Publicité

Autre action

Blogue

Faut-il craindre la gomme à mâcher?

Ariel Fenster, le 8 août 2011, 11h31

En 1912, le chimiste allemand Fritz Klatte eut l'idée d'ajouter de l'acide acétique à l'acétylène, créant ainsi une nouvelle molécule, l'acétate de vinyle. Une découverte qui lança toute une industrie et qui était basée sur le fait que ces molécules sont capables de se joindre les unes aux autres pour former une longue chaîne, le polymère de polyacétate de vinyle.

Les Manchettes scientifiques d’Ariel Fenster

L’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill présente des capsules hebdomadaires sur des sujets défrayant l’actualité scientifique. Plus de renseignements sur ces sujets, ou d’autres d’intérêt général, sont disponibles en communiquant avec Ariel Fenster.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
514 398-2618

Dû à ses propriétés de flexibilité, le polyacétate de vinyle se retrouve dans de nombreux produits: la peinture au latex, la colle blanche, l'enduit dans la fabrication du papier et de textiles. Mais une de ses applications, associée à ses propriétés caoutchouteuses, a fait récemment les manchettes en raison de sa présence dans la gomme à mâcher. Il ne fait pas de doute que le polyacétate de vinyle en lui-même est non-toxique; d'ailleurs, on le retrouve dans les pellicules comestibles qui recouvrent certains aliments.

Pour le monomère, l'acétate de vinyle, c'est une autre affaire. Il y a quelques années, le gouvernement canadien a classé la molécule parmi les «substances toxiques» sur le registre environnemental de la LCPE (Loi canadienne sur la protection de l'environnement). Une décision en conformité avec celle du Centre international de recherche sur le cancer, une des divisions de l'Organisation mondiale de la santé, où l'acétate de vinyle est classé possiblement cancérigène pour les humains.

Mais pour le consommateur, ce qui est important, c'est de savoir si de mâcher de la gomme faite de polyacétate de vinyle l'expose à des niveaux du monomère potentiellement cancérigène. Une des études qui revient souvent à ce sujet est celle menée par la Fondation Ramazzini, en Italie. Celle-ci suggère, sur la base de tests sur des animaux de laboratoire, que l'acétate de vinyle est un cancérogène. Mais que veut dire «cancérogène» dans ce contexte?

Essentiellement, n'importe quelle substance qui cause un cancer à n'importe quel animal et à n'importe quelle dose peut être classifié comme cancérogène. Mais si une substance est cancérogène pour des animaux de laboratoires dans les conditions de l'étude, cela ne veut pas dire quelle est cancérogène pour l'humain. Examinons de plus près l'étude Ramazzini.

Pour les besoins de l'étude, les rats recevaient, soit de l'eau sans acétate de vinyle, soit de l'eau avec des concentrations d'acétate de vinyle allant jusqu'à 5 000 ppm. Des doses sans comparaison à celles auxquelles l'humain pourrait être exposé. Une concentration de 5 000 ppm équivaut à 5 grammes par litre. Une telle concentration de sel dans de l'eau la rendrait complètement imbuvable. Et pourtant, les rats testés ont bu continuellement de l'eau à cette concentration d'acétate de vinyle pendant 100 jours d'affilés. Dans ces conditions, les chercheurs ont remarqué une légère augmentation des taux de certains cancers parmi les rats femelles (mais pas mâles), et également chez leurs descendants, par rapport aux groupes de contrôle. Malgré cela, les différences pour ces cancers étaient si faibles que pour l'ensemble de tous les cancers il n'y avait pas de différence entre les groupes.

Il ne fait pas de doute qu'un mâcheur de gommes au polyacétate de vinyle s'expose à de petites quantités d'acétate de vinyle. Celles-ci peuvent provenir de la polymérisation incomplète du monomère ou de la dégradation du polyacétate de vinyle avec le temps. Mais comment ces quantités se comparent-elles aux doses auxquelles les rats de l'étude italienne étaient soumis. Une personne de 50 kg devrait mâcher l'équivalent de 30 000 tablettes par jour avant d'atteindre les quantités d' l'acétate de vinyle associées à la légère augmentation des taux de cancers des animaux de laboratoire.

Les mâcheurs peuvent se rassurer; dans la mesure où ils se limitent à 30 000 tablettes par jour, ils peuvent continuer à mâcher en toute quiétude.

2 commentaires

Portrait de Sandromonte

Les mots n 'étant pas innocents, quand je lis " animaux de laboratoires", je ne peux que me poser des questions sur notre évolution, et la réponse n'est pas à l'honneur de notre espèce, qui ne cesse de prendre le pouvoir sur ceux qui ne peuvent s'opposer , et décider que les animaux, selon les besoins seront destinés aux labos, comme si leur vie n'avait de sens qu' en la donnant à la science ..
Il serait temps de s'interroger sur notre devoir moral envers le monde animal . Protéger les plus faibles me semble être la seule façon d'évoluer.
A quoi servent ces expériences , si elles sont faites sur l 'absolue souffrance donnée à l'autre ? Elles renseignent sur notre faillite et notre perte de dignité.
Des méthodes substitutives sont au point pour pouvoir cesser de martyriser les animaux et les tuer pour des résultats ,qui plus est, ne sont pas fiables.
En aucun cas le modèle animal ne peut être un modèle pour l'homme.
Quand un scientifique utilise un rat, lui demande t-il quelle est sa lignée ? Hé oui, selon si il est de la lignée 1 ou 2 il ne réagira pas de la même façon..
Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Il suffit de lire les communications d'éminents scientifiques opposés à l'expérimentation animale pour des raisons scientifiques, pour se convaincre que les avancées ne se feront pas en passant par les expériences faites sur les animaux..Les échecs des médicaments, toujours plus importants, et pourtant testés sur les animaux, sont une preuve de la non fiabilité de ces tests.
Ceci dit, la seule question pour moi, qui vaut la peine d'être posée, est d'ordre moral. A t-on le droit de donner la souffrance à quelqu'un pour l'enlever à quelqu'un d'autre ?
Si oui, il ne faut pas alors s'étonner que dans certains pays, des trafics d'organes existent. Que des essais cliniques soient effectués sur des orphelins.. car tout se tient dans la vie, et ne pas le réaliser, c'est ne rien comprendre à celle ci, et surtout ne pas la respecter.

Portrait de Jerome

Il convient surtout de préciser que selon l'espèce animale utilisée, une substance est ou n'est pas cancérogène. En effet c'est là tout l'intérêt de l'expérimentation animale, et des animaux génétiquement modifiés. Selon que l'on utilise des souris d'une lignée ou d'une autre, on obtient des résultats différents. Etonnant non? C'est surtout très pratique afin de commercialiser rapidement de nouvelles molécules testées "avec succès" sur les animaux, avec les problèmes parfois dramatiques sur les humains que l'on découvre des années, voire des générations plus tard. La science véritablement moderne (et éthique) n'utilise pas d'animaux: avec la toxcogénomique -par exemple- on sait déterminer immédiatement et surtout de façon extrêmement fiable si une substance est cancérogène pour l'espèce qui nous intéresse, en l'occurrence l'humain.