La vie basée sur l'arsenic: un extraterrestre sur terre!
Enfin, le suspense se termine: la NASA vient d'annoncer que l'on vient de trouver de la vie basée sur l'arsenic. Il s'agit d'une découverte très importante... Pas aussi excitante que de la vie ailleurs dans l'univers, mais presque aussi importante.
En effet, il s'agit ici du premier exemple de vie telle que l'on ne la connaissait pas.
Dans le cas de la bactérie que l'on vient de découvrir, l'arsenic joue le même rôle que le phosphore dans nos cellules. Les deux éléments ayant des propriétés chimiques semblables, cette possibilité a déjà été considérée par le passé (voir cet article de 2009).
En fait, les deux éléments sont si similaires que l'arsenic va tendre à prendre la place du phosphore dans les réactions biochimiques. Or, le phosphore est un élément essentiel de l'adénine triphosphate, une molécule qui sert de carburant aux cellules, ainsi que dans l'acide phosphorique qui sert à maintenir les bases d'ADN en place. C'est d'ailleurs pourquoi l'arsenic est si toxique. Pourtant, il semble que cette bactérie soit capable d'utiliser l'arsenic aussi bien que le phosphore.
La découverte de cette bactérie ouvre une fenêtre sur les biochimies alternatives qui pourraient servir de base à la vie. Ce qui est intéressant aussi, c'est que certains mécanismes chimiques de cette forme de vie pourraient être plus proches que la vie originelle que la nôtre. En effet, dans les organismes actuels, il faut toute une machinerie moléculaire pour manipuler les molécules à base de phosphore. Les molécules à base d'arsenic sont moins stables, donc en théorie plus faciles à manipuler pour une forme de vie primitive.
Mise à jour du 3 décembre
J'ai réussi à mettre la main sur une copie pirate de l'article:
http://sciences.blogs.liberation.fr/files/arsenic-bact%C3%A9rie-nasa.pdf
Le supplément électronique de l'article:
http://www.sciencemag.org/content/suppl/2010/12/01/science.1197258.DC1/W...
Et une bonne blague du site de Science au sujet de la conférence de presse:
http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2010/12/a-serving-of-arsenic-f...
9 commentaires
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par Patrick D. Paquette, microbiol.
il y a 1 année
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Bien qu’il s’agit d’une découverte importante, car c’est la première fois que l’on peut observer l’incorporation de l’arséniate, un composé très toxique, dans la biochimie d’un organisme, il ne faut pas perdre de vu que la Terre foisonne de microorganismes qui réalisent chaque jour des exploits tout aussi exceptionnels! C’est le cas par exemple des bactéries sulfooxydantes qui utilisent le sulfure d’hydrogène, un autre composé hautement toxique, comme source d’énergie quotidienne! Ces microorganismes qui défient parfois l’entendement par leurs capacités à survivre dans des environnements extrêmes et hostiles, sont classés dans le groupe des extrêmophiles. Parmi les exemples les plus connus il y a la bactérie Geogemma barossii qui vit dans les grands fonds marins à une température de 121°C; l’algue Cyanidium caldarium qui prospère dans les sources volcaniques; la bactérie Deinococcus radiodurans qui supporte des radiations 3 000 fois supérieures à la dose létale chez l'humain, la bactérie Acidithiobacillus ferrooxidans qui adore vivre dans l'acide sulfurique, sans oublier l'archéobactérie Haloferax volcanii qui vie dans les eaux hypersalées de la Mer Morte! Ainsi, dans une biodiversité sans cesse croissante, la bactérie GFAJ-1 présentée par la NASA vient rejoindre les extrêmophiles, au côté de microorganismes qui se sont déjà taillé une place de choix! |
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par Yvan Dutil
il y a 1 année
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Dans le cas présent, la bactérie fait plus qu'utiliser les arsenates dans des processus biologiques précis. Il semble qu'elle ait réussit à remplacer le phosphore par l'arsenic dans sa biochimie de façon assez vaste, incluant son ADN, ce qui est remarquable. Cependant, il s'agit d'une preuve indirecte. En effet, on a sevré les bactéries de phosphates et on leur a donné des arsenates à la place. Au final, les bactéries semblent arriver à se passer de phosphates. Le problème principal de cette affirmation est que les outils habituels de la biochimie ne fonctionnent pas dans ce cas. Cela a pour conséquence que l'on ne peut pas faire les tests précis actuel. Il est possible ce que l'on observe est une mutation de la bactérie. Cependant, étant donné l'étendu de l'adaptation, il est plus probable que la bactérie possédait un système vestigial d'utilisation de l'arsenic. Reste à savoir si ce système est primordial. Les extrêmophiles étant d'une source très ancienne de la vie, ce n'est pas totalement impossible. De façon plus fondamentale, cette découverte est un sérieux avertissement au sujet des techniques biochimiques utilisées pour détecter la vie. Ces dernières sont basées sur la biochimie connue, ce qui peut les rendre inutile face à une vie trop exotique. |
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par Patrick D. Paquette, microbiol.
il y a 1 année
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Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de la présence d’un système vestigial chez cette bactérie, un peu comme ceux qui sont retrouvés chez les archéobactéries thermophiles, et qui leur permettent d’activer un métabolisme complètement différent selon la température et la pression (parfois extrême) à laquelle elles sont soumissent. Toutefois, cette adaptation des thermophiles est relativement modeste lorsqu’on la compare à la capacité de GFAJ-1 de substituer le phosphore par de l’arsenic dans la vaste majorité de ces processus biochimiques et moléculaires! Dans mon intervention précédente, je voulais surtout souligner que GFAJ-1 n’est pas le premier microorganisme à avoir présenté une nouvelle "Forme de Vie" si je peux m’exprimer ainsi. Bien d’autres microorganismes ont aussi des capacités hors paires à vivre dans des environnements, ou selon des principes, que nous avions jugés complètement incompatibles avec la Vie… Ceci pour rappeler que parfois les annonces de découvertes par les médias sont un peu surestimées… Pour terminer, je trouve par contre très pertinent l’avertissement formulé quant aux techniques biochimiques actuelles qui risquent d’être inutiles pour détecter de possible forme de "vie exotique" sur d’autres planètes… Cela amène à réfléchir sur nos approches dans ce domaine et je crois que c’est là le message le plus important. |
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par Yvan Dutil
il y a 1 année
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Moi aussi j'ai de la misère avec les techniques biochimiques. C'est normal, je suis physicien. Les méthode biochimiques sont énormément plus sensibles que les méthodes physiques mais sont beaucoup plus spécifiques. Comme d'habitude quand on sait ce que l'on cherche s'est pas mal plus facile. De mon coté, j'ai essayé de mettre au point une méthode basée sur la spectroscopie infrarouge. On a des résultats préliminaires intéressants, mais il va falloir pousser pas mal plus loin les analyses pour vraiment savoir si elle a du potentiel. Heureusement, dans le domaine seul des biologistes et des géologues ont travaillé sur ce problème, alors on passe pour des génies alors que ce que l'on a fait est très primitif. |
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par Nathalie Guimond
il y a 1 année
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Trouvé ça: http://scienceblogs.com/pharyngula/2010/12/its_not_an_arsenic-based_life.php |
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par Pascal Lapointe
il y a 1 année
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Les geeks et les nerds seront déçus... Parce que depuis quelques jours, une petite partie de la blogosphère anglophone bourdonnait de spéculations. La NASA avait convoqué cette conférence de presse en annonçant qu'on y dévoilerait "une découverte en astrobiologie", ce qui aurait pu vouloir dire... Enfin bref :-) Les plus raisonnables, comme Bad Astronomy, avaient donc beau jeu de rappeler que la NASA a l'habitude de faire des annonces, disons, un peu enflées. Question: est-il humainement possible d'éviter de créer des attentes quand on touche à l'astrobiologie? |
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par Nathalie Guimond
il y a 1 année
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Ce qui est surtout excitant, je trouve, dans ces attentes, c'est de découvrir des combinaisons chimiques "inventées" par la nature, que nous ne connaissons pas et qui fonctionnent bien. Ici par contre, selon Yvan, il semble que ça ne soit pas si nouveau... On veut des détails! Qu'est-ce que tu veux dire par "certains mécanismes chimiques de cette forme de vie pourraient être plus proches que la vie originelle que la nôtre"? |
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par Yvan Dutil
il y a 1 année
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Comme je l'ai mentionné dans le texte les formes de vie actuelles utilisent du phosphore dans leur structure. Cependant, les liens chimiques produits par le phosphore sont relativement solides. Cela a l'avantage de les rendre stables, mais aussi cela présente la difficulté qu'il est plus difficile des les casser. Or, si l'arsenic peut jouer le même rôle, il a exactement le problème inverse. Les liens chimiques de l'arsenic sont plus faciles a briser. Cela rend les molécules instables, mais ne demande pas d'effort pour les briser. Dans le contexte d'une vie primitive peu spécialisée, cela pourrait être une solution plus simple que de travailler avec du phosphore. |
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Des commentateurs britanniques appellent à la prudence et au scepticisme face à la portée de cette "découverte".
À lire attentivement ici.