Si, comme moi, vous vous imaginiez qu’on venait de découvrir un immense nouveau territoire composé uniquement de déchets de plastique, vous allez être déçus. Et c’est bien là la tragédie !

Il s’agit de la « Grande plaque de déchets du Pacifique », aussi connue sous le nom de Great Pacific Garbage Patch ou GPGP. Les déchets flottants s’accumulent à cet endroit, situé entre Hawaii et la Californie, en raison du mouvement de rotation du Grand vortex du Pacifique Nord.

C’est au retour d’une course à la voile de Los Angeles à Honolulu en 1997 que Charles Moore décide d’emprunter une route habituellement évitée par les marins car elle traverse une zone de hautes pressions, sans vent, où les courants s'enroulent dans le sens des aiguilles d'une montre. Moore avait été tellement estomaqué par la quantité incroyable de déchets de plastique qu’il avait observée qu’il a décidé de mener des expéditions pour documenter le phénomène. Son dernier voyage de collecte de données, avec la Algalita Marine Research Foundation, remonte à février 2008.

Certains estiment que la concentration des déchets varie de 1 million à 3,3 millions de morceaux de plastique au km2 sur une superficie de plusieurs centaines de milliers de km2, d’où la vision apocalyptique d’une île ou d’un continent de déchets que l’on pourrait apercevoir à l’horizon. Cependant, même si on s’en tient aux chiffres plus conservateurs du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, soit 46 000 morceaux de plastique par 2,5 km² d'océan sur une profondeur d'environ 30 mètres, cela demeure assez préoccupant.

D’une part, parce que la quantité de plastique produite mondialement augmente à une vitesse vertigineuse : seulement aux Etats-Unis, la production annuelle de résine de plastique est passée de 60 milliards de tonnes en 1987 à quelque 120 milliards de tonnes en 2007, selon la American Chemistry Council . D’autre part, parce que les matériaux plastiques qui flottent sur l’océan sont photodégradés en pièces et particules de plus en plus petites. La photodégradation de certains matériaux plastiques peut également conduire à la production de produits polluants toxiques. Ingérés par certains oiseaux et poissons, ils pénètrent ainsi la chaîne alimentaire et finissent dans notre assiette.

Le fait qu’on a du mal à « voir » le phénomène en raison de son éloignement n’aide en rien aux efforts éventuels pour réduire le problème. Mais j’ose espérer que la lecture de ce billet vous fera y penser à deux fois avant d’aller chez l’épicier sans vos sacs réutilisables.

Claire Gosselin - Blogueuse invitée - Étudiante