C’était récemment la journée internationale de l’eau. Cette dernière revêt d’autant plus d’importance qu’elle présente de graves problèmes de pollution, alors qu’elle devrait être chérie.

Les causes de la pollution des eaux sont généralement bien connues, cernables et des actions existent afin de limiter la pollution à la source même (sont-elles vraiment mises en œuvre ? Ça c’est une autre question). Cependant, la pollution n'est pas toujours visible. En effet, l'eau d'une rivière ou d'un lac peut sembler propre et être gravement polluée, ce qui est d’autant plus difficile à détecter dans les eaux souterraines. http://www.ec.gc.ca/eau-water/default.asp?lang=Fr&n=A221D4B2-1 En outre, les effets de la pollution ne sont pas nécessairement immédiats; ils peuvent mettre des années avant de se déclarer.

Ce qui est le plus préoccupant, est que les polluants qui envahissent nos étendues d’eau sont directement liés aux activités humaines : industrielles, agricoles et même domestiques.http://www.cwf-fcf.org/fr/ce-que-nous-faisons-/enjeux/sujets-de-preoccupation/eau/eau.html L'accroissement de la population et l'industrialisation ont donc inévitablement contribué à la pollution des eaux. D’ailleurs, il existe une source de pollution insoupçonnée et encore méconnue du grand public : la pilule contraceptive, ce qui n’est pas pour nous rassurer avec l’augmentation toujours croissante du nombre d’êtres humains sur la planète.

Féminisation étrange S’il y a plus de gens sur la planète, il y aura donc en circulation beaucoup plus de contraceptifs oraux qui seront ingérés par les femmes en âge de procréer. Là est le problème! L'éthynylestradiol, principal ingrédient des contraceptifs oraux, est rejeté dans les systèmes publics d’égouts par l’urine. http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/annualreport-rapportannuel/ar-ra0607/sect1-fra.html Sa conséquence est fatale pour les poissons qui vivent dans les eaux en aval: il féminise radicalement les mâles, ce qui entraîne inévitablement des problèmes pour la reproduction, donc une régression des populations de poissons. En effet, les poissons mâles pouvaient présenter des caractéristiques féminines, même avec de faibles niveaux d'éthynylestradiol. Un projet du Ministère des pêches et océans du Canada dirigé par Karen Kidd entre 2001 et 2003, a permis de noter des changements biochimiques importants chez les espèces auprès desquelles on avait ajouté de l'éthynylestradiol dans l’eau. Les poissons mâles ont rapidement acquis des caractéristiques féminines : après deux ans on trouvait très peu de mâles normaux ce qui a eu pour effet de diminuer considérablement la reproduction. http://www.dfo-mpo.gc.ca/science/publications/annualreport-rapportannuel/ar-ra0607/sect1-fra.html Cela est assurément inquiétant quand on sait que la contraception est primordiale, tout particulièrement dans un contexte où 2,5 milliards d’êtres humains sont à prévoir, soit 200 000 habitants de plus par jour, jusqu’en 2050. Plus de gens, moins de poissons...

Trop se sources Il existe en effet une multitude de formes de polluants : les pathogènes qui proviennent des eaux usées, la demande biochimique en oxygène (DBO) qui provient de la décomposition de déchets organiques, l'azote et le phosphore dont les égouts municipaux, les écoulements urbains et le lessivage des terres cultivées en sont les principales sources, les pesticides (insecticides, herbicides, fongicides, etc.) et autres substances toxiques nuisibles comme les métaux lourds (plomb, mercure) et les hydrocarbures (pétrole, BPC, etc.), les pluies acides, la pollution thermique, et les matières radioactives sont autant de sources de pollution des eaux. http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=f1ARTf0008469 Avec la pilule contraceptive, on vient d’ajouter une source de pollution (connue) supplémentaire à ce qui était déjà en trop grande quantité et qui le sera encore plus dans les années à venir. Qu’attend-t-on pour réagir ?

Malheureusement, la pilule contraceptive est un outil essentiel dans nos sociétés modernes, une sorte de privilège pour les relations libres sans grossesses non désirées. Devrons-nous abandonner ce privilège et retourner à l’utilisation du condom ? Reste à voir ce que les femmes en diront.

Shanie S. Parent

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.