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L'innovation au Canada, 14e sur 17 pays

Opinio juris, le 17 janvier 2011, 13h09

Un « D » peu remarquable, mais fort remarqué, c'est la cote globale du Canada pour l'Innovation. Le commentaire joint à l'étude: « manque de progrès ». Quel portrait décevant! Et ce n'est pas tout. En effet, cette situation est récurrente; d'après les statistiques, elle perdure depuis aussi loin que les années 80. Pourquoi le Canada n'arrive-t-il pas à faire sa marque? Pourquoi un pays industrialisé, avancé au plan social, avec l'un des meilleurs systèmes d'éducation au monde est-il supplanté à tout coup par ses pairs dans le domaine de l'Innovation?

L'étude, réalisée par le Conference Board of Canada, présente principalement des données de 07-08. Elles n'en sont pas pour autant totalement désuètes, puisqu'elles proposent un portrait qui, ici, a tendance à peu évoluer et qui de toute manière change généralement assez lentement.

L'analyse se base sur différents indicateurs statistiques telles l'exportation de savoir dans certains champs précis, la publication d'articles scientifiques, les marques de commerce, etc. La plupart de ces indicateurs montrent une piètre note, et c'est inquiétant. En effet, l'Innovation est l'un des plus importants facteurs à considérer pour prévoir la stabilité économique de demain.

En continuant sur cette voie, le Canada risque de perdre en compétitivité face à ses pairs, ce qui signifie une économie moins forte et, éventuellement, moins de services et un milieu de vie moins agréable. Cette situation est d'autant plus alarmante considérant que le Canada base une très large partie de son PIB sur cesdits services, de nombreux emplois en dépendant.

Comment améliorer la cote globale, faire passer cet horrible « D » à un « C » ou un « B »? Plusieurs solutions sont envisageables, mais elles demandent un effort constant du gouvernement et un changement important dans la conscience du milieu académique. D'après l'étude, les deux pires scores canadiens reposent sur deux facteurs interreliés: le nombre de brevets déposés et les échanges de technologies. Il semble donc que le Canada ait peine à évoluer vers un mode de pensée plus « commercial », ce que les pays de premiers rangs font pourtant depuis déjà quelques années. La tendance protectionniste, qui s'attarde principalement aux demandes de subventions pour la recherche, est désormais révolue. Certes, les subventions sont nécessaires, surtout pour la recherche fondamentale, et l'étude ne remet pas leur utilité en question. Toutefois, les programmes gouvernementaux qui encouragent l'Innovation dans l'intérêt national sont en manque au Canada. De tels programmes favorisent non seulement l'offre de la science et des technologies au niveau national, mais également l'exploitation de ces ressources par les entreprises qui cherchent l'avantage concurrentiel.

Pourquoi le Canada accuse-t-il un aussi grand retard sur ses pairs, c'est parce qu'il ne s'est pas encore engagé à devenir un pays innovateur et à faire face aux défis économiques et politiques que cela exige. À petite échelle, nous avons pourtant démontré notre capacité à promouvoir nos technologies localement. Les petits clusters d'innovation qui se développent près des campus en sont la preuve. Reste maintenant à élargir l'impact de cette évolution de pensée au niveau national.

Jean-Raphaël Champagne

Consultez l'étude du Conference Board of Canada

7 commentaires

Portrait de asp

Une discussion est également en cours chez Yvan Dutil:
http://www.facebook.com/yvan.dutil/posts/160892813957904

Portrait de Opinio juris

Je crois que le lien ne fonctionne pas...

Portrait de asp

Il faut que vous ayez un compte Facebook. Vous pouvez aussi essayer en passant par http://www.facebook.com/yvan.dutil

Portrait de pascal

Je voudrais soumettre comme hypothèse que "les programmes gouvernementaux qui encouragent l'Innovation dans l'intérêt national", est un concept beaucoup trop subjectif. Qu'est-ce que l'intérêt national et qui le définit? Les conservateurs ou les libéraux? Ottawa ou Québec? L'exploitation du gaz de schiste est-elle dans l'intérêt national parce qu'elle apporte des revenus ou son moratoire est-il dans l'intérêt national parce qu'il protège l'environnement?

Portrait de Opinio juris

Un exemple assez concret de programme gouvernemental qui encourage l'innovation au Canada est le programme De l'idée à l'innovation, communément appelé INNOV. Sous forme d'un concours et quatre fois par an, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) attribue des fonds à des projets scientifiques, afin de permettre aux chercheurs de mener leur idée (souvent une preuve de concept) à une maturité suffisamment avancée pour intéresser un partenaire industriel (souvent un prototype fonctionnel). L'équivalent offert par le Ministère du développement économique, de l'innovation et de l'exportation du Québec (MDEIE) est le Programme de soutien à la valorisation et au transfert, d'acronyme PSVT.

Dans les formulaires de demande de fonds de ces deux programmes, on remarque une section semblable qui requiert un court exposé de l'impact de la technologie localement ou nationalement. Ici commence la joute où il faut convaincre les évaluateurs que l'intérêt national sera mieux servi par un projet plutôt que par un autre. Et vous avez tout à fait raison lorsque vous mentionnez que le concept est manifestement subjectif. On prônera tantôt l'impact social d'une technologie à moyen terme, tantôt les retombées économiques immédiates et tantôt les bénéfices en terme d'emploi ou d'échanges internationaux.

Bref, dans les programmes existants à ce jour au Québec et au Canada (même si je n'en mentionne que deux...), l'intérêt national est très mal défini. Je suis étonné, mais enchanté à l'idée que la communauté scientifique s'éveille à ce genre de problématique. Ceci démontre une ouverture certaine face à des programmes gouvernementaux de valorisation de l'innovation qui seraient mieux encadrés et mieux définis. Et n'oublions pas que ces programmes sont encore jeunes et subissent des réformes annuelles. Espérons qu'ils sauront s'adapter aux critiques forts légitimes du milieu scientifique.

nota: Quoiqu'un fort lobbyisme économique s'impose effectivement aux gouvernements dans la question sur les gaz de schiste, je ne crois pas que cette problématique appartienne au même débat. Rien à voir avec l'innovation, la commercialisation des découvertes en milieu académique ou les fonds pour la recherche appliquée. Les évaluateurs des programmes dont j'ai fait mention ne sont ni lobbyistes, ni membres du gouvernement... il s'agit de scientifiques et de gestionnaires objectifs et impartiales.

Portrait de fpiron

Ce froid tableau technique produit par le Conference Board illustre très clairement et de manière très concrète la pénétration de l'économie du savoir dans la culture de nos élites politico-économistes où la science est traitée comme une marchandise parmi d'autres sur le marché et, qui plus est, une marchandise totalement coupée de toute référence au bien commun ou au bien-être de la population. Heureusement que ça ne marche pas! Qu'il y a encore des chercheurs qui privilégient le partage des idées et le bien commun plutôt que le secret industriel!

Portrait de Opinio juris

Il est utopique, à mon avis, de vouloir attribuer à la Science un unique objectif d'amélioration du bien collectif à titre gratuit. Cette idée est extrêmement louable, j'en concède! Mais l'histoire nous démontre le contraire... Depuis les premiers alchimistes chinois au IVe siècle av. J.-C., le scientifique cherche, l'ingénieur produit et l'homme d'affaires vend. Oui, il existe des exceptions et, à cet égard, j'aime beaucoup me référer à l'époque des Lumières où les Galilée, Descartes et Newton promouvaient l'idée d'une science rationnelle et libre. Aujourd'hui, par contre, comme vous l'avez vous-même mentionné, « savoir » est synonyme d' « économie ». La Science est carrément sous-financée, voire sous-valorisée par nos politiciens et nos médias. L'autonomie est, encore une fois à mon humble avis, la clef qui peut venir à bout de cette crise.

La Science coûte cher, elle doit acquérir une autonomie financière et c'est par la commercialisation des retombées qu'elle produit qu'elle y arrivera. Personne n'est intéressé à subventionner un projet de recherche sur la drosophile. C'est parce que personne ne sait que ce minuscule insecte a littéralement changé le cours de la Génétique. Offrez par contre une microchip ADN qui permet de déceler si vous êtes atteint d'une maladie héréditaire précise et l'industrie se jettera sur votre idée, finançant au passage toutes les recherches génétiques sur la drosophile qui seront nécessaires (ou même non essentiels, dépendamment des termes du contrat!).

Pour finir, ce mode de pensée commercial fonctionne très bien dans plusieurs pays. Et je ne me réfère pas à nos confrères sudistes d'où provient trop souvent l'idéologie d'un capitalisme exagéré. Des pays d'Europe tels la Finlande, la Suède et l'Irlande ont su faire la part des choses et sont aujourd'hui commercialement en avance sur le reste du monde. Le savoir qu'ils apportent à la société en est-il pour autant entaché? Absolument pas! Et au moins, leurs universités de croulent pas sous les dettes!