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Inspection des aliments : s'en remettre encore plus aux entreprises?

Jean-Noël Ringuet, le 9 septembre 2008, 17h57

La crise entourant les cas de contamination à la listériose aura mis en évidence les limites de l'autorégulation des entreprises pour la protection du public. Alors qu'une crise semblable avait, il y a une dizaine d'années, amené les États-Unis à se donner des normes et des moyens de surveillance très stricts et efficaces, le gouvernement Harper envisageait, jusqu'à tout récemment, de réduire encore plus le rôle des inspecteurs de l'Agence canadienne d'inspection des aliments et s'en remettre aux tests et rapports produits par les entreprises.

Un gouvernement a pour mission de veiller à l'intérêt commun. Confier entièrement cette responsabilité à des entreprises dont la finalité est d'abord et avant tout le profit de leurs actionnaires serait une abdication dont les événements récents permettent d'envisager les graves conséquences. Lors du déclenchement de la crise actuelle, selon le Globe and Mail, non seulement le gouvernement n'en était plus au stade de simples projets de délégation de responsabilités, mais certaines mesures en place depuis mars dernier avaient déjà eu pour effet de réduire le nombre d'inspections sur le terrain... y compris chez Maple Leaf dont le seul inspecteur s'était vu confiné au travail de bureau sur des rapports d'inspection produits par la compagnie. Le tout en conformité avec l'idéologie conservatrice opposée en principe à toute intrusion gouvernementale dans l'activité économique.

Il faut espérer que les électeurs s'interrogent, à l'occasion de la présente campagne électorale, sur les motivations de ces politiciens qui se présentent pour détruire ce qu'ils ont pour devoir de gérer.

3 commentaires

Portrait de Olivier R

Nous vivons le même genre de choses en Europe, où la Commission européenne - instance nous soumise au suffrage universel - a décidé de revoir les taux de pesticides admis dans les fruits et légumes, ces taux étant jusque là différents selon les pays. Bilan : les taux sont alignés sur les plus élevés.

Le citoyen européen va trouver dans son assiette jusqu'à plusieurs dizaines de fois plus de pesticides qu'auparavant dans certains aliments (dans les pays où les taux étaient les plus bas).

Les instances dirigeants des pays occidentaux ont tourné le dos aux citoyens et ne représentent aujourd'hui que les intérêts des actionnaires des grandes entreprises. Il semble que celles-ci aient acquis tous les pouvoirs dans leurs courses aux profits, une sorte de pleins pouvoirs : si c'est pour leurs profits tout est permis.

Notre santé ? Notre confort de vie ? Aux oubliettes, "peanuts", les désastres alimentaires et sanitaires de demain seront catalogués dans les "domages collatéraux" du libéralisme-ultra, cette économie du désastre et de l'anéantissement.

Portrait de J.-N. Ringuet

Non, du moins pas directement. Cette crise est vraisemblablement le résultat d'un système d'inspection inefficace reposant, justement, sur l'autorégulation - et donc, le conflit d'intérêts. Il faut cependant en tirer les leçons qui s'imposent.

Vous conviendrez avec moi sans doute qu"une réduction des inspections indépendantes des entreprises, déjà insuffisantes - c'était l'objectif du gouvernement Harper avant le déclenchement de cette crise - ne pourrait qu'aggraver les risques pour la population. En tel cas, le gouvernement serait alors directement imputable de la prochaine crise.

Portrait de Alain

Dois-je comprendre que vous imputez cette crise au gouvernement Harper ?