Le savez-vous? En ce moment, il y a un concours entre l'Australie et l'Afrique du Sud. Ceux qui connaissent la rivalité entre ces deux pays seront surpris que ce ne soit pas un match de rugby ou de cricket dont il est question. Il s'agit plutôt de déterminer qui obtiendra le plus gros télescope au monde. Un pays émergeant s'attaquant à un poids lourd dans l'arène scientifique? David contre Goliath, vous pensez? Il se défend bien, David. Très bien même.

L'Australie et l'Afrique du Sud sont les deux derniers pays dans la course pour bâtir le plus grand télescope au monde, toutes catégories confondues. Il s'agit du "Square Kilometre Array" (SKA), un radiotélescope avec une surface collectrice (le "miroir", si vous voulez) qui totalise un kilomètre carré (soit 1 km par 1 km). Le SKA sera vraisemblablement composé de plusieurs antennes paraboliques servant à focaliser les ondes radio (ça devrait ressembler à ceci). Oui, oui, radio comme dans AM/FM.

Ce télescope est un projet de plusieurs milliards de dollars (en fait environ 1,5 milliards d'euros). Pas surprenant alors que l'on ce soit posé deux ou trois questions avant de commencer. Comment le construit-on pour avoir le meilleur rapport qualité/prix, voire sauver un peu d'argent? Où le construit-on?

À propos de cette dernière question, il faut savoir que tout ce qui émet des ondes radio peut-être détecté par un radiotélescope. Tout. Sans exceptions. Téléphone cellulaire, réseau wifi, etc. Il est gros notre joujou, il captera aussi un four micro-onde à 200 km. En fait, tous les appareils électriques émettent des ondes et c'est un gros problème. Nous sommes des astronomes. On s'intéresse aux planètes, aux étoiles et aux galaxies... pas aux bouilloires et fours à micro-onde (sauf si E.T. utilise la touche pop-corn, mais ça c'est une autre question). Donc, la grande question reste: on le met où?

La réponse est simple: aussi loin que possible! On veut aussi que ça soit dans l'hémisphère Sud pour des raisons scientifiques. La majorité des radiotélescopes sont au Nord, c'est donc le ciel du Sud qui reste à explorer. Il sera donc soit en Australie, soit en Afrique du Sud, dans le désert, là où il n'y a personne. Vraiment personne. On peut regarder des cartes sophistiquées de la densité de population à travers le monde pour s'en rassurer. On peut aussi consulter une carte du monde la nuit, c'est du pareil au même et en prime c'est plus astronomique.

Pour trancher le débat, la meilleure solution c'est d'essayer. Par conséquent, les deux pays doivent construire un prototype à l'endroit qu'ils ont choisi, un SKA en miniature. Mais les termes "prototype" et "miniature", sont relatif. Quand on les applique à un mastodonte comme le SKA, ça reste gros. En ce moment même, ce sont donc deux des plus gros radiotélescopes au monde qui sont en construction, MeerKAT (Karoo Array Telescope) en Afrique du Sud et ASKAP (Australian SKA Pathfinder) en Australie. Le premier, le plus gros, comportera 80 antennes de 12 mètres de diamètre, le deuxième en aura 36 (aussi de 12 mètres de diamètre) mais avec des détecteurs à grand champ de vision. Finalement, ils ne seront même pas 1% du projet final, mais quand même parmi les plus gros au monde. Ils devraient être complétés autour de 2012 (quant au SKA, il sera construit pour 2020). Le but des prototypes? Essayer les nouvelles technologies, démontrer la capacité à maintenir le système actif et vérifier la qualité du site.

Dans la course, pour l'instant, c'est l'Afrique du Sud qui est en tête, et ce malgré un départ tardif. Les australiens se sont attaqués à un gros morceau avec leur détecteurs à grand champ et il leur reste à prouver que ceux-ci peuvent fonctionner. Je suis le tout de très près, je vous garderai au courant.

Deux télescopes. Et je ne parle que des prototypes du SKA, parce qu'il y a aussi ALMA et LOFAR ainsi qu'un paquet d'autres qui sont en construction.

C'est comme Noël pour les radio-astronomes.