Samedi, vers 14h30, est tombé le nouveau texte sur la collaboration à long terme sous la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ce texte est issu du travail de consultation et de médiation effectué par la Présidente du groupe de travail sur la collaboration à long terme (AGW-LCA) et ses facilitateurs au cours de la première semaine, et non d’un processus standard de propositions et d’amendements par les parties. Cette approche dite « itérative » a permis de cerner dans le nouveau texte les éléments sur lesquels il y a consensus, ainsi que les options qui s’offrent aux négociateurs pour les enjeux qui demeurent irrésolus.

Quelques minutes après sa publication s’ouvrait, samedi, une séance plénière de la COP qui devait justement recueillir les commentaires sur le nouveau texte qui servira de base pour les négociations de la semaine à venir. J’essaie ici de relater ici les impressions que ce texte a laissées aux délégations ayant intervenu dans la plénière… Défi de vulgarisation appréciable considérant la complexité énorme des enjeux…

L’Union européenne, le Groupe Parapluie et les États-Unis ont souligné le manque de précision dans les articles portant sur la transparence (ou MRV pour Measurable, Reportable and Verifiable), affirmant que les engagements des pays en développement à cet égard sont essentiels pour créer un contexte favorable à une entente partielle à la COP16 qui pourrait mener vers la conclusion d’un accord international l’an prochain en Afrique du Sud. Dans le texte présenté samedi, les mesures de transparence pour les pays en développement font toujours l’objet d’incertitude, bien que quelques « options » y soient énumérées aux endroit crucial du texte. Comme il était prévu dès le début de la COP16, ces modalités de transparence pour les pays en développement pourraient représenter une des clés de voute d’une « package » de Cancun.

De nombreux pays en développement, regroupés notamment au sein de l’alliance des petits États insulaires (AOSIS) et du Mountain Group, ont par ailleurs dénoncé le manque d’ambition de la section du texte portant sur l’adaptation au changement climatique. Ceux-ci se sont plaints du niveau très général de la section sur l’adaptation et du manque de détails sur les arrangements institutionnels à mettre en place pour l’adaptation. En outre, les options plus ambitieuses portées par ces groupes concernant la compensation des pertes et des dommages liés au changement climatique (loss and damage) sont absentes du texte rédigé par la Présidente.

Paradoxalement, les pays développés (notamment les États-Unis) et les pays en développement (comme les membres de l’ALBA) qui soutiennent des positions plus « maximalistes » et moins propices au compromis ont tous affirmé que le texte manquait d’équilibre, dénonçant habituellement le fait de ne pas retrouver la proposition qu’ils ont eux-mêmes soutenu lors de la première semaine. Évidemment, un tel exercice ne peut introduire toutes les positions de négociation, mais le fait que les propositions les plus radicales ne s’y trouvent pas indique peut-être que le texte est effectivement un cadre viable pour la suite des négociations.

Il y a évidemment de nombreux autres éléments du texte qui continueront de nécessiter un plus grand niveau de précision et qu’il serait trop fastidieux d’énumérer ici. Notons simplement au passage que la forme que prendront les engagements sur les cibles de réduction et la manière de les inscrire dans le traité demeurent des éléments incertains, alors qu’il s’agit du principal enjeu des négociations, c’est-à-dire l’atténuation du changement climatique.

La plupart des délégués ont été élogieux à l’égard du processus transparent et démocratique ayant mené ce texte, le contrastant avec celui de Copenhague où le Premier Ministre Danois Lars Lokke Rasmussen, agissant alors comme Président de la COP, avait détourné le processus de négociation et semé la zizanie dans la plénière, menant au résultat que l’on connaît. Toutefois, tous ont affirmé leur désir de travailler, pour la semaine à venir, de manière plus conventionnelle, par le dépôt de propositions et d’amendements. La Secrétaire exécutive de la CCNUCC, Christiana Figueres, a annoncé ce dimanche que plusieurs ministres arrivés hier seront dorénavant impliqués comme facilitateurs dans les négociations. Un nouveau texte sur la deuxième voie de négociation portant sur la deuxième phase du Protocole de Kyoto a d’ailleurs aussi été diffusé aujourd’hui. La table est donc mise pour une deuxième semaine intéressante.

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- Mon premier billet: Ma mission à la COP16 de Cancun

- Mon deuxième billet: Le Japon, le Groupe parapluie et la lutte contre le Protocole de Kyoto

- Mon troisième billet: Le Dialogue de Carthagène : vers une coalition des bonnes volontés?

- Mon quatrième billet: COP16: Orage à l'horizon

- Mon sixième billet: Le Climate Group, qu’ossa donne?

- Mon septième billet: L’état des négociations au crépuscule de la COP16

- Mon huitième billet: Cancun et la rédemption du multilatéralisme