En tant que scientifique en général et biologiste en particulier, je prends chaque jour davantage conscience à quel point les conclusions de nos travaux peuvent influencer la prise de décision sociale et politique face à la gestion de nos ressources naturelles. Cependant, je me demande parfois comment science et politique coexistent dans la réalité socio-économique d'aujourd'hui. Je m'interroge aussi sur la perception que chaque moitié de ce couple a de l'autre... Est-ce que les scientifiques sont perçus comme des "empêcheurs de tourner en rond" par les instances gouvernementales ? Est-ce que les scientifiques font toujours l'effort de rendre leur message "simple et utilisable" pour ceux qui s'appuieront sur leurs résultats de recherche pour orienter notre société ?

J’ai travaillé par le passé sur plusieurs projets traitant des impacts de la coupe forestière et de la configuration des forêts résiduelles sur la faune, et les conclusions des études que mes collègues et moi menons ont maintes fois été utilisées par des instances gouvernementales pour améliorer certains règlements encadrant la foresterie québécoise. Par contre, j’ai toujours en tête un dilemme auquel font face tous les scientifiques lorsque vient le temps de « gérer » leur science, la planification de leurs travaux et la diffusion des résultats… Est-ce que science et politique font bon ménage ? Travaillons-nous sur la même échelle de temps, face aux mêmes échéanciers ? Quels sont les ponts communs, les similitudes et les différences de ces deux univers essentiels à notre société qui facilitent l’échange d’information privilégiée mais aussi certaines tensions lors de la prise de décision sur un projet qui influence l’environnement. Ces questions, nous pouvons nous les poser en foresterie, mais aussi face à l'utilisation de l'eau, à la progression de l'éolien, à l'implantation de ports méthaniers, bref à toutes les interventions humaines qui modifient notre environnement...

Pour ce premier billet, chers lecteurs, je vous invite à réfléchir sur cette question et à me faire part de vos commentaires. Je vous reviendrai prochainement avec mon opinion sur la question… Bonne réflexion !

Martin-Hugues St-Laurent, biologiste PhD

Chercheur universitaire