Les besoins alimentaires d’une population mondiale sans cesse grandissante pourraient donner l’impression que oui, les OGM sont LA solution au problème. Pourtant, s’enfoncer dans la logique du « produire plus » peut également apporter son lot de problèmes. Et à grande échelle.

Si l’on se penche plus en avant sur l’équation « faim dans le monde + OGM = problème réglé », on voit que bien d’autres facteurs entrent en jeu dans ce raisonnement simpliste et tentant. Le site de la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO : http://www.fao.org/english/newsroom/focus/2003/gmo8.htm) nous en apporte quelques exemples.

La recherche et la distribution des OGM sont dominées par un nombre très restreint de compagnies commerciales surpuissantes. L’impact sur les petits exploitants pourrait être négatif s’ils n’ont plus accès à la propriété de leurs plants, comme c’est déjà le cas pour certains exploitants. On peut en trouver un exemple très concret dans le procès qui a opposé Monsanto à Percy Schmeiser, qui avait décidé d’exploiter les plants transgéniques de la société qui s’étaient infiltrés par contamination dans son exploitation (http://www.cbc.ca/news/background/genetics_modification/percyschmeiser.html). Si ce genre d’évènement fait cas de jurisprudence, que se passerait-il lors des prochaines contaminations si elles impliquent de petits exploitants provenant de pays en voie de développement ? Ne risque-t-on pas une paupérisation, une dépendance commerciale et une perte de la propriété à grande échelle ?

Indirectement, la propriété intellectuelle de ces plants OGM, détenue par une majorité de sociétés privées, pourrait empêcher les secteurs publics de rivaliser avec elles. L’aspect commercial des OGM est donc inévitable, avec ce qu’il implique en termes de coûts. Les semences OGM sont plus chères que les semences traditionnelles (http://www.infogm.org/spip.php?article4356), elles impliquent autant voir plus d’épandage d’insecticides et herbicides et enfin, elles nécessitent une traçabilité et un étiquetage qui nécessitent eux aussi, un coût plus élevé (http://www.euractiv.fr/ong-pointe-couts-caches-ogm-article, http://www.datapressepremium.com/RMDIFF/2005515/CP-AT-OGM-140311.pdf). Au final, il est évident que la domination du marché OGM par ces sociétés privées est inévitable et ne se fera qu’au prix fort pour les petits exploitants.

Le développement d’OGM comporte également des risques de contamination des exploitations non-OGM. Bien que l’inverse ne soit pas possible (un plant traditionnel ne peut pas rendre non-OGM un plant OGM), les coûts de protection des plants traditionnels sont à leur entière charge (http://ogm.greenpeace.fr/ogm-un-lourd-prix-a-payer , http://blog-s.greenpeace.fr/documents/ogm/le-prix-a-payer.pdf). Un coût de plus, donc.

Enfin, la polémique « Terminator » n’est pas terminée (http://www.fao.org/english/newsroom/focus/2003/gmo8.htm, http://www.greenpeace.org/france/news/ogm-monsanto, http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/254450/ogm-terminator-le-maintien-du-moratoire-est-recommand). Bien que non-commercialisées actuellement, cette technologie qui consiste à modifier génétiquement des plantes pour qu’elles produisent des semences stériles, est toujours à l’étude. Objectif : empêcher les agriculteurs de conserver une partie de leur récolte pour la replanter, et les forcer à racheter de nouvelles semences tous les ans. Si elle venait à être commercialisée, beau moyen d’« aider » la population à se nourrir.

Il est hélas impossible de ne considérer que l’aspect alimentaire du problème, sans tenir compte des tenants et aboutissants économiques et commerciaux qui y sont liés. Au final, les OGM apportent au-moins autant de problèmes que de solutions, tant à grande qu’à petite échelle. Si l’on tient compte des risques qui leurs sont associés, les OGM ne sont plus si intéressants. Les développer est loin de n’apporter que des réussites (et ce même aux États-Unis : http://www.courrierinternational.com/article/2010/03/18/comment-les-ogm-font-monter-les-prix ). On est en droit de se poser la question de savoir jusqu’où cette « solution miracle » peut devenir un nouveau problème, comme ça a été le cas en Inde (voir le billet précédant : http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2011/03/30/ogm-quand-solution-devient-probleme ). Il serait peut-être plus intéressant de s’attarder sur les solutions qui cherchent à régler le problème, en consommant, produisant et distribuant mieux, plutôt qu’en le niant en produisant simplement plus.

Grégory Haelterman

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.