Hier, le Japon a choqué plusieurs parties de la COP ainsi que l’ensemble de la société civile qui promeuvent le lancement d’une deuxième phase du Protocole de Kyoto (PK). Répétant en termes clairs ce qu’elle avait annoncé un jour plus tôt, la délégation japonaise a affirmé qu’il est hors de question que ce pays souscrive à la deuxième phase du PK. Il s’agit de la première bourrasque d’air froid que subit la COP de Cancun. J’explique ici la position japonaise et, puisque ce pays est un membre éminent du Groupe parapluie, j’en profite pour détailler un peu mieux les positions communes de ses membres, dont le Canada fait aussi partie.

Depuis la COP13 de Bali en 2007, les négociations sur le climat poursuivent deux « voies » (two tracks, dans le langage de la COP) à la fois distinctes et complémentaires. La première concerne la deuxième phase du Protocole de Kyoto, incluant les cibles de réduction d’émissions des pays développés (les pays de l’Annexe I) et les nombreux mécanismes qu’il institue (comme le Mécanisme de développement propre). La deuxième voie vise à déterminer les mécanismes à mettre en place et les cibles de réduction de l’ensemble des pays en vue d’un horizon d’une quarantaine d’années.

La prise de position du Japon signifie que ce pays rejette la première voie au profit de la seconde. Puisque le PK ne s’adresse qu’aux pays développés (sans les Etats-Unis) et qu’il couvre donc moins de la moitié des gaz à effet de serre émis annuellement dans le monde, le Japon amène la réflexion qu’il ne vaut pas la peine de le renouveler. En outre, comme le soutiennent les autres membres du Groupe parapluie, le Japon affirme que l’absence d’engagement de la Chine et des autres pays émergents dans le PK rend ce traité inefficace pour lutter contre le changement climatique (les autres membres du Groupe parapluie sont le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Khazarsthan, l’Urkraine, les Etats-Unis et l’Islande).

Évidemment, cet argumentaire est politiquement stratégique et il oblitère d’autres enjeux qui ont plutôt tendance à justifier la deuxième phase du PK. Premièrement, le PK est un traité légalement contraignant, ce que la deuxième voie de négociation sur la collaboration à long terme n’est pas encore. Puisque que le statut légal d’un éventuel traité sur la collaboration à long terme (la deuxième voie mentionnée ci haut) est toujours incertain, le Japon et les pays du Groupe parapluie espèrent réussir à en faire un accord volontaire, avec des mécanismes de déclaration de cibles de réduction et de monitoring, mais sans mesures de sanction en cas de non respect des cibles. En somme, il s’agirait d’un traité sans les « crocs » qui garantissent son respect par les pays signataires.

Deuxièmement, le problème de cette position est que plusieurs des mécanismes institués par le PK exigent des cibles claires et contraignantes afin de fonctionner. En outre, les différents mécanismes d’échange des crédits de carbone et le Mécanisme de développement propre, considérés par plusieurs comme les plus grandes réussites de PK, ont besoin de telles cibles pour « donner un prix au carbone ». Sans le renouvellement du PK, il est difficile d’entrevoir un avenir pour ces mécanismes.

De manière générale, le Groupe Parapluie justifie son agenda en affirmant que tous les pays doivent agir dans la lutte au changement climatique, ce qui est d’ailleurs accepté par l’ensemble de la COP. Or, il existe différentes façons d’agir. Les pays n’ont ni les mêmes capacités, ni les mêmes responsabilités historiques face au problème du changement climatique. C’est ce que signifie le principe de « responsabilité commune mais différenciée » enchâssé dans la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Le Groupe parapluie – et aujourd’hui le Japon en particulier – risque donc de polariser davantage une COP qui semblait pourtant s’engager sur la voie du compromis.

Ce billet est publié simultanément sur ce blogue et sur le blogue de l'AQLPA (www.blogueaqlpa.com)

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- Mon premier billet: Ma mission à la COP16 de Cancun

- Mon troisième billet: Le Dialogue de Carthagène : vers une coalition des bonnes volontés?

- Mon quatrième billet: COP16: Orage à l'horizon

- Mon cinquième billet: Optimisme partagé mais modéré pour semaine 2 de la COP16

- Mon sixième billet: Le Climate Group, qu’ossa donne?

- Mon septième billet: L’état des négociations au crépuscule de la COP16

- Mon huitième billet: Cancun et la rédemption du multilatéralisme