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La microbiologie au quotidien

Pénicilline et urine de jument… un mythe!

Connaissez-vous la croyance populaire selon laquelle la pénicilline est extraite à partir d’urine de jument? Détrompez-vous! Comme beaucoup d’autres antibiotiques, la pénicilline est produite par une moisissure. Il s’agit ici du Penicillium chrysogenum, un microorganisme du sol qui sert à la production industrielle de cet antibiotique. C’est par hasard qu’Alexandre Flemming a redécouvert en 1928 la pénicilline, quand une de ses souches bactériennes a été contaminée par cette moisissure.

Alexander Fleming
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Alexander Fleming Penicillium chrysogenum Penicillin

La pénicilline fut réellement découverte en 1896 par Ernest Duchesne, un étudiant en médecine âgé de 21 ans, mais son travail fut oublié jusqu’à ce que la pénicilline soit redécouverte par Fleming en septembre 1928. De retour d’une fin de semaine de congé, Fleming nota qu’une moisissure, un Penicillium notatum, s’était développée sur le bord d’une boite de Pétri contenant des staphylocoques (bactérie) et que les staphylocoques entourant la moisissure avaient été détruits. Fleming déduisit correctement que la moisissure contaminante produisait une substance diffusible, qu’il appela la pénicilline. Malheureusement, Fleming ne put démontrer que la pénicilline pouvait rester active suffisamment longtemps pour détruire les bactéries pathogènes et abandonna cette recherche.

Il fallut attendre en 1939 pour qu’Howard Florey, un professeur de pathologie à l’Université d’Oxford et Ernest Chain, lisent l’article de Fleming, ce qui leur permit d’obtenir une culture de Penicillium notatum comme celle que Fleming avait obtenue à l’époque. Ils entreprirent ensuite de cultiver la moisissure pour produire de la pénicilline. Pour cela ils ont pu compter sur l’aide précieuse du biochimiste Norman Heatley, qui développa les techniques de culture, de purification et de dosages, nécessaires pour produire de la pénicilline brute. Lorsque la pénicilline fut injectée à des souris infectées par des streptocoques ou des staphylocoques, presque toutes les souris survécurent. Le succès de Florey et Chain fut publié en 1940 et les essais subséquents chez l’homme furent couronnés de succès. Fleming, Florey et Chain reçurent un prix Nobel en 1945 pour cette découverte.

La découverte de la pénicilline stimula grandement la recherche d’autres antibiotiques. Selman Waksman annonça en 1944 la découverte de la streptomycine, un nouvel antibiotique produit cette fois par l’actinomycète Streptomyces griseus (une bactérie). Cette découverte fut faite après l’analyse soigneuse d’environ 10 000 souches de bactéries et de moisissures du sol. On ne peut minimiser l’importance de la streptomycine, car c’est le premier antibiotique qui put traiter la tuberculose. Waksman reçut à son tour un prix Nobel en 1952 et son succès conduisit à la recherche d’autres microorganismes du sol producteur d’antibiotique dans le monde entier. Les microorganismes producteurs de chloramphénicol, de néomycine, de terramycine et de tétracycline (très utilisé de nos jours) furent isolés dès 1953.

La découverte des antibiotiques et le développement de la vaccination, ont révolutionné la médecine moderne et conduit à une amélioration substantielle du traitement et de la prévention des maladies infectieuses, ce qui a augmenté de façon significative la qualité de vie de la population. Toutefois, comme je l’ai souligné dans un article antérieur, l’utilisation des antibiotiques doit d’être faite de façon responsable, afin de limiter l’émergence de microorganismes pathogènes multirésistants.

Source: Prescot et al., Microbiologie 3e édition.

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Patrick D. Paquette, microbiologiste, RMCCM
Consultant en prévention des infections

Suivez-moi sur Twitter: @patdpaquette │ Courriel: patrick.d.paquette1@gmail.com

3 commentaires

Portrait de Pgmartin

Alors, d'où vient cette croyance du lien avec l'urine de jument? Pure légende?
Merci!

Portrait de Patrick Paquette

Il est très difficile de connaitre les origines de bien des mythes scientifiques qui sont ancrés dans les croyances populaires depuis bon nombre de générations. Le mythe voulant que nous utilisions que 10% de notre cerveau en est un bon exemple. Pour ce qui est du lien entre la pénicilline et l’urine de jument, j’ai consulté certains de mes professeurs de microbiologie spécialisés dans les antibiotiques et aucun d’entre eux ne connaît l’origine… Comme vous le suggérez, il s’agit probablement là que d’une légende.

Portrait de pascal

Sur le mythe des 10% par contre, l'origine est connue: deux psychologues de l'Université Harvard, William James et Boris Sidis, à travers leurs tests sur le quotient intellectuel, ont "inventé" cette théorie dans les années 1890 (le corps ayant une "énergie dormante", l'esprit devrait en avoir aussi, spéculèrent-ils). Mais c’est l'auteur américain Lowell Thomas qui, en 1936, a contribué à la popularité du mythe des 10%: il fut intégré dans la préface d'une biographie de Dale Carnegie ce qui, multiplié par 15 millions d'exemplaires vendus, a donné à ce mythe un statut de "fait". :-)