Lorsque l’on parle d’organismes génétiquement modifiés, on pense en premier lieu au maïs ou au coton. Sauf que les végétaux ne sont pas les seuls concernés. La modification génétique animale, mêmes enjeux ?

Après tout, s’il est logique de vouloir modifier les plantes afin d’en améliorer les caractéristiques nutritives ou commerciales, pourquoi ne pas faire la même chose avec les animaux ? Des vaches qui donnent dix fois plus de lait, des cochons qui produisent du bacon bon pour le cholestérol… Miam ! Pensez-vous que j’exagère ? Que dire de cette chèvre transgénique qui peut produire, dans son lait, une protéine d’un type de soie connu chez l’araignée (vérifiable sur le site d’information sur les OGM du gouvernement : http://www.ogm.gouv.qc.ca/infopot_ani_mole.html) ? Toujours miam ?

Outre l’aspect « savant fou » de ces manipulations, les risques sont réels. La possibilité de fuite des composés transgéniques dans l’environnement est considérée comme un facteur de risque associé à la modification animale. Des résidus d’élevage qui contiendraient ces composés pourraient présenter des dangers potentiels, autant pour l’environnement que pour la santé humaine et la santé animale. Parmi ces résidus, on trouve le fumier, le lisier, les liquides métaboliques, les eaux usées de laiterie, ou encore les carcasses d’animaux GM (informations disponibles sur le même site du gouvernement).

FrankenFish Dans une perspective plus concrète, penchons-nous sur le cas des saumons transgéniques. La recherche a mis au point un saumon pouvant atteindre taille adulte deux fois plus vite que les saumons « naturels ». Deux fois plus de saumon ? Deux fois plus vite ? Parfait ! Sauf que si l’animal est commercialisé, les risques allergiques sont doublés aussi, il ne serait pas obligatoirement étiqueté et on ne pourrait garantir à 100% sa stérilité, avec ce que ça implique de risques de contamination à grande échelle (on ne peut non plus garantir la suppression du gène « grand voyageur » de l’animal). Son cas est heureusement à l’étude actuellement, même si sa commercialisation est proche.

Pour conclure, repenchons-nous un instant sur notre première question : pourquoi pas les animaux aussi ? Peut-on étendre l’argument pro-OGM du « après-tout nous ne faisons qu’accélérer un processus naturel de mutation » à l’homme ? Visiblement pas, puisque les législations sont dans la plupart des pays - et pour le moment - nettement plus restrictives sur ce sujet. Mais d’ici à ce que l’on se pose sérieusement la question de si nous voulons vraiment des branchies ou une deuxième paire d’yeux, nous devrons d’abord régler le cas des « spider-chèvres ». Ceci n’est hélas pas de la science-fiction.

Grégory Haelterman

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.