Les négociations internationales sont de plus en plus l’affaire des coalitions de pays. À Copenhague l’an dernier, la scène fut successivement occupée par le Groupe Africain, le Groupe parapluie (dont le Canada est membre), le Groupe des 77 + la Chine et l’Alliance des petits États insulaire (AOSIS), etc. Par ailleurs, la dynamique conflictuelle qui a animé les relations entre ces coalitions peut en partie expliquer la débâcle de la COP15. Or, il existe depuis peu une nouvelle coalition informelle dont l’objectif est justement d’éviter la polarisation des négociations. Ce « Dialogue de Carthagène pour l’action progressive » permettra-t-il une avancée positive à Cancún?

Le Dialogue de Carthagène (DC) est un espace de discussion informel qui pourrait néanmoins devenir une coalition plus officielle. Son approche des négociations est pragmatique : il s’agit avant tout de discuter et de chercher à s’entendre sur les enjeux centraux – comme l’architecture des accords attendues – en laissant aux autres coalitions la responsabilité de négocier les détails. Ainsi, on peut dire que le DC instaure une certaine de division du travail entre les coalitions.

Cette division du travail est rendue possible par le fait que le DC regroupe des pays membres de toutes les principales coalitions. On y compte notamment la France, l’Angleterre et la Belgique pour représenter l’Union européenne (dont la présidence est actuellement assumée par la Belgique). Le Bangladesh, l’Éthiopie, le Rwanda, etc. y apportent le point de vue du Groupe des pays les moins avancés et du Groupe africain, alors que le Panama, le Pérou, le Chili, le Costa Rica et la République Dominicaine y représentent la coalition informelle des pays latino-américains. La coalition la plus rébarbative à l’idée d’une deuxième phase du Protocole de Kyoto – le Groupe parapluie (représenté par l’Australie et la Nouvelle-Zélande) y côtoie la coalition AOSIS, qui est sans doute la plus engagée envers une action forte et urgente pour l’atténuation du changement climatique (AOSIS est représentée dans le DC par Antigua & Barbuda, les Maldives, les îles Marshall et Samoa). Il faut aussi noter la présence du Mexique, qui accueille et préside la COP16 de Cancún.

Cette diversité – ainsi que l’importance des pays qui siègent au DC – est essentielle pour diminuer la polarisation des discours et l’escalade des accusations croisées auxquels nous avons assisté à Copenhague. En outre, c’est l’axe conflictuel Nord-Sud qu’il s’agit de tempérer. Il n’avait d’ailleurs pas eu de coalitions de négociation regroupant à la fois des pays du Nord et du Sud depuis le Groupe de Cairn et le Groupe Café au lait, qui eurent des résultats mitigé dans les négociations sur le commerce mondiale avant même la création de l’Organisation mondiale du commerce en 1995.

La recherche d’un terrain d’entente médian est perçue par les membres du DC comme la seule manière de sauver le processus de l’ONU. Dans un communiqué du DC datant du 2 novembre dernier, on pouvait lire que « sans cette approche pragmatique, les négociations seront noyées et la crédibilité de la Convention cadre comme forum pour négocier une entente sur le climat pourrait être endommagée de manière irréversible sans qu’il en existe d’alternative viable et légitime ».

En somme, le Dialogue de Carthagène constitue par sa seule existence une avancée considérable par rapport à la situation qui prédominait à l’aube de la COP15 de Copenhague. Il contribue à faire réapparaître une certaine volonté politique qui faisait cruellement défaut dans les négociations. Toutefois, les preuves de son efficacité restent à démontrer. En outre, la division du travail qu’elle instaure entre, d’une part, les « questions centrales » qui seraient de son ressort et, d’autre part, les détails des accords qui seraient laissés aux coalitions énumérées ci haut n’est pas évidente à réaliser. La difficile réalité est que les détails de chaque secteur de négociation sont très complexes. Et ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails?

Ce billet est publié simultanément sur ce blogue et sur le blogue de l'AQLPA (www.blogueaqlpa.com)

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- Mon premier billet: Ma mission à la COP16 de Cancun

- Mon deuxième billet: Le Japon, le Groupe parapluie et la lutte contre le Protocole de Kyoto

- Mon quatrième billet: COP16: Orage à l'horizon

- Mon cinquième billet: Optimisme partagé mais modéré pour semaine 2 de la COP16

- Mon sixième billet: Le Climate Group, qu’ossa donne?

- Mon septième billet: L’état des négociations au crépuscule de la COP16

- Mon huitième billet: Cancun et la rédemption du multilatéralisme