Est-ce que science et politique font bon ménage ?
En tant que scientifique en général et biologiste en particulier, je prends chaque jour davantage conscience à quel point les conclusions de nos travaux peuvent influencer la prise de décision sociale et politique face à la gestion de nos ressources naturelles. Cependant, je me demande parfois comment science et politique coexistent dans la réalité socio-économique d'aujourd'hui. Je m'interroge aussi sur la perception que chaque moitié de ce couple a de l'autre... Est-ce que les scientifiques sont perçus comme des "empêcheurs de tourner en rond" par les instances gouvernementales ? Est-ce que les scientifiques font toujours l'effort de rendre leur message "simple et utilisable" pour ceux qui s'appuieront sur leurs résultats de recherche pour orienter notre société ?
J’ai travaillé par le passé sur plusieurs projets traitant des impacts de la coupe forestière et de la configuration des forêts résiduelles sur la faune, et les conclusions des études que mes collègues et moi menons ont maintes fois été utilisées par des instances gouvernementales pour améliorer certains règlements encadrant la foresterie québécoise. Par contre, j’ai toujours en tête un dilemme auquel font face tous les scientifiques lorsque vient le temps de « gérer » leur science, la planification de leurs travaux et la diffusion des résultats… Est-ce que science et politique font bon ménage ? Travaillons-nous sur la même échelle de temps, face aux mêmes échéanciers ? Quels sont les ponts communs, les similitudes et les différences de ces deux univers essentiels à notre société qui facilitent l’échange d’information privilégiée mais aussi certaines tensions lors de la prise de décision sur un projet qui influence l’environnement. Ces questions, nous pouvons nous les poser en foresterie, mais aussi face à l'utilisation de l'eau, à la progression de l'éolien, à l'implantation de ports méthaniers, bref à toutes les interventions humaines qui modifient notre environnement...
Pour ce premier billet, chers lecteurs, je vous invite à réfléchir sur cette question et à me faire part de vos commentaires. Je vous reviendrai prochainement avec mon opinion sur la question… Bonne réflexion !
Martin-Hugues St-Laurent, biologiste PhD
Chercheur universitaire
7 commentaires
|
par Miguel Tremblay
il y a 4 années
|
|
![]() |
Nous tenons justement une série de présentations sur la question de « l'implication des scientifiques dans les processus de décision » au prochain congrès de la Société canadienne de météorologie et d'océanographie. Nous allons filmer les intervenants et faire des billets sur le blogue Hors des lieux communs (http://ptaff.ca/blogue/). Le programme est ici: |
|
par quentin
il y a 4 années
|
|
![]() |
Bourdieu aborde ce sujet dans "sur la télévision" (une retranscription de conférence il me semble) et parle de la tour d'ivoire des scientifiques, nécessaire pour qu'ils puissent élaborer la connaissances, mais de laquelle ils doivent savoir décendre par moment pour communiquer... |
|
par MDP
il y a 4 années
|
|
![]() |
Effectivement, l'échelle de temps et la motivation professionnelle entre scientifiques et politiques sont deux notions sur lesquelles il me semble difficile de trouver des ponts. |
|
par Pascal
il y a 4 années
|
|
![]() |
Il y a toujours un risque à sombrer dans la théorie du complot, avec ce sujet. Mais sans aller jusqu'à prétendre que le vilain Monsanto contrôle toute l'agriculture, comment en effet ne pas être soupçonné de conflit d'intérêt lorsque des intérêts privés financent une partie de la recherche? Et est-ce que les scientifiques sont pleinement conscients de ce dilemme, sachant que les partenariats universités-entreprises sont quelque chose de relativement récent? |
|
par VANHOED
il y a 4 années
|
|
![]() |
La FNSEA ,MONSENTO possédent le pouvoir sur l'agriculture (Fnsea, par les préts "obligatoires pour les explitants Monsento sur la fourniture obligatoire des semances De plus les "LABOS " font la loi sur la santé,et empechent les remedes anciens de se vendre, et de plus font pression pour ne plus rembouser les doses homéopathiques Cordialement Francis Vanhoed |
|
par Sandrine
il y a 4 années
|
|
![]() |
Je me demande qui a le plus d'influence. D'un côté, il y a les scientifiques qui possèdent les connaissances permettant de prendre les décisions les plus éclairées, notamment concernant le développement durable. Mais de l'autre ce sont les gouvernement et les compagnies privées qui financent la recherche. Et je doute que le financement ait lieu de façon désintéressée. Aussi, bien des scientifiques, aux États-Unis par exemple, sont tenus d'orienter leurs résultats pour pouvoir continuer à travailler. |


La science et la politique ont un point commun qui les empêche de faire bon ménage: elles sont toutes les deux corrompues par le privé.