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Frankenstein : un classique!

Josée Nadia Drouin, le 28 septembre 2010, 7h20

Allons-y avec un titre facile pour débuter…

En effet, qui n’a jamais vu un film ou lu une BD mettant en scène cette créature mythique? Depuis 1910, plus de 100 films ont été tournés qui mettent en scène le docteur Frankenstein et sa créature. Mais voilà, maintenant, je vous demande d’oublier toutes ces histoires d’horreur à la sauce hollywoodienne et d’entrer dans l’univers sobre et scientifique de l’auteure britannique Mary Shelley.

Frankenstein : un classique!
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Frankenstein : un classique!

Consacré par plusieurs comme le premier roman de science-fiction, Frankenstein se passe évidemment de présentation. Mais que peut-on en dire sur le plan scientifique? Souvent, une première lecture de Frankenstein déçoit sur ce plan, parce que la science est, dans les faits, peu présente. Pas d’appareils énormes qui font rêver : le docteur Frankenstein fabrique un être à la lumière d’une chandelle, sans que le lecteur ne connaisse les détails de la fabrication! Et pourtant, la science apparaît à travers les travaux discutés de chercheurs comme Luigi Galvani, Humphrey Davey, ce qui est significatif d’un intérêt pour la recherche à l’époque, et notamment autour de l’électricité. Il y a aussi une réflexion autour des « anciennes sciences » (alchimie, etc.), à un moment où les frontières entre ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas sont encore brouillées. Mais il y a plus : « Il est le premier roman où l’apparition d’un être artificiel se fait sans l’aide des dieux. C’est une création voulue et assumée par un être humain, et en ce sens, explique Jean-François Chassay, professeur au département d’études littéraires de l’UQAM, c’est le premier roman qui s’intéresse, de façon claire et nette, au pouvoir du scientifique. »

Le pouvoir du scientifique... cette notion soulève la question de l’éthique scientifique. Jusqu’où va ce pouvoir? Et qu’implique-t-il?

À vous maintenant de nous le dire!

Vous avez jusqu’au 26 octobre prochain pour nous faire part de votre réflexion sur l’éthique scientifique. Et pendant que vous y êtes, n’hésitez pas non plus à contester cette affirmation qui veut que Frankenstein soit le premier roman de science-fiction, ou même, à nous suggérer d’autres grands classiques de la littérature scientifique!

Au fil des semaines, ne soyez pas surpris non plus de lire les commentaires de Jean-François. Notre expert y ira de son petit grain de sel pour pimenter la discussion!

Pour tous les billets du club littéraire, cliquez ici !

Ajout - Mardi 5 octobre : Certains d'entre vous se questionnent sur le genre même du roman Frankenstein. Est-ce de la science-fiction ou du fantastique? Prenez position... et expliquez votre choix ici !

Ajout - Mardi 12 octobre : Jean-François m'indiquait que Frankenstein est perçu comme un roman philosophique, non seulement en raison de l’éthique scientifique qu’il soulève, mais aussi parce qu’il est une « traduction » de la pensée de Jean-Jacques Rousseau. Retracez l'influence de cet illustre philosophe du siècle des Lumières sur Mary Shelley en revisitant son oeuvre. Voyez-vous les indices?

23 commentaires

Portrait de nadia

Prophets of Science Fiction, une nouvelle série de Ridley Scott, analyse les fictions à la lumière de la science moderne. La description de l'émission est ici (sur Discovery Science).

Portrait de nadia

Je rapporte ici le commentaire de Philippe qui vient de se joindre à nous ! Bienvenue à toi !

J'aime bien la définition de la science-fiction proposée par la wikipédia ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction ), qui la distingue un peu du fantastique :

"La science-fiction est un genre narratif (principalement littéraire et cinématographique) structuré par des hypothèses sur ce que pourrait être le futur et/ou les univers inconnus (planètes éloignées, mondes parallèles, etc.), en partant des connaissances actuelles (scientifiques, technologiques, ethnologiques, etc.). Il se distingue du fantastique, genre qui inclut une dimension inexplicable, et du merveilleux (fantasy), qui parle de mondes magiques."

Je partage le point de vue de http://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction#L.27histoire_officielle qui considère Mary Shelley parmi les précurseurs du genre. Toutefois il faut bien reconnaitre que la science est assez peu présente dans Frankenstein, où finalement il n'y a que la machine donnant la vie au cadavre rafistolé du monstre qui distingue l'ouvrage du fantastique pur.

Pour d'autres précurseurs, je parlerait plutôt d' "anticipation" plutôt que de science-fiction, dans la mesure où les auteurs imaginent un futur possible sans insister sur l'aspect scientifique.

Pour ma part, je considère que H.G. Wells et Jules Verne sont les premiers à avoir mis la science réellement au centre de leurs oeuvres et donc les premiers à mériter un label "100% pure science-fiction"

Portrait de pascal

Science-fiction ou fantastique? De ce que j'avais lu à l'époque où je dévorais de la SF, pour les historiens de la science-fiction (oui oui, ça existe), la question ne se posait pas: Frankenstein appartient à la science-fiction, parce qu'il y a une tentative d'explication par la science, alors que le fantastique (c'est ça la différence entre les deux genres littéraires), ne sent pas le besoin de se « justifier » par la science.

Mais les remarques de plusieurs personnes m'ont fait penser à autre chose. C'est vrai que, traditionnellement, on désigne comme « pères » de la science-fiction H.G. Wells et Jules Verne. Parce que c’est en s’inspirant de ces deux auteurs que des centaines d’autres, dans les années qui suivent, vont plonger, et faire de la science-fiction un genre à part.

Sauf qu'avant Verne et Wells, il y avait effectivement eu beaucoup de précurseurs et Mary Shelley est parmi eux. Pourquoi la science-fiction n’a-t-elle pas décollé avec Frankenstein dans les années 1820? Le 20e siècle est très techno, mais le 19e siècle était lui aussi très fasciné par la science. A moins que Mary Shelley ne leur ait tellement foutu la trouille qu'il a fallu aux auteurs 70 ans pour s'en remettre... :-)

Portrait de movihardt

Salut Pascal,
Les auteurs de science-fiction, à partir des années 60, ont essayé en vain de dire que ce style n'en est pas réellement un. Pour beaucoup, le fait de voir leur écriture déconsidérée dans ce sous-genre ne leur plaisait pas. La "Science-Fiction" n'était la plupart du temps pour eux qu'un prétexte : parce qu'une analogie est souvent plus parlante dans l'époque à laquelle ils vivent, parce que c'est l'opportunité de rencontrer un public plus populaire, ou plus prosaïquement parce que le niveau d'écriture n'a pas à être aussi élevé que pour une littérature plus classique.
35 ans après que j'aie commencé à en lire, la science-fiction reste pour beaucoup de gens un sous-genre de littérature de gare, très populaire certes, mais qui n'a pas réussi à prendre ses rêves de noblesse. Un exemple : samedi dernier, je vais à la librairie pour acheter un des trois derniers Antoine Volodine, auteur assez déjanté. Je rappelle à la libraire qu'il avait déjà commencé comme ça en écrivant de la science-fiction. Réponse de la libraire (que j'aurais pu tuer) :."Oui, c'est bien : il s'en est sorti, il a réussi à devenir un auteur adulte". Comme il est difficile pour un auteur de sortir d'un ghetto qui lui permet certes de gagner sa vie, mais qui le déprécie à ses propres yeux, car si le prétexte est secondaire, la thématique du livre elle, ne l'est pas. Dès 1968, Harlan Ellison comme bien d'autres s'en plaignait.
Alors, parler de Mary Shelley comme d'une auteure de SF ... Bon, ça ne peut pas lui faire de mal. Mais pour moi, aujourd'hui, la science fiction est une littérature populaire fade et sans goût, digne des séries américaines de superhéros boum boum d'aujourd'hui. Pas une littérature qui utilise des substrats scientifiques ou technologiques, voire qui produit de l'anticipation, Pour moi, aujourd'hui, Philip K. Dick n'est plus de la science-fiction.

Portrait de kidzing

Hé ça bouge ici ! Je pense que je viens de trouver mon prochain livre. ( :

Portrait de nadia

Bienvenue dans le club Sandrine ! Tiens... j'en profite aussi pour saluer nos cousins d'outre-mer! Bienvenue à vous aussi ;-)!

Portrait de Perrine

Je suis rendu au milieu du livre :) J'espère arriver aux conclusions de l'aventure d'ici la fin du mois pour en parler ici !
Pas très constructif comme billet... mais encourageant pour moi !

Portrait de nadia

Mon petit mot d'encouragement à moi : lâche pas Perrine ! J'en connais dont la lecture est encore moins avancée ;-)! Et surtout, j'ai bien de te lire !

Portrait de nadia

Devinez quoi! Je suis offert ce weekend un marathon Frankenstein version Hollywood! Quatre fois plutôt qu'une!

J'ai pu ainsi apprécier le talent de Boris Karloff à deux reprises. Dans Frankenstein (1931) et dans La fiancée de Frankenstein (1935), les grimaces de Gene wilder (Frankenstein Junior - 1973) et l'interprétation la plus taciturne qui soit de Robert Niro dans Frankenstein de Kenneth Branagh (1194). Et ma foi, on y parlait passablement de science!

Tout d'abord, on y expose les états d'âme du célèbre scientifique, quand il se prend pour Dieu (cette célèbre phrase avait d'ailleurs été censurée à l'époque!) ou lorsqu'il se croit investi d'une mission, perpétuer la vie.

Les dispositifs électriques pour insuffler le souffle de vie à Frankenstein et sa non moins célèbre fiancée sont aussi de plus en plus complexes (exception faite de Frankenstein junior puisqu'on reprend l'appareillage du premier film). Des électrodes aux bains d'anguilles électriques mijotant dans le liquide amniotique en passant par un diffuseur cosmique!

L'adaptation la plus fidèle : celle de Branagh... mais l'adaptation de Whale demeure sans conteste la plus "fantastique" pour l'époque ;-)!

Portrait de Danielle Shelton

Je préfère de loin Frankenstein à Dracula. Il ne tue pas, il redonne vie. Dommage, l'accident qui endommage le cerveau. Qui sait ce dont la créature aurait été capable avec tous ses neurones. Un sacrilège? Quand l'esprit n'habite plus le corps, en quoi celui-ci est-il encore sacré? Tout de même, la vis dans le cou de Boris Karloff, c'était un peu caricatural... Je me demande quelle version j'ai vu au cinéma dans mon enfance... probablement la première en couleurs, celle de 1957. Tiens, ce film est classé «fantastique»! Cela tient-il à l'étrange conception, qu'avait l'auteure, de l'homme idéal : le corps d'un voleur, les mains d'un sculpteur et le cerveau d'un savant! Cela n'explique pas pourquoi la créature s'anime dotée d'une force surhumaine! Mais cela exprime bien que dans son labo, le docteur Frankenstein cherchait le secret de la vie.

Portrait de nguimond

Wow, tout un week-end, Josée Nadia! As-tu fait de beaux rêves? ;)
La bande-annonce du Frankenstein de Whale, ici.

Portrait de movihardt

Dans mon souvenir, c'est le docteur qui s'appelle Frankenstein, et la créature n'a pas de nom ! Dans mon souvenir, oui, il y utilise bien l'électricité pour éveiller le monstre. Dans le souvenir qu'on peut s'en faire, il s'agit d'électricité statique, avec étincelles et bruits associés mais Nathalie a raison, nous sommes tellement imprégnés des films de Frankenstein plutôt que du livre que les souvenirs se mélangent. Dans mon souvenir, cette histoire me rappelle ce que j'ai connu plus tardivement, celle des cabinets de curiosités, dans lesquels on montrait des cages de Faraday, des boules et des étincelles, des têtes d'orang-outang dans des bocaux, j'en passe et des meilleures.

Continuons sur ces associations d'idées. A la fin du XIXème siècle, la société hygiéniste anglaise reposait sur cette monstration : en montrant la science dans sa gloire et sa décadence, on pouvait faire peur auprès d'esprits peu instruits. C'est ainsi que science et morale se mélangeaient. Aujourd'hui, l'éthique n'est-elle pas le nouveau rapport moral que les sciences entretiennent avec la société ? Mais l'éthique, ce n'est pas l'hygiénisme. La responsabilité morale n'est plus de même grandeur : là ou les scientifiques se devaient de faire le bien, ils se doivent aujourd'hui de ne pas faire le mal, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

Qu'on parle de Shelley comme auteur de science-fiction, je ne suis pas d'accord, mais bon, passons ... Mais qu'on fasse un parallèle avec l'éthique contemporaine ... là je ne suis plus. A nouveau, nous avons une grande tendance à lire comme des occidentaux du XXIème siècle des oeuvres du début du XIXème. Cette différence de temps n'est-elle pas difficile à combler ?

Portrait de nadia

Allo François !

Je suis curieuse... tu parles d'un fossé entre notre interprétation contemporaine de ces oeuvres et leur possible signification. Des indices sur une lecture judicieuse, selon toi, de Frankenstein?

Portrait de movihardt

Quel Week end tu as du passer !!
Tu me poses la question de savoir si la lecture que nous faisons correspond bien aux intentions de Mary Shelley ... Dans ce cas, c'est pas facile à déterminer, mais il me semble quand même que
- la science n'était certainement pas la même que celle que nous pouvons appréhender aujourd'hui. Il ne s'agissait pas d'une technoscience. Les scientifiques n'étaient pas regroupés dans des labos. Au contraire, ils étaient probablement isolés, avec à leurs ordres, ou bien en apprentissage un ou deux élèves.
- on peut imaginer que leurs modes de finacement étaient bien différents ; on imagine de jeunes nobles que leurs parents financent, ou bien l'état investissait pour une reconnaissance internationale au travers de missions dans des pays lointains. Les scientifiques étaient seuls et le mythe du savant fou et solitaire ne peut se concevoir qu'en comrenant cela. Ces chercheurs éloignés, isolés, pouvaient alors devenir l'objet de fantasmes, dont celui de leur manie de vouloir devenir Dieu lui-même.
Pourrait-on pense ceci d'un chercheur d'aujourd'hui, sommé de communiquer à tout vent, inscrit dans un ensemble social complexe formé d'instituts, de laboratoires, de financeurs publics et privés ? Non : bien au contraire, le chercheur en révolte et solitaire est celui qui apporterait le bien, dans nos fantasmes d'occidentaux du début du XXIème.
- depuis le milieu ou la fin du XVIIIème, l'idée d'esprits libéraux était de libérer l'homme d'un certain nombre de fardeaux. Parmi ces fardeaux, il y avait peut-être Dieu lui-même. On voyait en la science un réel progrès, dans le sens que, même si tout n'était pas compris, il serait peut être utile quand on comprendrait la nature de l'électricité. Transports, moyens de communication (télégraphe Chappe, eh oui, l'idée est du XIXème !), toute cette magie technologique arrivait, et les moyens ingénieurs en étaient la cause. Les moyens scientifiques aussi. Dans cet environnement, la perte très progressive d'une institution et d'idées religieuses allaient de pair avec une technicité croissante. Pour des esprits romantiques, la technique, le progrès, allaient apparemmentcontre l'idée de nature, et de Dieu peut être.
Je m'avance probablement beaucoup, mais il me semble que, d'un point de vue romanesque cette fois, le meilleur personnage est le scientifique fou, isolé, avec un ou deux élèves, et se voulant l'égal de Dieu.
Je ne pense donc pas que Mary Shelley, en parlant du scientifique voulait parler du même scientifique que nos scientifiques à nous, où qu'elle ait voulu parler de la même science que la nôtre. Ce qui pose une question très intéressante : ainsi, l'idée même de science ne serait pas gravée dans le marbre, éternelle, garante des mêmes valeurs, mais au contraire qu'elle aurait pu évoluer, voire changer radicalement selon les époques ...

Portrait de nadia

Ouin... pas banal du tout mon weekend! Et ma foi, pas mal instructif ! À essayer ! Bon, j'ai évidemment eu aussi droit à quelques commentaires du genre: "Un autre? C'est parce que t'as pas compris encore l'histoire!"... ;-)!

Ta démonstration du scientifique à l'époque Shelley est intéressante et plusieurs éléments tombent sous le sens (isolement, la dérive...).

Quant à la science à travers les siècles... eh bien, posons la question ! La science est-elle immuable ou évolue-t-elle dans le temps? Férus d'histoire des sciences, allez-y, prononcez-vous!

Portrait de nguimond

Science-fiction ou fantastique?

J'opterais pour l'idée de la science-fiction; non, ce mot n'était pas encore inventé à l'époque. Science-fiction embryonnaire mais science-fiction quand même, ne serait ce-ce que par les thèmes qui y sont abordés: l'histoire est fondée sur des spéculations scientifiques et pas uniquement sur des éléments surnaturels ou fantastiques comme les histoires de "monstres" de la littérature traditionnelles (fantômes, vampires, goules, momies, loup garou et autres).

Les expériences avec l'électricité ont frappé très fort l'imaginaire de cette époque, et Frankenstein prend vie dans un laboratoire, il est une créature de la technologie. Mary Shelly a même reconnu l’importance des influences des scientifiques de son époque dans sa préface.

Surtout, aussi, il me semble que ce roman veut surtout mettre en lumière le paradoxe entre les prétentions de la science et les contraintes de la société de l'époque. La "morale" de Frankenstein est, je crois (mais hé, ça fait quand même longtemps que je l'ai lu!), axée sur l'idée que l’humain n'échappe jamais à certaines fatalités et que sa condition est pratiquement celle d'un pantin actionné par son créateur: chaque chose doit rester à sa place assignée et les hommes ne doivent pas chercher à imiter les dieux sous peine de se faire anéantir. Victor commet un acte qui relève de de l' "hubris", en fait.

Au fond, Frankenstein est un héros techno-tragico-romantique qui paie de sa vie (meurt-il? il disparait, en tout cas) l'hubris de son créateur qui cherche à se mettre à l'égal de dieu par la science.

Juste un truc dont je ne me rappelle pas bien: dans le roman, est-ce que Frankenstein prend vie par l'électricité ou est-ce que l'idée est venue après, dans les films?

Portrait de nadia

Allo Nathalie !

Je crois bien que la distinction que tu fais entre science-fiction et fantastique est la plus répandue. Et c'est celle que je serais aussi tentée d'adopter! Spéculations basées sur la science = science-fiction; élément magique ou surnaturel = fantastique.

Sur les expériences électriques, j'ai trouvé ce lien intéressant qui t'en dira plus sur le contexte de l'époque.

Quant à la morale de l'histoire, je laisse toute la place à Jean-François ;-)!

Bienvenue dans le club !

Portrait de movihardt

Pour moi, la notion de science fiction est essentiellement reliée à la motivation de l'auteur de produire du "fictionnel du futur". Est-ce vraiment le cas de Mary Shelley ? L'important est-il qu'un homme soit créé à partir de pièces détachées et assemblées ? Est-ce que la question de l'éthique scientifique était une chose prégnante dans la première moitié du XVIIIème siècle ? Je ne pense pas ...
Eventuellement, ce livre signe quelque chose qui sera très prégnant parmi les romantiques : la scission entre la pensée scientifique et cartésienne, et la pensée romantique. D'ailleurs, il est fascinant de voir comment la créature créée, moche, rouillée, presque animale, accède à l'état d'humain, alors que son créateur scientifique loupe complétement cet aspect et s'éloigne de son humanité. Ces deux directions opposées entre un homme et son créateur est plus proche, il me semble, des préoccupations de Mary Shelley : comment accède t'on à l'humanité ?
Mes propos m'incitent à rapprocher d'un cas similaire, mais qui est de la science fiction, celui d'Isaac Asimov : il décrit dans son cycle des robots certains d'entre eux avec une option romantique. Mais, et c'est là où Asimov écrit de la science-fiction, il n'oublie pas que c'est dans le cadre du futur. Il établit les trois lois de la robotique. Il propose un cadre du futur pour une histoire du futur. Et, dans ce cadre, on se pose la question parfois : "est-ce que les robots peuvent devenir humains ?". aucune des caractéristiques que j'énonce ici (cadre du futur, structures de pensée nouvelles ou transposées, et une description d'un futur possible), n'est là chez Mary Shelley.
On pourrait, bien sur, classer les livres en fonction d'intérêts et de problématiques contemporaines : Pour Frankenstein, il s'agirait d'éthique aujourd'hui (et de science fiction), hier de romantisme, demain de réalisme ? Comme je ne veux pas changer constamment ce livre d'étagère, je le place parmi les romantiques du XIXèmesiècle, et m'attache plutôt à comprendre à travers ce livre ces variations étranges et variées de la représentation du savant.

Une question qui n'a rien à voir avec le reste : y a t'il un manuel de mise en forme des caractères et des paragraphes (italique, gras, souligné, listes, etc.) auquel les chroniqueurs pourraient se référencer ? Merci d'avance !!

Sinon, super l'idée !! On pourrait avoir un bac à sable pour vous proposer de nouvelles lectures ? (sur la question de la différence entre prospective science fictionesque et futurologie, cad une production culturelle et une science, on pourrait parler de Brunner et de Tous à Zanzibar (Stand on Zanzibar), que je relis actuellement.

Portrait de nadia

Allo François!

Eh bien ! Voilà un commentaire auquel Jean-François se fera certainement un plaisir de répondre. Sinon, ta remarque sur Asimov me fait penser que notre deuxième titre - que nous dévoilerons le 26 octobre - te plaira sûrement ;-)!

Malheureusement, il n'existe aucun manuel pour la mise en forme des commentaires. Je prends tout de même ta remarque en note pour une éventuelle optimisation du site.

Un bac à sable : tu veux dire un endroit où les lecteurs de ce blogue pourraient y aller de leurs suggestions de lecture? J'y pense... j'ai déjà reçu quelques demandes en ce sens !

Au plaisir de te lire!

Portrait de lucas

Je suis d'accord avec Isabelle, c'est plus fantastique que science fiction même si ce serait facile de mettre des explications plausible, ce n'est pas fait dans le livre. Il faut faire attention, la vie n'est pas réellement créé, elle est juste transformé / recréé. Le scientifique construit un être avec des morceaux d'humains, ce n'est pas comme s'il partait de rien. Théoriquement, on pourrait reconstruire un humain avec plusieurs morceaux provenant de d'autres corps, le seul problème est le transfert de cerveau, la reconnexion des nerfs. Alors, on peut dire que c'est possible mais en gardant le cerveau d'origine et il ne faut pas que les cellules meurt pendant l'opération, alors il faut une machine pour faire circuler et filtrer le sang dans le cerveau.

Alors il manque juste une personne assez folle pour le faire.

Portrait de nadia

Allo Lucas !

Tu sembles déjà tenté ici une définition ! Selon toi, Frankenstein pourrait être considéré comme un roman de science-fiction parce que certains des événements qui y sont racontés pourraient être possibles mais le fait qu'aucune explication n'est explicitement donnée en ce sens par l'auteure, il relèverait finalement plus du fantastique. C'est bien ça?

Bienvenue dans le club ;-)!

Portrait de Isabelle Burgun

Je suis surprise - non par le choix, c'est un excellent livre ! - de lire que c'est le premier roman de science-fiction.

Je pensais que le premier était Les Voyages de Gulliver (J. Swift) ou Man in the Moon (F. Godwin), écrits bien avant. Sans oublier de nombreux classiques : Utopia (Thomas More). Et que dire d'Histoires vraies de Samosate - plutôt un récit de voyages - le premier voyage sur la Lune ! - vu pour plusieurs comme le premier livre de SF, datant de presque de 2000 ans !
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoires_vraies

En fait, à dire vrai, je me serais attendue plutôt à n'importe quel bouquin de Jules Verne ou Wells, qui sont des "classiques" où la science tisse l'histoire et alimente les dessous des intrigues. Car Frankenstein, c'est surtout un livre phare des gothiques - au même titre qu'Anne Rice. Plus fantastique que SF !

L'intéressant avec Frankenstein, c'est qu'il est écrit par une femme - il n'y en a pas eu beaucoup à s'illustrer si tôt dans le fantastique ou la SF (et même aujourd'hui...), épouse du poète britannique Percy Shelley. C'est un néanmoins très bon livre où sont sous-jacentes des questions scientifiques très actuelles : peut-on créer la vie de toutes pièces ? et que cette vie soit autre que monstrueuse ? Science et conscience...
L'autre fait intéressant, c'est qu'il se situe dans une époque historico-scientifique passionnante : début de la révolution scientifique et industrielle, les idées de Darwin, etc.

Alors, pourquoi ne pas commencer par une relecture de Frankenstein, en écoutant quelques morceaux du groupe du même nom ;-)
http://www.frankensteintheband.com/news/news.html

Portrait de nadia

Allo Isabelle !

Contente de voir que notre club suscite autant de passion chez toi ! Tu exposes déjà plusieurs éléments très intéressants dans ton commentaire : la science-fiction vs le fantastique, le fait qu'il soit écrit par une femme et l'époque à laquelle il a été écrit, le questionnement qu'il suscite...

Sur l'affirmation que Frankenstein serait considéré comme le premier roman de science-fiction : j'ai fait une petite recherche... Brian Aldiss prétendrait dans son livre Billion Years Spree que Frankenstein est le premier roman de science-fiction parce que les événements sur lesquels est basée l'histoire avaient déjà été supposés par Darwin et d'autres scientifiques, et ne sont pas par le fait même impossibles.

Ce qui nous amène nécessairement à la définition des genres science-fiction et fantastique.... Quelqu'un voudrait-il se prononcer ;-) ?

Amusant ton lien vers le groupe Frankenstein !