Je ne sais pas pourquoi, le mot « troglodyte » me fait toujours penser à un genre d’animal préhistorique recouvert de plaques cornées. Heureusement que mon ami Robert est là pour me rappeler à l’ordre : « Habitant d’une excavation naturelle (caverne, grotte), et par extension d’une demeure aménagée dans la terre, le roc ». C’est avec étonnement que j’ai appris – dans le fascinant The world without us , d’Alan Weisman – l’existence de vastes cités souterraines, faisant parfois plusieurs étages de profondeur dans la campagne turque.

Dans la Cappadoce, région du centre de la Turquie, des millions d’années de volcanisme ont laissé une couche de plusieurs centaines de mètres de cendres, qui s’est figé en tuf, un type de roche très malléable mais qui durcit au contact de l’air. Vers l’an 700 avant notre ère, les habitants de la région ont commencé à creuser des abris à même le sol, sans doute pour s’abriter quand la température était inclémente. Ces abris ont servi ponctuellement à sa cacher de tribus hostiles, et au fil des siècles ils sont devenus villages et villes. On compte ainsi plusieurs dizaines de villes creusées dans le tuf de la Cappadoce.

La plus imposante est sans doute la ville de Derinkuyu, qui comprend une vingtaine d’étages et s’enfonce à près de 100 mètres dans le sol. Les archéologues croient qu’elle pouvait abriter jusqu’à 50 000 personnes. Ils ont même découvert un tunnel de 10 kilomètres reliant une ville voisine. Tout porte à croire qu’elle était conçue pour être habitée sur de longues périodes, puisqu’on y trouvait des étables, des salles pour entreposer la nourriture, des presses pour fabriquer du vin et de l’huile et même des chapelles! Des puits souterrains fournissaient l’eau, des conduits d’aération permettaient d’évacuer la fumée des fours, et des puits de communication – des téléphone de fortune quoi! – servaient à communiquer entre les différents étages.

Ces informations ont été à la fois un choc et un émerveillement pour moi. J’ai toujours pris pour acquis qu’au cours de l’histoire des gens ont trouvé refuge dans des grottes. J’avais une vague connaissance du fait que des maisons ou des temples ont été creusés à flanc de montagne. Mais je reste pantois à imaginer des villes d’une telle ampleur, creusées en profondeur, à plus de 100 mètres, avec des outils primitifs, et montrant un tel niveau d’ingéniosité et de raffinement…