Une importante partie de la communauté scientifique est furieuse de l'affront de Garrett Lisi face au "système" mis en place pour confirmer les théories et les rendre consensuelles. Les plus grands noms de la science actuelle voient leur crédibilité mise en jeu. Si un illustre inconnu arrive soudainement, comme c'est le cas ici, et ébranle les fondations des travaux pour lesquels ils reçoivent de généreuses subventions, de quoi ont-ils l'air?

Cette discussion a dérivé en véritable débat politique. Pour ceux qui croient que le domaine de la science théorique est dénudée de tout subjectivisme, détrompez-vous! En physique théorique, il y a deux principales avenues vers une éventuelle "théorie du tout": La théorie des cordes, et la théorie des boucles.

Les partisans des boucles, les "bouclistes", sont en minorité. Par contre, ils sont liesse face à l'avènement de la théorie proposée par Lisi: les deux cadres sont compatibles. Si Lisi a raison, cela donne du poids à leurs arguments. La majorité des théoriciens en physique, les "cordistes", cherchent désespérément, et depuis une vingtaine d'années, à faire de leur théorie un consensus. Ce n'est pas encore chose faite.

La théorie de Lisi, se basant sur un objet mathématique monstrueux appelé E8, est purement géométrique. Nombre de scientifiques croient que les équations régissant l'univers peuvent être purement géométriques. Par exemple, les symétries dans les interactions électromagnétiques et nucléaires ont mené au Modèle Standard, qui repose sur l'objet géométrique SU(3)xSU(2)xU(1), une autre horreur mathématique pour celui qui n'est pas initié.

Et si l'univers n'était pas fait de "belles équations"? Et s'il n'était pas géométrique, comme on le voudrait bien? Ça tient presque de la théologie, mais on cherche désespérément une belle théorie qui pourrait ne pas exister du tout! Ça ferait bien l'affaire des cordistes, remarquons, puisque leur base mathématique contient tellement de paramètres libres que c'est presque impossible qu'ils aient tort. À l'opposé, les bouclistes ont un cadre plus rigide. Ainsi, ils jouent la carte de la transparence.

La théorie de Garrett Lisi, elle, est fixe et immuable. Elle passe ou elle casse, sans aucun paramètre libre. Et si elle fonctionne, elle prédit une vingtaine de nouvelles particules et deux nouvelles constantes physiques. Les "pro" et "anti" Lisi ont un point commun: il faut donc la mettre à l'épreuve de l'expérience. Et ce pourrait être fait dans les prochains mois, avec le LHC qui entre en fonction ce printemps.

Comme il le dit si bien sur le site qui a publié son papier: "It ain't over 'till the LHC sings!"