Voulons-nous vraiment enseigner les sciences au Québec?
Une fois n’est pas coutume, je vais digresser de l’astronomie pour faire par d’une observation que j’ai faite et dont je n’avais pas pris connaissance jusqu’à maintenant : voulons-nous réellement enseigner les sciences au Québec?
Ma question peut surprendre, car on entend crier sur tous les toits que l’on manque de scientifiques au Québec. Pourtant, une expérience récente m’a fait douter réellement de la validité de cette affirmation. Ma réflexion faite suite à la discussion qui a suivie une petite conférence que j’ai donnée à mes collègues au sujet des méthodes modernes d’enseignement des sciences.
Cette conférence était basée sur les travaux du « Carl Wieman Science Education Initiative». Il ressort de ces travaux que l’enseignement magistral classique est inefficace et qu’il amène les étudiants à mémoriser la matière pour passer les examens et que cette dernière est oubliée en quelques mois! Il est à noter que les mêmes études montrent que la qualité de profs, la taille des classes ou l’école n’a guère d’importance sur ce que l’étudiant apprend. Que les syndicats, les gestionnaires et les comités de parents se le tiennent pour dit.
La seule chose qui a vraiment de l’importance c’est le nombre d’heures que l’étudiant passe à travailler sur des problèmes difficiles. Or, pour ça il faut que l’étudiant soit motivé. Et pour qu’il soit motivé, il faut que la matière semble pertinente; qu’elle semble possible à maîtriser et que l’étudiant ait un sens du contrôle personnel. S’il est relativement facile de jouer sur les deux derniers facteurs en offrant des projets et de l’encouragement, dans bien des cas, il est quasiment impossible de faire face au premier défi. Pourquoi, parce que la grande majorité des étudiants n’auront jamais besoin de la majorité des connaissances scientifiques qui leur sont enseignées. Et, cela est vrai, même pour ceux qui se destinent à des carrières dites scientifiques !
Il faut être honnête et regarder la réalité en face. Combien d’étudiant et science de la Nature au Cégep feront une intégrale pendant le reste de leur carrière professionnelle ? Quelques pour cent tout au plus ? Quel pourcentage utilisera ses connaissances en optique et physique moderne? Vous pouvez reprendre ces questions avec chaque matière scientifique et vous aurez la même réponse : la majorité de ce qui est enseigné ne peut pas faire de sens. Cette situation est un problème si réel, qu’il est rendu très difficile d’enseigner la physique dans la majorité des cégeps, car la plupart des étudiants qui vont en science se destinent aux sciences médicales.
Il n’est donc pas étonnant que le taux d’abandon soit si élevé dans les programmes de sciences : 30 à 50% au collégial et 40% à l’université ! Pire encore, même dans les matières enseignées à l’université dans les programmes spécialisés, la majorité de la matière enseignée aux étudiants leur sera totalement inutile ! En fait, la seule chose vraiment utile ce sont les techniques de base et le permis d’exercer décerné avec le diplôme.
Les grandes idées, les grands concepts n’ont absolument aucune valeur dans le monde réel. Ce qui compte c’est de maîtriser tel logiciel, de connaître sur le bout des doigts tel protocole ou telle technique. Et aussi, d’être membre de l’ordre professionnel pour signer les documents officiels pour que ce soit légal.
Bref, dans le monde réel, on n’a pas besoin de scientifiques, on a besoin de techniciens supérieurs. C’est ce qui a fait dire à plusieurs de mes collègues que cela ne servait pas à grand-chose de se forcer pour que les étudiants apprennent les grands concepts parce que la seule chose qui compte réellement c’est qu’ils passent leurs examens.
C’est avec la mort dans l’âme que je ne peux qu’être d'accord avec eux.
33 commentaires
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par yfortin
il y a 1 an
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Excusez, mauvais décodage ou hoquet informatique. Yvan Dutil " J'ai enlevé les messages en double. |


Je suis d'accord avec le constat mais pas la résignation finale.
Beaucoup d'étudiants vont à l'université avec espoir de faire un "boulot", que ce boulot soit chirurgien ça ne change rien au fait.
Il ne faut pas enseigner pour eux.
Personellement j'estime m'être servi de 75% de ce que j'ai appris au Cégep et à l'université en sciences. Maths, physique, chimie, bio..
J'ai 33 ans et je fais peut-être une intégrale par année mais il faut que je sois capable de comprendre comment on obtient telle ou telle formule et pour ça je dois me souvenir de comment on fait une intégrale. De temps en temps mes connaissances multidisicplinaires me permettent de prévoir un truc que d'autres n'ont pas prévu et proposer une modification.. ce qui me rend plus utile que si je me contentais de seulement "appliqer". À ce compte je serais moins compétent qu'un ingénieur; or je le suis sur quelques aspects mais je compense justement par d'autres qui relèvent de la physique un peu plus profonde, pour en somme être compétent et utile autant qu'un ingénieur, mais différemment.
Enseigner pour que tout le monde ait "une job" risque de rendre les parents contents et les étudiants qui ont les yeux fixés sur un salaire de médecin depuis leur médaile du Gouverneur, mais l'université c'est au-dessus de tout ça. Le jour où ce ne le sera plus il y aura une dégradation, un ralentissement dans la science.
Quand je repense à mes études de mon bac, ce que je trouvais difficile était que les profs donnaient (souvent avec le concours des étudiants doués) que la matière était impossible à maîtriser et qu'il fallait en quelque sorte.. être doué. Certains se contentaient de notes de cour un peu éparses sans livre de référence de sorte qu'on ne pouvait jamais recommencer du début.
De plus, chose qui est de ma faute, je n'avais pas appris à vraiment "lire". Pour moi, lire, c'était passer d'une équation à l'autre sans porter attention au texte. Si je comprenais mathématiquement l'équation, je pensais avoir compris. Et je continuais et finissait par faire mécaniquement des choses que je ne comprenais pas. Mais à la longue, avec des cours d'APP (pas trop) et rendu à la maîtrise, j'ai appris à lire. Lire pour de vrai; pourquoi cette phrase est-elle là, que veut-elle dire, et en quoi cette équation est nouvelle même si elle ressemble aux autres. Si je crois avoir compris la phrase et que la formulation sembe bizarre, c'est que je n'ai pas compris. Lire ainsi prend du temps et je ne pense pas qu'on puisse suivre au bac si on lit aussi lentement que je le fais. Mais j'ai passé la première fois, je passerais surement cette fois-ci avec des meilleures notes. Et je ne passerais pas un an à la maîtrise à ré-apprendre..
Mais la motivation.. on ne peut rien. Ce n'est pas en faisant des problèmes comiques ou en récompensant les étudiants avec des deux pour un sur la bière qu'on améliorera l'université.
Je pense que si les étudiants en science ne sont pas motivés par les sciences, c'est qu'on vit dans une société qui ne cultive pas les éléments propices à un tel intérêt. Je crois que les émissions de vulgarisation scientifiques spectacles (comme 30% des émissions de Découverte : les volcans qui exposent, les dinosaures en 3D) et la science-fiction moderne rendent la vraie science "plate". Même les concours scientifiques au Cégep demandent un effort qui n'a en quelque sorte que peu à voir avec le travail scientifique..
C'est David Cronenberg qui disait avoir choisi de faire des films pour réaliser ses "expériences scientifiques" car la vraie science, c'était travailler des décennies sur le même sujet tandis que ses films il les fait en un an ou deux et ensuite passe à autre chose. Je pense qu'il n'a jamais su ce qu'était la science.. beaucoup sont comme ça. Faire rêver les enfants d'un jour être scientifique légiste dans un abo genre CSI risque de l'éoigner à jamais de la science quand il verra que ce n'est pas ça, pas aussi "excitant".