Alors que depuis quelques jours la COP16 de Cancun est relativement calme – les négociations se tenant surtout dans des salles fermées et dans les couloirs des édifices du Moon Palace – beaucoup plus d’action est à prévoir samedi, alors que les présidents des deux groupes de négociation déposeront de nouveaux textes à jour dans les séances plénières. Le ton a d’ailleurs déjà commencé à monter concernant la deuxième phase du Protocole de Kyoto (PK), et le Canada est impliqué dans la controverse.

C’est peut-être le texte sur le PK qui sera le plus intéressant à examiner demain, samedi. D’abord, selon des informations qui circulent informellement, les négociateurs seraient très près d’une entente en ce qui concerne les émissions émanant des modes d’utilisation des terres. Ce sujet de négociation communément appelé « LULUCF » (pour Land-Use and Luse-Use Change and Forestry) dans le jargon de la COP, sera surtout à l’usage des pays développés. Il encadre la comptabilisation des réductions d’émission relatives à l’augmentation des « puits de carbone » comme la reforestation ou encore aux changements dans l’utilisation des terres.

Bien que la communauté des ONG soit relativement réticente devant les écueils du texte tel qu’il se présente en ce moment, notamment parce qu’il exclut le calcul de certaines pratiques qui font augmenter les émissions (ex : destruction des tourbières), un délégué gouvernemental m’a expliqué que les pays en développement considèrent que les effets secondaires d’une telle entente serait relativement bénéfiques pour la diplomatie climatique: puisque les pays développés y gagnent quelque chose, ils devront aussi donner quelque chose en échange. On s’attend – ou du moins on espère – que ce quelque chose sera une plus grande clarté dans les cibles que les pays développés sont prêts à se donner. Après tout, ces pays argumentaient qu’il leur faut connaître les détails de LULUCF avant de pouvoir envisager des cibles précises. En somme, un vent favorable pourrait provenir de ce secteur de négociation.

Or, un vent d’autant plus défavorable qu’il est brusque a fait claquer les portes des réunions portant sur ces mêmes cibles rattachées à la deuxième phase du PK. Vendredi après-midi, les Pays de l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques, regroupant notamment le Venezuela, la Bolivie et Cuba) sortaient en force devant les médias, accusant quatre pays de l’Annexe I de refuser de s’engager dans la deuxième phase. Si l’ALBA a refusé d’identifier ces pays, la Secrétaire générale de la Convention cadre – par maladresse ou pour les mettre sous pression – en a nommé trois lors d’une conférence de presse : le Japon, la Russie et… oui. Le Canada.

Pour le Japon, nous l’avions entendu dire de la bouche du chef de la délégation en début de semaine. En ce qui concerne la Russie, on connaissait aussi ses hésitations. Quant au Canada, cela confirme que le gouvernement actuel poursuit non plus seulement le modèle américain, mais aussi son discours : il ne sers à rien, selon le Ministre John Baird, de s’engager à réduire nos émissions si la Chine, l’Inde et le Brésil (entre autres) n’y sont pas contraints également. Tous ces éléments, nous les connaissions, mais ce qui rend les événements de vendredi significatifs, c’est que ces pays seront dorénavant pointés du doigt pour expliquer la lenteur des négociations.

Et l’on sait ce qui arrive quand des vents contraires se rencontrent…

Ce billet est publié simultanément sur ce blogue et sur le blogue de l'AQLPA (www.blogueaqlpa.com)

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- Mon premier billet: Ma mission à la COP16 de Cancun

- Mon deuxième billet: Le Japon, le Groupe parapluie et la lutte contre le Protocole de Kyoto

- Mon troisième billet: Le Dialogue de Carthagène : vers une coalition des bonnes volontés?

- Mon cinquième billet: Optimisme partagé mais modéré pour semaine 2 de la COP16

- Mon sixième billet: Le Climate Group, qu’ossa donne?

- Mon septième billet: L’état des négociations au crépuscule de la COP16

- Mon huitième billet: Cancun et la rédemption du multilatéralisme