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Voulons-nous vraiment enseigner les sciences au Québec?

Yvan Dutil, le 24 mai 2009, 12h45

Une fois n’est pas coutume, je vais digresser de l’astronomie pour faire par d’une observation que j’ai faite et dont je n’avais pas pris connaissance jusqu’à maintenant : voulons-nous réellement enseigner les sciences au Québec?

Ma question peut surprendre, car on entend crier sur tous les toits que l’on manque de scientifiques au Québec. Pourtant, une expérience récente m’a fait douter réellement de la validité de cette affirmation. Ma réflexion faite suite à la discussion qui a suivie une petite conférence que j’ai donnée à mes collègues au sujet des méthodes modernes d’enseignement des sciences.

Cette conférence était basée sur les travaux du « Carl Wieman Science Education Initiative». Il ressort de ces travaux que l’enseignement magistral classique est inefficace et qu’il amène les étudiants à mémoriser la matière pour passer les examens et que cette dernière est oubliée en quelques mois! Il est à noter que les mêmes études montrent que la qualité de profs, la taille des classes ou l’école n’a guère d’importance sur ce que l’étudiant apprend. Que les syndicats, les gestionnaires et les comités de parents se le tiennent pour dit.

La seule chose qui a vraiment de l’importance c’est le nombre d’heures que l’étudiant passe à travailler sur des problèmes difficiles. Or, pour ça il faut que l’étudiant soit motivé. Et pour qu’il soit motivé, il faut que la matière semble pertinente; qu’elle semble possible à maîtriser et que l’étudiant ait un sens du contrôle personnel. S’il est relativement facile de jouer sur les deux derniers facteurs en offrant des projets et de l’encouragement, dans bien des cas, il est quasiment impossible de faire face au premier défi. Pourquoi, parce que la grande majorité des étudiants n’auront jamais besoin de la majorité des connaissances scientifiques qui leur sont enseignées. Et, cela est vrai, même pour ceux qui se destinent à des carrières dites scientifiques !

Il faut être honnête et regarder la réalité en face. Combien d’étudiant et science de la Nature au Cégep feront une intégrale pendant le reste de leur carrière professionnelle ? Quelques pour cent tout au plus ? Quel pourcentage utilisera ses connaissances en optique et physique moderne? Vous pouvez reprendre ces questions avec chaque matière scientifique et vous aurez la même réponse : la majorité de ce qui est enseigné ne peut pas faire de sens. Cette situation est un problème si réel, qu’il est rendu très difficile d’enseigner la physique dans la majorité des cégeps, car la plupart des étudiants qui vont en science se destinent aux sciences médicales.

Il n’est donc pas étonnant que le taux d’abandon soit si élevé dans les programmes de sciences : 30 à 50% au collégial et 40% à l’université ! Pire encore, même dans les matières enseignées à l’université dans les programmes spécialisés, la majorité de la matière enseignée aux étudiants leur sera totalement inutile ! En fait, la seule chose vraiment utile ce sont les techniques de base et le permis d’exercer décerné avec le diplôme.

Les grandes idées, les grands concepts n’ont absolument aucune valeur dans le monde réel. Ce qui compte c’est de maîtriser tel logiciel, de connaître sur le bout des doigts tel protocole ou telle technique. Et aussi, d’être membre de l’ordre professionnel pour signer les documents officiels pour que ce soit légal.

Bref, dans le monde réel, on n’a pas besoin de scientifiques, on a besoin de techniciens supérieurs. C’est ce qui a fait dire à plusieurs de mes collègues que cela ne servait pas à grand-chose de se forcer pour que les étudiants apprennent les grands concepts parce que la seule chose qui compte réellement c’est qu’ils passent leurs examens.

C’est avec la mort dans l’âme que je ne peux qu’être d'accord avec eux.

33 commentaires

Portrait de Marc-André Tessier

Je suis d'accord avec le constat mais pas la résignation finale.

Beaucoup d'étudiants vont à l'université avec espoir de faire un "boulot", que ce boulot soit chirurgien ça ne change rien au fait.

Il ne faut pas enseigner pour eux.

Personellement j'estime m'être servi de 75% de ce que j'ai appris au Cégep et à l'université en sciences. Maths, physique, chimie, bio..

J'ai 33 ans et je fais peut-être une intégrale par année mais il faut que je sois capable de comprendre comment on obtient telle ou telle formule et pour ça je dois me souvenir de comment on fait une intégrale. De temps en temps mes connaissances multidisicplinaires me permettent de prévoir un truc que d'autres n'ont pas prévu et proposer une modification.. ce qui me rend plus utile que si je me contentais de seulement "appliqer". À ce compte je serais moins compétent qu'un ingénieur; or je le suis sur quelques aspects mais je compense justement par d'autres qui relèvent de la physique un peu plus profonde, pour en somme être compétent et utile autant qu'un ingénieur, mais différemment.

Enseigner pour que tout le monde ait "une job" risque de rendre les parents contents et les étudiants qui ont les yeux fixés sur un salaire de médecin depuis leur médaile du Gouverneur, mais l'université c'est au-dessus de tout ça. Le jour où ce ne le sera plus il y aura une dégradation, un ralentissement dans la science.

Quand je repense à mes études de mon bac, ce que je trouvais difficile était que les profs donnaient (souvent avec le concours des étudiants doués) que la matière était impossible à maîtriser et qu'il fallait en quelque sorte.. être doué. Certains se contentaient de notes de cour un peu éparses sans livre de référence de sorte qu'on ne pouvait jamais recommencer du début.

De plus, chose qui est de ma faute, je n'avais pas appris à vraiment "lire". Pour moi, lire, c'était passer d'une équation à l'autre sans porter attention au texte. Si je comprenais mathématiquement l'équation, je pensais avoir compris. Et je continuais et finissait par faire mécaniquement des choses que je ne comprenais pas. Mais à la longue, avec des cours d'APP (pas trop) et rendu à la maîtrise, j'ai appris à lire. Lire pour de vrai; pourquoi cette phrase est-elle là, que veut-elle dire, et en quoi cette équation est nouvelle même si elle ressemble aux autres. Si je crois avoir compris la phrase et que la formulation sembe bizarre, c'est que je n'ai pas compris. Lire ainsi prend du temps et je ne pense pas qu'on puisse suivre au bac si on lit aussi lentement que je le fais. Mais j'ai passé la première fois, je passerais surement cette fois-ci avec des meilleures notes. Et je ne passerais pas un an à la maîtrise à ré-apprendre..

Mais la motivation.. on ne peut rien. Ce n'est pas en faisant des problèmes comiques ou en récompensant les étudiants avec des deux pour un sur la bière qu'on améliorera l'université.

Je pense que si les étudiants en science ne sont pas motivés par les sciences, c'est qu'on vit dans une société qui ne cultive pas les éléments propices à un tel intérêt. Je crois que les émissions de vulgarisation scientifiques spectacles (comme 30% des émissions de Découverte : les volcans qui exposent, les dinosaures en 3D) et la science-fiction moderne rendent la vraie science "plate". Même les concours scientifiques au Cégep demandent un effort qui n'a en quelque sorte que peu à voir avec le travail scientifique..

C'est David Cronenberg qui disait avoir choisi de faire des films pour réaliser ses "expériences scientifiques" car la vraie science, c'était travailler des décennies sur le même sujet tandis que ses films il les fait en un an ou deux et ensuite passe à autre chose. Je pense qu'il n'a jamais su ce qu'était la science.. beaucoup sont comme ça. Faire rêver les enfants d'un jour être scientifique légiste dans un abo genre CSI risque de l'éoigner à jamais de la science quand il verra que ce n'est pas ça, pas aussi "excitant".

Portrait de Yvan Dutil

@T. Wright

"Il ne faut pas confondre cela avec la curiosité intellectuelle qui, elle, est une qualité s'acquiérant que trop rarement à l'école... "

Votre remarque est des plus pertinente. À mon avis, l'école est tout à fait excellente pour tuer la curiosité intéllectuelle.

La question que j'ai soulevée n'était pas "Pourquoi enseignons-nous les sciences?", mais "Voulons-nous enseigner les sciences?". Il y a plein de profs plein de bonne volonté qui veulent enseigner la science au-delà des recettes de cuisine à mémoriser. Là n'est pas le problème.

Si le système d'éducation, les étudiants et la société en général ne veulent que des techniciens supérieurs, on travaille à contre-courant. Je discutais de cette situation avec des copains physiciens, il y a quelques temps. Un de mes amis m'a fait remarqué qu'il avait eu exactement la même discussion avec des profs. Ces derniers étaient tout étonnés qu'un physicien comprenne si bien la notion de compétences, si chérie de ce temps-ci. Pour un physicien, la notion de compétence est très naturelle et très disticte de la notion de connaissance.

Portrait de T. Wright

Vous serez probablement étonnés si je vous dis que ce commentaire provient d'un étudiant en sciences nature profil sciences pures au collégial qui est tombé sur ce site Internet à cause de sa "curiosité scientifique" mais aussi générale.

Je ne peux que valider les propos que vous avez tenus.
J'ai commencé mes études au collégial en sciences de la santé et dans ce temps là (il n'y a pas si longtemps) tout ce que je souhaitais c'était obtenir la meilleure cote R pour me garantir l'accès aux programmes les plus contingentés, conduisant aux professions les mieux rénumérées et les plus populaires.
J'ai constaté que presque tous mes comparses se trouvaient dans la même situation que moi. Il n'est donc pas étonnant que la grande majorité d'entre eux ne "trippent pas" au cégep et qu'ils considèrent cela comme un concours d'entrée universitaire.
Je crois que le problème que vous posez n'est pas propre aux sciences naturelles. Il s'étend aussi aux sciences humaines (programme dans lequel j'ai notamment été inscrit) desquelles les étudiants retirent généralement peu de satisfaction si ce n'est que d'avoir un DEC afin de poursuivre leurs études à l'université.

Le problème soulevé est un manque de curiosité générale.
Combien de fois aie-je entendu d'autres étudiants se plaindre de l'inutilité des cours de philosophie et de littérature?
Il en est de même pour les cours d'histoire, de géographie, d'anthropologie, de sociologie, de chimie, de physique, de mathématiques, ...

Je crois que le cégep (et même l'école secondaire) permettent aux élèves de toucher à plusieurs domaines. Ensuite, il leur appartient de choisir ce qui les intéresse plus spécifiquement.

Il ne faut pas confondre cela avec la curiosité intellectuelle qui, elle, est une qualité s'acquiérant que trop rarement à l'école...

Portrait de Stephane Dumas

La différence entre un élément de savoir qui va nous servir dans notre profession et un de connaissance générale est bien souvent mince. Nul ne sais ce qu'il va faire durant sa carrière. On parle souvent que les jeunes qui s'en vont en medecine demande à quoi la physique peut bien servir. Ces derniers pourraient bien se retrouver travailler sur des pièces de biomécanique, et là ils vont regretter de ne pas avoir écouté leur prof.

Les jeunes sont un produit de notre société, tout comme nous l'étions 15-20 ans (ou plus). Lorsque j'étais aux études (collègial et universitaire), il y avait encore la notion de "généraliste". Apprendre un peu de tout pourrait nous servir plus tard. Mais aujourd'hui, lorsque je regarde les jeunes (entre autres mes neveus), soit qu'ils ne savent pas trop de qu'ils veulent faire plus tard ou ils veulent faire un truc très précis.

Je suis persuadé que les commentaires sur le pourquoi des cours de physique peut être également transposés aux cours de français, d'histoire, de géographie, etc. Durant l'une de mes visites dans une école primaire, l'enseignante s'est servie de ma présentation en astronomie pour montrer aux élèves que s'était utile d'apprendre l'anglais. Maintenant je réalise que le problème des cours de science est plus répandu que je le pensais.

C'est un phénomène qui est malheureusement très répandu dans la société. En cotoyant le domaine de la recherche au Canada, j'ai réalisé que depuis 10-15 ans il y a eu un changement majeur dans la philosophie. Avant, il y avait toujours une poignet de chercheur pour travailler sur des projets abstraits (qui pensait-on pourrait aboutir à des découvertes). Mais aujourd'hui, tout le monde doit travailler sur des projets à courts terme qui doivent absolument aboutir à un bebelle utile. Un centre de rercherche se doit d'être rentable. L'on a qu'à regarder dans les offres d'emploi le genre de position que les centre de recherche demandent. Ce sont tous des postes hyper-spécialisés dans un domaine archi-pointu. C'est excessivement rare de voir quelque chose dans le genre "cherchons physicien, ou chimiste, généraliste pour de la recherche fondamentale. "

Il n'est donc pas étonnant de voir les jeunes agir en conséquence.

Voici un vidéo que Carl Sagan donnait devant le congrès américain. J'aime beaucoup cette extrait en particulier car il illustre la nécessité de faire de la rechercher fondamentale : http://www.youtube.com/watc...

mea culpa pour les commentaires sur le Centre de Démonstration en physique, j'étais mal informé.

Portrait de Anonymous

Je suis d'accords avec tout ce que tu dit Yvon, mais là n'est pas le problème. Si l'objectif de l'éducation est de dévelloper la façon de penser, cela devrait se réfléter dans la société.

Or, mon impression toute personnelle est que l'objectif sociétal est de transmettre des connaissances utiles.

Dans de telle condition, l'enseignement de la science telle que je l'entends (et que tu l'entend je pense) est très problématique.

Portrait de yfortin

suite et fin

Ça commence raide. Pour étudier le mouvement , on prendra une auto en exemple, histoire de faire plus concret. Mais cette auto, pas besoin qu’elle soit dessinée en 3D, un rectangle, même un point suffit. Or, selon certains, il semble que pour un jeune d’aujourd’hui, qui navigue régulièrement dans des espaces virtuels où s’affrontent des Cyborgs aux noms improbables, il est préférable qu’elle ressemblent à celles du film « Rapide et dangereux » c’est plus concret, plus signifiant. Mais nous on veut qu’ils étudient le mouvement alors il faut parler de repères, de vitesse et d’accélération. Déjà avec les repères et la vitesse, on est dans l’abstraction. La vitesse c’est une idée très riche pour décrire le mouvement. Diviser une distance par du temps. C’est quoi sinon un concept plutôt abstrait qui permet de caractériser un phénomène très concret… Même si Zénon débattait déjà de cette question dans l’Antiquité, que Descartes, Galilée, Newton et Einstein, au prix d’efforts soutenus, en ont considérablement fait progresser la compréhension, les étudiants de partout sur la planète peinent à la maîtriser. Je ne vous parle pas de l’accélération, c’est encore pire et c’est normal, il me semble.
Quand on montre les prouesses technologiques, on oublie souvent de parler de l’essentiel. Non ce n’est pas ce que ça permet d’accomplir, le rapport qualité/prix, la part de marché ou le segment de population visée. Ce qui est le plus extraordinaire, c’est tout ce que des humains ont fait pour que tout ça soit possible. On oublie d'insister sur le fait que toutes ces belles patentes ont d'abord été des idées, des dessins, des équations avant d'exister matériellement.
Les images bouleversantes de Jupiter ou de Saturne, les voyages dans le temps, la téléportation, la guérison des toutes les maladies, tout ça est plus accrocheur que les observations patientes de Copernic, les calculs de Kepler, les équations de Newton. Quand un élève de cinquième année a dans son iPod, plus de données et de gadgets que les ordinateur de bord de la capsule Apollo ou des sondes Voyager dont la mémoire totalisait 64Kb, qu’est-ce qu’on peut dire, faire ou montrer pour qu’ils réalisent que, s’ils veulent un jour comprendre ou faire de la science, ils doivent nécessairement comprendre un peu de géométrie ou le théorème de Pythagore. On est plate en ©˙∆˚ø˚ø πø|™¶ª» et pourtant c’est ce qu’il faut.
Sur leur portable, ils ont des vidéos pas mal plus excitants que nos figures géométriques ou les règles de grammaires qu’ils doivent apprendre pour espérer comprendre de quoi parle le texte du manuel scolaire (de moins en moins utilisé) où on énonce que la vitesse est le rapport d’un déplacement sur le temps.

Mais il faut persister parce qu’on ne peut rompre le fil de transmission des connaissances que toutes les sociétés ont toujours maintenu pour que, d’une génération à l’autre, on sache ce que l’humanité a acquis de compréhension sur le monde. Tous ne sont pas destinés à faire de la science pas plus que de l’art, de la musique, ou de la poésie, mais on doit s ‘assurer que tous aient accès à ces trésors au cours de leur vie.

Portrait de yfortin

suite...

Ceux qui maitrisent les techniques pour faire croître les cristaux semi-conducteurs de silicium que des ingénieurs utiliseront pour fabriquer les micro-chips qui pourront exploiter les logiciels qui font fonctionner le clavier sur lequel j’écris ce texte, comprennent probablement moins en profondeur, la science ou les technique des cristaux liquides utilisés dans mon écran ou les algorithmes qui permettent de calculer les valeurs des adresses de chaque intersection de la matrice de mon écran ou quoi encore?
Mais tout ça n’empêche pas un enfant de cinq ans de savoir s’en servir. De là à dire qu’il comprend les ordinateur, ce serait un peu fort mais on peut raisonnablement croire que si ce sujet l’intéresse et qu’il se trouve autour de lui des gens et des ressources accessibles et à sa portée sur une assez longue période, il pourrait éventuellement en comprendre énormément sur ce gadget. Donc il n’est pas toujours nécessaire de tout comprendre pour apprendre. Je dirais même que l’inverse est plus souvent vrai.

Ce qu’on fait apprendre aujourd’hui a nécessité des décennies voire des siècles à des individus qui, pour la plupart, étaient certainement plus brillants que moi et que beaucoup d’entre nous. Les idées qu’ils ont fini par faire émerger sont aussi difficiles à admettre maintenant qu’à l’époque où elles ont été formulées pour la première fois. Ce n’est pas parce qu’on peut énoncer la troisième loi de Newton par cœur qu’on est à l’aise avec l’idée que le plancher nous pousse quand on avance. Ça prend du temps et il faut prendre le temps. Mais il ne faut pas pour autant perdre son temps.

Même si on ne demande pas aux étudiants de redécouvrir ces lois (quoique certains prétendent que c’est ce qu’il faudrait faire ou plutôt laisser croire) c’est malgré tout assez difficile à comprendre. Avez-vous tous compris ces belles théories au fur et à mesure qu’on vous les enseignait ou avez raffiné votre compréhension au fil des ans et à force de répétition? N’avez-vous jamais éprouvé quelques malaises, certaines hésitations lorsque vous aviez à expliquer certains concepts? Tous ces problèmes qu’on donne en exercice, n’y en a-t-il jamais eu qui vous ont donné du fil à retordre, malgré vos années de scolarité et vos années d’expérience? On doit se souvenir de ce qu’on était lorsque nous étions à la place de ceux à qui on enseigne.

Nous faisons partie d’une aventure qui dure depuis fort longtemps et qui ne semble pas vouloir s’arrêter. Les temps changent et les connaissances évoluent plus vite que les humains qui les produisent. Il est plus difficile de comprendre un humain qu’un atome, une étoile ou une ellipse. À quoi nous servira toute notre science si on est pas capable de s’empêcher de se taper sur gueule parce que l’économie va mal.

Les méthodes d’objectivation de la science ont permit d’en apprendre davantage sur nous et notre environnement que toute autre forme représentation qui ont eu cours au fil des âges. La science ne réglera pas tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés mais elle sera certainement utile si nous voulons y parvenir.

Ce qu’on dit de la science.
Ce débat montre peut-être ici un des effets des innombrables efforts qui ont été faits pour présenter la science au grand public et souvent aussi aux élèves. Les images et les figures de style qui parlent beaucoup au public leur parlent souvent mal.

Les scientifiques savent qu’en science rien n’est plus concret que l’abstraction. Tout ce qu’on a produit comme connaissance et comme technologie a dû passer par la difficile et incontournable étape de la représentation, laquelle abouti inexorablement à l’élaboration de concepts et de modèles qui doivent ensuite être validés par une batterie de d’expériences qui confrontent ce qu’on espère à ce qui se produit. Alors seulement peut-on espérer élaborer une théorie capable de rendre compte voire d’expliquer adéquatement le monde matériel.

J’entends des voix du fond de la salle dire :
« M’semble que c’est compliqué. Ça pourrait-tu être plus simple, genre? » Réponse :Non, mais ça peut-être drôlement intéressant malgré ça.

Portrait de yfortin

Ma réponse est trop longue je vais donc la couper en deux. Comme disait Pascal,"je m'excuse de t'écrire une si longue lettre, je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte". Elle ne sera peut-être pas aussi cohérente que je le souhaiterais mais les idées sont là.

partie 1

Étrange sujet que l’enseignement. C’est vieux comme le monde et pourtant, on n’arrive pas à dire ce qu’il faut, comment il faut, pourquoi il faut, mais on sait qu’il faut.

Cette discussion démontre une fois de plus que l’enseignement est encore un art et non une science. Malgré la complexité de la tâche, les humains de toutes les époques, de toutes les civilisations ont réussit à apprendre et enseigner une foule de choses toutes plus complexes les unes que les autres. Heureusement, ils n’ont pas tous eu à justifier ce qu’ils faisaient selon la démarche scientifique, le socioconstructiviste ou les impératifs socioéconomiques en période de mondialisation ultra-concurrentielle sur fond de récession.
Peut-être que pour eux, ça fonctionnait suffisamment pour continuer. Aujourd’hui, il semble bien que si on ne peut pas expliquer complètement comment et pourquoi ça fonctionne et surtout, si ça ne fonctionne pas pour tout le monde, il faut tout remettre en question voire tout changer.

Est-il toujours nécessaire de tout comprendre pour continuer à apprendre? Certainement pas.

On dirait que c’est comme marcher ou aller en vélo, tout le monde (ou presque) sait le faire mais très peu peuvent dire quelle force les fait avancer. Pourtant, tout le monde croit savoir ce que c’est que la force, tous ceux qui marchent croient savoir ce qu’ils font, mais quand vous leur dites que c’est le sol qui les pousse vers l’avant lorsqu’ils se déplacent, ils ne vous croient pas, même si c’est la vérité. (À ceux qui disent qu’ils ne peuvent apprendre quelque chose que s’ils le comprennent, je suggère de rester assis et de réfléchir à ce que je viens d’écrire tant qu’ils ne l’auront pas compris. On ne sait jamais…)

La vérité. Quel gros mot. Quelle vérité? Il suffit de mettre un pied devant l’autre et le tour est joué. Ça aussi c’est vrai. Une sacrée chance d’ailleurs parce que s’il fallait comprendre toutes les notions de centre de masse, d’équilibre, d’action-réaction, de friction, et j’en passe, avant de se risquer à faire une petite stepette, on aurait dû attendre d’avoir au moins quinze ans avant de se mettre debout. Notre cerveau est d’une telle puissance, qu’on peut réaliser des tâches extrêmement complexes sans avoir à vraiment comprendre ou être pleinement conscient de ce qu’on fait. En autant que ça fasse sens pour lui et que ça « marche », c’est suffisant. Ce qui n’est pas vari quand on veut que ça fasse sens du point de vue de la science.

Vous avez certainement remarqué que marcher est à la portée de beaucoup d’animaux (le vélo c’est autre chose). Les gazelles, par exemple, doivent pouvoir courir aussi vite que leur mère dans les quinze minutes qui suivent leur naissance sinon elles risquent fort de se faire bouffer par les prédateurs qui n’attendent que celles qui se demanderaient à quoi ça sert d’être si pressée. Nous, quinze minutes après notre naissance, on est plutôt empotés. Mais cinq ans après notre naissance, c’est incroyable tout ce qu’on sait faire. Les gazelles, elles, savent brouter et courir aussi vite que leur mère… nous, on joue en ligne sur des ordinateurs portables connectés en réseau. On est plutôt lent au départ mais qu’est-ce qu’on apprend vite!

Parlant d’ordi, qui, parmi tous ceux qui lisent ce blogue peuvent expliquer « complètement » ce qui se passe dans mon ordi pour qu’à chaque fois que j’appuie sur la touche « a » il y ait un « a » qui apparaisse sur l’écran? Personne. Facile à faire mais très difficile à expliquer « complètement ». Non pas que l’explication complète n’existe pas, mais parce qu’elle est extrêmement complexe tout comme l’ordi lui-même. On sait qu’un ordi est la matérialisation de concepts très sophistiqués que l’on sait appliquer dans des domaines tels la métallurgie, la physique de l’état solide, les semi-conducteurs, la microélectronique, la programmation, les mathématiques et bien d’autres encore. Il y a tellement de détails extrêmement importants et indispensables à la matérialisation de tous ces concepts qu’il ne se trouve plus personne capable de se spécialiser dans autant de domaines différents pour pouvoir expliquer « complètement » ce qui se paaaaasse (oups, j’ai oublié de lever le doigt).

Portrait de Anonymous

@Yvon

Il y a une différence fondamentale entre la classique "ligne de a" et une bonne partie de l'information que l'on donne dans un cours de science: on l'a pas oubliée.

Tu le dit toi même, enseigner exige un engagement de la part du prof et des élèves. Pourquoi, tout simplement parce qu'apprendre demande de refaire des connections dans les neurones du cerveau. C'est un processus biologique et qui demande du temps et de l'EFFORT. C'est là que le bat blesse.

Je vais te donner un exemple que tu connais bien: la physique. La physique est probablement les cours le plus détesté par les étudiants en sciences. Pourquoi donc? Parce que les profs de physique sont pourris systématiquement? Je ne pense pas.

J'ai une autre explication: en physique mémoriser des formules et des définitions c'est pas suffisant alors que c'est parfait et chimie et en bio et presque suffisant en math.

Pour être à l'aise en physique, il faut maîtriser quelques grands concepts: loi de conservation, règles de la statique, définitions des quantités physiques. Face à un problème, on part de ces grands principes pour CONSTRUIRE les équations de bases. Ensuite, la poutine mathématique embarque. Le problème est que pour maîtriser ces concepts, on ne peut pas faire cà en 4 heures d'études la veille de l'examen, alors que cà se passe très bien dans d'autres cours.

Portrait de yfortin

Yvan, quand tu parle de conservation du mouvement, est-ce que tu parles de la conservation de la quantité de mouvement ou de la conservation de l'énergie d'un corps en mouvement?Personnellement, je n'ai jamais entendu parler de quelque chose qui s'appellerait "conservation du mouvement". Peux-tu donner la référence du problème que tu soulèves, ça m'intrigue et j'aimerais l'ajouter à mon bêtisier.

Portrait de yfortin

Je pense qu’on raconte de trop belles histoires sur la science, on devrait se contenter de n’en raconter que la très belle histoire. Tout le monde sait que la science est importante, que ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile à apprendre et à comprendre, que tout ce qu’on apprend ne nous servira pas. Mais ce que tous devraient savoir, c’est que ce n’est souvent pas ce qu’on a appris qui nous sert le plus, mais c’est de l’avoir appris. Tant mieux si les contenus sont directement et définitivement utiles mais même s’ils ne le sont pas, ils sont quand même d’excellents prétextes pour offrir aux jeunes esprits, des obstacles surmontables et formateurs. On ne saurait remettre en question le fait que pour savoir tout ce qui semble utile aujourd’hui, de nombreuses personnes ont, depuis fort longtemps, consacré une partie de leur vie à chercher à comprendre des choses sans grand intérêt pour le commun des mortels et qui, même lorsqu’ils ne sont pas parvenus à trouver ce qu’ils cherchaient (c’est-tu assez inutile ça?) nous ont donné les plus belles idées que l’humanité ait pu concevoir. À vous de dire lesquelles…

L’agriculteur d’aujourd’hui, qui optimise l’usage des engrais en contrôlant son épandage avec un GPS ne sait pas tout ce qu’il doit aux travaux de Kepler lesquels, n’avaient certainement pas beaucoup plus de valeur aux yeux du paysan de son époque qui, lui aussi, devait se demander à quoi pourrait bien servir de connaître la course des planètes, lui qui peinait à tracer son sillon avec son attelage de bœufs.

P.S.1)
À Mario Pelletier. Je ne sais pas si je suis le vieux de la vieille qui donnait l’exemple des lignes de « a » mais ça fait au moins 25 ans que je donne cette réponse à ceux qui me demandent pourquoi on leur fait faire des affaires qui sont déjà connues depuis longtemps et qui ne leur serviront jamais. Je leur disais aussi qu’au cégep tout comme à l’université, on leur fait encore faire des ligne de « a ». C’est juste que à chaque étape de leur formation, on ne leur demande pas d’inventer ou de découvrir des faits nouveaux pour l’humanité. On se contente de leur faire apprendre et comprendre des faits nouveaux pour eux. Mais tous ces « a » difficilement et patiemment acquis au fil des âges et admis comme étant ce qu’on raconte de mieux sur le monde qui nous entoure, sont porteurs de tout ce qui leur permettra peut-être d’écrire à leur tour une nouvelle page du livre de la connaissance de l’humanité ou, plus modestement, du livre de leur propre vie. Rien de bien utile finalement.

P.S.2)
Stéphane, je ne crois pas qu’on ait de la difficulté à attirer les jeunes au Centre de démonstration. Depuis cinq ans nous offrons des conférence-démonstration de 2 heures sur des sujets tels la lumière, le son, l’électromagnétisme, les forces et l’an prochain, l’atmosphère. Pour cette seule activité, nous avons accueilli jusqu’à présent plus de 30 000 élèves (bien comptés) du secondaire et du primaire sans compter les centaines profs et les techniciens qui viennent maintenant en groupes (sans élèves) pour assister à des présentations spéciales.

Quand on offre aux jeunes et aux moins jeunes, des activités qu’ils apprécient, ils le démontrent et en redemandent. Pas besoin de faire le clown, de faire exploser le chanteur ou de faire un show de boucane. Si on s’adresse à leur intelligence, ils répondent intelligemment. Mais une conférence ce n’est pas un cours. Enseigner exige un engagement de la part du prof et des élèves, qui doit reposer sur une confiance mutuelle, méritée et exprimée. Une présentation de 2 heures ne comporte pas le même degré de responsabilité que celui qui incombe aux professeurs responsables de former les jeunes qui leur sont confiés. Cependant, elle permet de faire valoir certaines idées de science qu’on n’a pas nécessairement le loisir de pouvoir aborder dans un cours mais qui sont très efficaces dans une conférence.

Portrait de Stephane Dumas

En passant, lorsque je disais que l'école n'est pas là pour donner de la culture scientifique, je pointait le primaire et le secondaire.

À partir du CEGEP, lorsqu'on entre dans un programme de formation en science, la culture devrait faire parti de la formation.

Mais que faudrait-il faire pour motiver les jeunes à aimer la science ? Pas juste, passer les cours pour avoir le diplome ?

Devrions-nous nous emparer de Radio-Canada et les forcer à diffuser que des documentaires et séries éducatives (Cosmos, The day the universe change, etc.) et banir les Star Academy ?

Repartir les clubs de science dans toutes les écoles ? Il y a Expo-Science et 2-3 autres organismes qui font la promotion, mais presque personne n'en entends parler.

Il existe bien des centre de démonstrations en science physique mais ils ont beaucoup de difficulté à attirer les gens. Le meilleur example est celui du CEGEP Garneau.

L'autre jour, je suis allé donné une conférence à CEGEP Ste-Foy. Il y avait presque 30 étudiants dans la salle tous venu volontairement. Or, je suis resté ahurit en apprenant que chaque étudiant venu à ma conférence aller recevoir des points de présence ! Le phénomène n'est pas unique à Ste-Foy, je l'ai vécu ailleurs. Est-ce que c'est ça la motivation ?

D'après moi, l'un des problèmes est qu'il manque de modèle de scientifique dans la société. On a beaucoup de sportifs, musiciens et artistes, mais où sont les scientifiques ? Peut-être est-ce à cause de notre nature "reservée". Nous ne sommes pas très "show-man" contrairement aux autres.

Depuis les vingts dernières années, nous avons vécu une révolution informatique et technologique. Par example, nous avons vécu l'évolution du CD à partir du 33-45 tours. Or, les jeunes n'ont jamais connu le 33 tours et pour eux le CD à toujours été là. Ce genre d'example peut être appliqué à moultes facettes de notre société. Un lecteur MP3 pour eux est tout comme un toaster était pour nous (c-a-d banal). Mais imaginer ce qu'un toaster était pour nos parents qui ont vu son développement. Je crois que les jeunes sont "blasés", ils n'ont plus le sens de l'émerveillement.

Portrait de Anonymous

Quand les étudiants considère que la science ne constituent qu'en une série de recettes de cuisine ou de formules à apprendre par coeur et qu'il faut juste se souvenir des cas où les utiliser, on échoue à la fois à donner une culture et une formation scientifique.

Difficile de faire voir les choses autrement, si les problèmes que l'on donne aux étudiants n'ont qu'une seule étape de résolution. Dans les derniers jours, j'ai fait le tour de plusieurs livres de science et c'est ce qui m'a le plus frappé. Un problème, une formule et la solution est là!!! Hier, j'ai même reçu la copie d'un nouveau livre de physique. Vous pouvez être certains que la majorité des problèmes sont parfaitement directs dans leur solution. Les cas qui m'a plus choqué est un exemple donné aux élèves qui devait illustrer la conservation du mouvement, alors que le corps était soumis à la gravité et que par conséquent, il ne peut pas y avoir de conservation du mouvement!!! C'est pas une erreur de calcul ou d'arrondi, c'est fondamental. Et, il y a au moins 5 coauteurs dans ce livre.

J'ai l'impression que l'on se donne collectivement l'impression d'enseigner et d'apprendre, mais qu'au fond c'est pour se donner bonne conscience car il ne reste pas grand chose au bout de la ligne.

Portrait de Pascal Lapointe

"la culture scientifique est pauvre mais ce n'est pas le but de l'école."
Ah? Là, nous touchons quelque chose d'important dans ce débat. Parce que j'ai toujours cru qu'au contraire ça devait être le but de l'école, que de donner de la culture scientifique aux futurs adultes dans leur ensemble. Si au contraire, le but des cours de science n'est que de former des futurs scientifiques, alors on n'a plus aucune raison de se soucier que tous les autres, dans leur grande majorité, terminent le secondaire avec une ignorance et une détestation des sciences -puisque ceux-là n'iront pas en science, n'est-ce pas.

La question lancée initialement par Yvan (voulons-nous enseigner les sciences) est une vraie boîte de Pandore, n'est-ce pas? :-)

Portrait de Yvan Dutil

"la culture scientifique est pauvre mais ce n'est pas le but de l'école."

Contrairement à toi, je pense que cela devrait être le but de l'école. Mais, ce que l'on fait c'est donner une liste de choses à mémoriser qui sont oublier une fois l'examen passé.

http://www.aufil.ulaval.ca/...

Le gros problème avec la science, c'est qu'il faut que tu en fasse pour comprendre comment ca marche.

De la même façon qu'aimer la musique, ne fait pas de toi un musicien professionnel. Aimez la science ne fera pas de toi un scientifiques. Dans les deux cas, il faut des milliers d'heures de pratiques. Si faire de la musique n'était que de reproduire un série de sons, il y a plein de machines aujourd'hui qui sont capable de faire cà facilement. Le même principe s'applique à la science.

Portrait de Stephane Dumas

Yvan, lorsque tu parles des étudiants en science qui sont ignorants de la science, je présume que tu parles de leur culture scientifique.

Il ne faut pas mélanger culture scientifique (savoir qui est Laplace et de qu'il a fait) avec la connaissance scientifique (savoir comment travailler avec un Laplacien).

Car je suis d'accord, la culture scientifique est pauvre mais ce n'est pas le but de l'école.

Mais je rêve d'un "star academy" sur la science.

Portrait de Yvan Dutil

"Certes, seule une minorité de ces jeunes iront travailler en science. Si le but est de faire de l'écrémage, c'est pleinement réussi."

Compte-tenue que le taux d'abandon à l'université est de 40% en science, je suis pas certain que ce soit un succès.

Ce que les études sociologiques montrent, c'est que la majorité des étudiants en science sont ignorants de la science. Alors, si ceux qui ont le plus étudiés dans le domaine ne savent pas grand chose, il ne faut pas se surprendre de l'ignorance de la population en général.

Portrait de Pascal Lapointe

Il est certain que l'enseignement des sciences au secondaire échoue en général à faire comprendre aux jeunes la beauté du monde qui les entoure, la fascination qu'il peut y avoir à observer une fourmi, une goutte d'eau ou une étoile. La majorité des gens en ressortent avec une image de la science associée à des montagnes de formules à apprendre par coeur et de concepts qui leur semblent déconnectés de la réalité.

Certes, seule une minorité de ces jeunes iront travailler en science. Si le but est de faire de l'écrémage, c'est pleinement réussi. Mais si le but, au secondaire, est de leur faire acquérir une culture, et surtout de leur faire comprendre que la culture, qu'elle soit "scientifique" ou non, fait partie d'un tout, dont aucune portion n'est davantage réservée à une élite qu'une autre, c'est un échec.

Portrait de Anonymous

Je suis d'accords avec toi Simon, le cerveau se développe comme un muscle. Mieux encore, contrairement à un muscle une fois développé l'effet est quasi-permanent.

Je suis tout à fait d'accord avec cet objectif on ne peut plus louable, mais en pratique et malgré nos beaux discours ce n'est pas ce qui est fait.

On a donc deux options: où alors on continue à faire semblant de former des esprits ou on se concentre sur l'apprentissage de recettes. Au moins, on aura le mérite d'être honnête intéllectuellement.

Portrait de Simon Arcand

Je suis d'accord avec Mario, Louis et Quentin. L'école secondaire n'a pas à être "utile". Quand mes élèves de science me demandent à quoi ça sert, je leur dis que ça leur sert autant que d'avoir soulevé des poids et haltères (genre bench press) dans un match de soccer! C'est pour la condition générale, c'est pour l'exercice du cerveau.

Toutefois, je crois que le secondaire général et le cégep général ne doivent pas être confondus avec les cours qui mèneront à un emploi. Une technique au cégep doit former pour l'emploi. Le bac en ingénierie doit préparer à l'emploi. Et c'est là que l'utilité des cours doit être analysée.

Portrait de Anonymous

Louis, cà c'est la théorie. C'est à ce que je crois fermement. Mais en pratique, ce n'est pas cà qui est fait. On enseigne des recettes de cuisine que les étudiants apprennent pour passer l'examen et qu'ils oublient ensuite. Il y a un moyen très simple de vérifier si on leur apprend à penser ou si on leur montre des recttes de cuisine: les tester au retour des vacances d'été.

Les spécialistes de la congnition sont formels. Le taux de rétention des recettes diminue de moitié après trois mois. Alors, que si les étudiants ont vraiment appris il n'y pas de différence notable après 2 ans. Si la majorité des étudiants se souvenaient de la majorité des cours qu'ils ont eu la session précédente, je serais d'accords que l'objectif de l'école est de former l'esprit. Mais, en pratique, tous les profs savent bien que d'une session à l'autre presque tout est oublié.

Portrait de Louis

Oublions-nous qu'aller à l'école, étudier, c'est avant tout et en fait apprendre.. à apprendre? C'est aborder de façon progressive des problèmes de plus en plus complexes pour arriver à structurer sa pensée pour en arriver à un certain sens critique et avec un peu de chance avoir l'occasion de devenir un meilleur citoyen... Selon moi c'est là la «fonction» première de l'école. Non en soit apprendre à intégrer n'a aucun sens en soi. Mais la gymnastique mentale que l'on fait pour maitriser cela crée réellement des liaisons dans nos circuits neuronaux et, j'en suis persuadé, font en sorte qu'on peut aborder des problèmes d'un complexité grandissante avec l'exercice répété.

Portrait de Yvan Dutil

Moi aussi je suis un enseignant. Et, honnêtement, on peut peut-être faire accroire à des étudiantes de 4e que cà peut faire du sens "équilibrer une équation chimique" mais rendu au Cégeps, cà ne fait du sens que si c'est lié au choix de carrière. Sinon, c'est la course aux notes pour entrer en médecine qui sert de motivation.

Et, je parle pas des cours que l'on donne aux techniciens qui sont fondamentalement inutiles, sauf le jour ou le technicien sortira de sa routine.

L'autre problème c'est que les employeurs ne nous aident pas beaucoup en indiquant clairement que les seules matières qui les intéressent c'est celle qui les touchent directement et utilisant leur techniques et leurs outils. Le reste étant de la perte de temps. Voici, un exemple dramatique du genre:

http://maphto.blogspot.com/...

Portrait de Mario Pelletier, enseignant

Il est toujours très drôle de lire des personnes traiter de l'enseignement des sciences en oubliant la réalité des apprenants. La science qui a du sens pour un ado de 16 ans ou un jeune adulte de 18 ans, ce n’est pas le même sens que pour un adulte qui a une formation universitaire.

Je me rappel un vieux de la vieille qui me disait, à propose de l’apprentissage utile :

« Te rappelles-tu de tes lignes de «a» en première année ? » Qui oserait dire que faire des lignes de a, de b et de c en première année est utile pour sa carrière ?

Personnellement, je n’ai jamais refait de ligne de a après ma première année. Mais je me rappelle très bien de mon état d’esprit lorsque je les faisais. Cet état d’esprit ne se décrit plus avec des mots d’adultes.

Je montre à mes élèves de 4e secondaire à équilibrer des équations chimiques en sachant très bien que 90 % d’entre elles ( c’est une école de filles ) ne le feront jamais plus. Équilibrer des équations chimiques fait partie du cours obligatoire pour tous ceux et celles qui veulent avoir un diplôme de 5e secondaire. Je ne l’enseigne pas parce que c’est UTILE, mais parce que c’est un moyen pertinent de montrer ce qu’est la science et sa place dans la société. Si je ne pouvais créer « du sens » dans mes cours, ma place ne serait pas en classe. Et faire du sens n’a rien à voir avec l’aspect utile et technologique des sciences.

«Pire encore, même dans les matières enseignées à l’université dans les programmes spécialisés, la majorité de la matière enseignée aux étudiants leur sera totalement inutile ! En fait, la seule chose vraiment utile ce sont les techniques de base et le permis d’exercer décerné avec le diplôme.»

Peut-être sommes-nous dans une période pendant laquelle les jeunes veulent simplement se sentir plus utiles ? Et comme la société tant à leur donner raison en valorisant les technologies...

Mais je continuerais à me battre contre la vision réductionniste des sciences qui a cours dans nos programmes de sciences et TECHNOLOGIES. Non, la science n’est pas utile. Et il est normal qu’un ado n’apprenne à équilibrer des équations que pour satisfaire le prof qui en placera dans l’examen... Mais comme il a appris à maitriser son crayon en première année pour faire des lignes de «a», il y a des chances pour que quelque chose reste dans son cerveau qui ne soit pas seulement la technique permettant d’équilibrer l’équation.

Portrait de Yvan Dutil

"Désolé je ne comprend vraiment pas ce type de raisonnement. L'éducation est faite pour transmettre des connaissances, pas pour fabriquer des travailleurs"

C'est mon avis aussi, mais plus cà va, moins je crois que c'est l'opinion majoritaire. Il suffit de passer quelques minutes à lire des offres d'emplois dans les domaines technologiques pour comprendre.

Portrait de quentin

Les études forment avant tout des esprits, capable d'apprendre, de faire face à différentes problématiques, d'appréhender des concepts, d'avoir une bonne connaissance dans différents domaines et d'être polyvalents. Que certains élèves s'en fichent, d'accord, mais dire que ça ne sert à rien, c'est vraiment très très réducteur.

Si on part dans la doctrine utilitariste, alors d'accord, fabriquons des machines à travailler dans tel ou tel secteur suivant la demande.

Tant qu'à faire privatisons complètement l'éducation, laissons google, microsoft ou toyota racheter les écoles et former lui même sa main d'oeuvre depuis la petite enfance. Pourquoi apprendre la poésie ou le dessin aux gamins ? Il n'ont pas besoin de ça n'est-ce pas. Quant aux mauvais élèves, ne gaspillons pas d'argent à leur apprendre quoi que ce soit ils finiront ouvrier de toute manière.

Juste une question : l'homme est au service de l'économie, ou est-ce l'inverse ?

Désolé je ne comprend vraiment pas ce type de raisonnement. L'éducation est faite pour transmettre des connaissances, pas pour fabriquer des travailleurs.

Portrait de Stephane Dumas

Nous avons l'impression que c'est un problème récent. Or, j'ai vécu plusieurs situations similaires lorsque j'était au secondaire. Dans un cours de math enrichi (ha le bon vieux temps), l'enseignant voyant que nous apprenions très vite, voulait terminer rapidement la matière de l'année puis nous montrer une partie de l'année suivante (et même comment faire des intégrales). Plusieurs etudiants s'y sont opposés ne voulant pas faire baisser leur moyenne. Les étudiants assistaient au cours pour le diplôme et rien de plus.

Par la suite, j'ai malgré moi, embarqué dans ce piège (étudié uniquement la matière d'examen) pour libérer mon temps à étudier autres choses. L'école était devenue une "perte" de temps pour moi.

Il ne faut pas mélanger culture scientifique avec le diplome. Je connais bien des ingénieurs qui font très bien leur job mais n'ont aucune connaissance du reste. Curieusement, les gens en science (vs génie) ont endance à être plus curieux et vouloir apprendre plus que leur domaine. Mais ils forment une très faible partie du monde de la recherche.

Il ne faut pas oublier que les étudiants qui vont en science au CEGEP n'iront pas forcement en science pure à l'université. Plusieurs iront en génie ou en science de la santé. Toute ce qui les intéressent est d'avoir le diplome pour avoir une job très payante.

Alors devrions-nous transformer les écoles en institutions pour former des super spécialistes ?

De surcroît, les gens vont croire d'avantage un bozo qui a du charme et parle bien à la place de la personne qui a étudié dans le domaine (p.ex. le dossier des vaccinations).

Je m'implique dans l'éducation du public en astronomie. Les gens trouve bien jolie les étoiles, les nébuleuses et autres. Mais pour eux, nous (les astronomes amateurs) ne sommes que des amuseurs publiques au même titre qu'un caricaturiste ou un violoniste sur le coin de la rue. Les gens ne veulent pas en savoir plus.
Nous vivons dans une société qui désire des solutions rapides, qui a une mémoire courte et qui rêve de passer ses soirées devant la TV (du pain et des jeux, pour reprendre le dicton romain). Il est également triste de voir que les scientifiques ne sont pas valorisés et que la culture scientifique est ridiculisée.
Dommage. Mais je crois que c'est ainsi depuis fort longtemps. Ce n'est pas un phénomène nouveau.

Portrait de Anonymous

C'est tellement bien dit, que pour ceux qui l'auraient manqué, je ne peux m'empêcher de recopier ce paragraphe d'Yvon Fortin, ci-haut:

<i>Nous vivons tous à l’intérieur des frontières de notre ignorance ou de notre connaissance. L’étendue et le relief du territoire délimité par ces frontières varient d’un individu à l’autre. Pour certains, il est plutôt restreint alors que pour d’autres, il est immense. Mais pour chacun, il constitue l’univers connu, son univers. Cependant, ce qui diffère d’un individu à l’autre, c’est l’aisance ou l’inconfort que l’on ressent lorsqu’on se retrouve près de cette frontière, là où on commence à percevoir nettement l’horizon au-delà duquel on ne sait plus, on se sait pas. Là où l’imagination semble la seule capable de nous procurer un sentiment de contrôle. Pour certains, ces frontières sont elles-mêmes très éloignées des frontières de l’humanité mais pour d’autres, leur frontière personnelle est également celle de l’humanité. C’est une zone où les certitudes disparaissent, où il vente fort, où les falaises sont abruptes, les précipices profonds et le sol pas toujours solide. On comprend que plusieurs ne s’y sentent pas à l’aise et préfèrent s’en tenir éloignés, qu’ils préfèrent la quiétude du centre de leurs terres. Mais le frisson, la griserie, l’exaltation, le défi de l’inconnu demeureront toujours un aimant irrésistible pour un bon nombre. Selon leur force de caractère, leur endurance, leur entêtement et leur détermination, leurs rêves et leurs motivations, ils vivront dans « la zone » et tenteront par tous les moyens de faire reculer cette frontière.</i>

Portrait de yfortin

Stéphane, la seule façon que j'ai trouvée pour sortir des livres, c'est de les lire et de les trimbaler dans ma tête partout où je sors. Comme ça, je peux en sortir beaucoup plus que si j'en sortais un.

Portrait de Stephane Dumas

Yvon, j'ai hate que tu sortes ton livre. J'en veux une copie.

Portrait de yfortin

Excusez, mauvais décodage ou hoquet informatique.

Yvan Dutil " J'ai enlevé les messages en double.

Portrait de yfortin

Une p'tite dernière divagation.
Quand je veux donner du sens à mon métier sans avoir recours à l'économie qui s'est infiltrée dans les moindres recoins de la vie moderne, je me raconte des histoires et j'essaie d'y croire. En voici une.

Vivre à la frontière de la connaissance.
Nous vivons tous à l’intérieur des frontières de notre ignorance ou de notre connaissance. L’étendue et le relief du territoire délimité par ces frontières varient d’un individu à l’autre. Pour certains, il est plutôt restreint alors que pour d’autres, il est immense. Mais pour chacun, il constitue l’univers connu, son univers. Cependant, ce qui diffère d’un individu à l’autre, c’est l’aisance ou l’inconfort que l’on ressent lorsqu’on se retrouve près de cette frontière, là où on commence à percevoir nettement l’horizon au-delà duquel on ne sait plus, on se sait pas. Là où l’imagination semble la seule capable de nous procurer un sentiment de contrôle. Pour certains, ces frontières sont elles-mêmes très éloignées des frontières de l’humanité mais pour d’autres, leur frontière personnelle est également celle de l’humanité. C’est une zone où les certitudes disparaissent, où il vente fort, où les falaises sont abruptes, les précipices profonds et le sol pas toujours solide. On comprend que plusieurs ne s’y sentent pas à l’aise et préfèrent s’en tenir éloignés, qu’ils préfèrent la quiétude du centre de leurs terres. Mais le frisson, la griserie, l’exaltation, le défi de l’inconnu demeureront toujours un aimant irrésistible pour un bon nombre. Selon leur force de caractère, leur endurance, leur entêtement et leur détermination, leurs rêves et leurs motivations, ils vivront dans « la zone » et tenteront par tous les moyens de faire reculer cette frontière.

On suit souvent des traces tout en laissant les nôtres et ce faisant, nous marquons davantage le territoire connu. Mais lorsque les traces se font de plus en plus rares, nous commençons à sentir les turbulences de l’ignorance parce que nous pénétrons dans la Terra Incognita. Mais le sentiment que procure l’idée que nos traces soient les premières ou les seules est tel, que les risques, les efforts, les difficultés qu’il faut affronter sont un prix raisonnable que plusieurs sont prêts à payer.

Tous les jeunes sont des explorateurs mais pour qu’ils aspirent à explorer certains territoires, il faut les leur faire connaître, leur raconter les aventures vécues par leurs prédécesseurs. Il faut donner l’exemple. Ont-ils devant eux des gens qui ont vus la frontière de près. Ont-ils devant eux des gens qui se donnent autant qu’ils donnent. Ont-ils devant eux des gens qui donnent des exemples ou qui sont des exemples. Ont-ils devant eux des gens de confiance, des gens à qui ils doivent faire confiance parce qu’il le faut ou parce qu’ils le veulent.

La noblesse du métier d’enseignant ne vient-elle pas de la générosité toute humaine et désintéressée dont il faut faire preuve si l’on veut motiver, inspirer, engager nos jeunes sur les chemins de leur propre formation, de leur propre aventure. C'est une tâche exigeante, parfois consumante parce qu'ingrate, mais tellement passionnante parce que gratifiante. Et ceux qui, usés par le don d’eux-mêmes se sentent dépassés, ceux-là doivent avoir la certitude que leur expérience aura toujours le mérite de servir de balise aux jeunes loups prêts à sortir des entiers battus pour découvrir les voies contemporaines qui conduisent aux mêmes destinations que les anciennes mais qui renforcent et déplacent inexorablement les murailles de la frontière de l’univers connu.

Là où ces murailles sont hautes, épaisses et fortes, le territoire qu’elles délimitent est densément construit, riche, presqu’arrogant. Là où au contraire elles sont basses voire inexistantes, le terrain est désert et l’horizon également. Trop difficile ou sans intérêt pour l’instant, ces lieux et ce qui s’y trouve n’attirent encore personne.

Aujourd'hui, le territoire est tellement vaste qu’il ne se trouve personne ayant pu le visiter complètement au cours de sa vie. Il se morcelle alors en contrées légendaires que tous les récits des anciens qui ont été transcrits, perdus, retrouvés, relus, transmis font exister dans l’esprit de tous ceux qui les ont entendu. Ils existent alors, nous le savons, mais grâce à l’imagination, seule capable de nous faire accepter qu’il puisse y avoir des choses connues qui nous seront à jamais inconnues. Seules la sagesse, l’expérience, la naïveté, l’idéalisme peuvent nous faire accepter la futilité et la nécessité de connaître et de faire connaître.

Portrait de Louis

Dans un monde immergé dans la mode de la globalisation on a pourtant perdu, j'ai l'impression, la perspective globale. On dirait que quand on se met à voir les choses dans leur globalité, chacune des briques du savoir difficilement acquises prennent leur sens, mais que prises une à une en soit n'a aucune valeur ni réel sens. Bin c'est ça qui se passe en ce moment j'ai l'impression : on regarde que les briques et on oublie de reculer et de contempler la Grande Muraille dans son ensemble. Parce que, j'ai l'impression, c'Est long marcher pour être assez loin du mur en question pour le contempler. Tout doit être instantané aujourd'hui. Si c'est pas là le problème en voilà au moins une cause on dirait.

Je suis pas un vieux de la vieille, et pourtant à 26 ans, je vois les choses dans leur ensemble et j'apprécie les notions qui partent de la physique secondaire 2 jusqu'à la chimie des solutions de mon bac en bio-med. Mais on dirait que ce déclic global là, ne vient pas souvent chez les gens.

Quand par exemple j'essaie d'expliquer à mon amie qui cuisine beaucoup pourquoi son tapioca a pas bien réussi et que ça pris 3 litres de lait et 95 minutes à cuire au lieux des 20 minutes prévues et des 2 tasses, tout ça parce qu'elle a coupé la quantité de sucre en 2 et qu'elle me croit pas, j'ai l'impression que parfois, parce que c'est scientifique, c'est comme rendu con, ou pas valable parce que la science c'est juste dans les labos en sarrau...