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Léo Baekeland, inventeur extraordinaire

Ariel Fenster, le 6 avril 2011, 15h58

On les voit encore de temps en temps, ces vieux téléphones noirs à cadran. Quand cela m'arrive, je ressens une bouffée de nostalgie...

Téléphone mural en Bakélite
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Téléphone mural en Bakélite

Durant mon enfance, en France, tous les téléphones étaient noirs et à cadran. En tant que chimiste, ils me rappellent un homme, Léo Baekeland, l'inventeur de la première matière plastique entièrement synthétique. Ces téléphones, comme des milliers d'autres objets fabriqués pendant la première moitié du XXe siècle étaient faits de... Bakélite. Peu d'inventions ont eu un impact aussi important sur leur époque que celle de la Bakélite. Son histoire vaut la peine d'être racontée.

Né en Belgique en 1863, Léo Baekeland émigre aux États-Unis en 1889, un pays où il pourra pleinement développer ses qualités d'inventeur. Son premier succès, en 1899, est la mise au point d'un papier photographique révolutionnaire pouvant être développé à la lumière artificielle. Jusque là, les photographes devaient attendre des conditions météorologiques favorables, avec suffisamment de soleil, pour effectuer le développement. Léo Baekeland décide de proposer son invention à George Eastman, dont les appareils photo et les pellicules photographiques, commercialisés sous le nom de Kodak, commencent à conquérir le monde. L'histoire veut que Léo Baekeland ait été prêt à demander 25 000 dollars pour son invention. Heureusement, il laissera George Eastman parler en premier. Celui-ci, en réalisant la portée de l'invention, lui offre la somme - astronomique pour l'époque - d’un million de dollars pour les droits du papier Velox.

Avec cet argent, qui lui assure un avenir sans soucis financiers, Léo Baekeland se fait construire un palace à Yonkers, dans la banlieue de New York, où il installe un laboratoire perfectionné. Il s'y consacre à trouver un substitut à la gomme-laque (Shellac en anglais). Ce produit résineux produit par un insecte d'Asie, le laccifer lacca, est alors utilisé comme laque pour les meubles. Or, avec le développement de l'industrie électrique – la gomme-laque est un excellent isolant - on n'arrive pas à satisfaire à la demande. Léo Baekeland sait que lorsque du phénol (produit à partir de goudron de charbon) est mélangé avec de la formaldéhyde (un distillat d'alcool de bois), il en résulte une violente réaction qui produit une sorte de goudron, un cauchemar pour les chimistes. Insoluble, il encrasse les verreries et est impossible à nettoyer. Léo Baekeland, au contraire – et c'est là son génie -, y voit la promesse d'un nouveau matériau qui pourrait remplacer la gomme-laque. Dans un appareil de son invention, le « bakelizateur », il varie les conditions de pression et de température jusqu'à ce qu'il arrive à créer une substance gélatineuse capable d'être moulée en de multiples formes solides. C'était en 1909, Léo Baekeland venait de créer le premier « plastique » totalement synthétique, une substance à laquelle, en toute modestie, il donna le nom de Bakélite.

Jusqu'à la deuxième guerre mondiale, la Bakélite sera le seul matériau « plastique » sur le marché. On le retrouve en noir pour les téléphones, mais aussi, de toutes les couleurs pour les appareils photos, les boules de billard, les colliers, les assiettes et autres objets. La compagnie fondée par Léo Baekeland pour produire et commercialiser la Bakélite implantera des usines partout dans le monde. Certains se souviendront peut-être de la grande affiche que l’on apercevait jadis sur le chemin du retour de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau vers le centre-ville de Montréal. On y voyait en grandes lettres General Bakelite Corp.

Fouillez dans votre grenier... Si vous avez des objets en Bakélite, sachez qu'aujourd'hui, certains sont très recherchés par les collectionneurs. Malheureusement, ce n’est pas le cas des téléphones noirs à cadran.
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LES MANCHETTES SCIENTIFIQUES d’Ariel Fenster
L’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill présente des capsules sur des sujets défrayant l’actualité scientifique. Plus de renseignements sur ces sujets, ou d’autres d’intérêt général, sont disponibles en communiquant avec Ariel Fenster.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
514 398-2618