicats encore peuvent également se poser : celui de la greffe d'organes d'animaus à l'homme, ou encore celui de la thérapie génique où la transformation de certains gènes peut conduire à des incompatibilités lors de la recombinaison.

Les risques pour les producteurs.

Le développement des biotechnologies représente un enjeu économique et financier colossal, la filière agro-alimentaire, mais aussi les industries pharmaceutiques et chimiques, font ainsi l'objet de profondes mutations : rapprochements des semenciers et des agrochimistes, fusions d'entreprises de phytosanitaires...

Plus généralement, pour les producteurs, agriculteurs ou éleveurs, deux menaces existent:

- une aliénation tout d'abord à des variétés nécessitant des soins spécifiques ; une certaine nature d'engrais, de pesticides et de modes de culture pourrait se révéler impérative pour chaque plante, au bénéfice d'une association industriels de l'agro-alimentaire et d'industriels des biotechnologies.

- une dépendance accrue à l'égard d'entreprises multinationales puissantes. Actuellement, le monde des biotechnologies est très inégal : les Etats-Unis dominent le secteur avec de grandes firmes (Monsanto, Du Pont), suivi du Royaume-Uni (Zenecca), de l'Allemagne (Agr Evo) et de la France (Aventis). Ansi, pour les pays pour qui l'autisuffisance alimentaire pose problème (Asie, Afrique et Amérique latine) sont en situation de totale dépendance ; la faiblesse des moyens locaux et les stratégies économiques des grandes entreprises ne favorisent pas l'adptation des nouvelles techniques aux conditions climatiques et aux plantes habituellement cultivées par les populations locales. Les progrès dépendent encore largement de l'aide extérieure qui s'investit dans les centres agronomiques internationaux : l'Institut du riz des Philippines, le Centre international pour le maïs et le blé au Méxique, l'Institut pour les cultures tropicales d'Ibadan, au Nigéria.

Le risque demeure donc d'une marginalisation accrue d'une nouvelle dépendance pour les pays en développement, avec un accroissement de l'inégalité entre régions et la crainte d'un remplacement par des productions réalisées dans l'hémisphère Nord et indépendantes de toute importation.