Maintenant que le holà du BAPE a été entendu, on peut enfin se permettre de poser “les vraies questions” sur le gaz de schiste. Le BAPE, rappelons-le, recommande une étude tous azimuts du dossier des gaz de schistes accompagnée d'une pause dans l'exploitation.

Une question que l'étude ne devrait pas éviter: celle du dioxyde de carbone. S'il doit y avoir une exploitation du schiste, elle devrait à tout le moins être accompagnée du nec plus ultra en matière de « nettoyage » de ce gaz à effet de serre: la captation et la séquestration du dioxyde de carbone, ou CSC. La CSC consiste à retirer le dioxyde de carbone d'un gaz comme le gaz de schiste pour ensuite l'enfouir profondément dans le sol. On le retire donc de la circulation pour qu'il cesse de contribuer à l'effet de serre.

Pour le gaz de schiste, la CSC pourrait être utile à deux niveaux: à l'extraction et avant la production d'électricité. Comme le mentionne Normand Mousseau (La révolution des gaz de schiste), citant lui-même cite un rapport de l'Office national de l'énergie, les gaz de schiste au Canada contiennent jusqu'à 12% de dioxyde de carbone. L'extraction de ces gaz provoque donc un échappement dioxyde de carbone, qui va alors dans l'atmosphère réchauffer la planète. Il est pourtant possible d'utiliser la CSC à l'extraction: le gouvernement de la Colombie-Britannique en encourage d'ailleurs l'adoption alors que la Norvège l'utilise déjà sur une plateforme d'extraction de gaz naturel en haute mer.

Mais le New Scientist prétend qu'on peut aller plus loin. Le gaz de schiste, on s'en souvient, n'est rien d'autre que du gaz naturel coincé dans la roche souterraine. Or l'article Wonderfuel (quel titre, quand même, et quel optimisme...) fait état d'une technique qui consiste à transformer le gaz naturel en un mélange de dioxyde de carbone et d'hydrogène. Cette technique serait utilisée par les usines de production d'électricité; l'hydrogène serait utilisée comme source d'énergie propre alors que le dioxyde de carbone serait capté et séquestré en utilisant la CSC. À en croire l'article, la CSC ouvrirait carrément la porte à un gaz naturel propre.

La CSC a ses dissidents, on s'en doute, qui soulèvent des questions importantes. Comme toute bonne prétendue panacée, celle-ci est entourée d'une bonne dose de hype et d'incertitude. On peut tout de même exiger qu'elle soit couverte par les études recommandées par le BAPE – juste au cas où elle aurait vraiment quelque chose à offrir.

- Véronique Pagé

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.