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Dormir blinde la mémoire

Ariane Ménard, le 28 septembre 2011, 23h47

La restauration de la chapelle Sixtine a révélé des couleurs et des détails jamais vus depuis des siècles. Tout comme on rafraîchit une fresque, on peut se rafraîchir la mémoire, redonner de l’éclat à nos souvenirs.

illustration des filières du cerveau
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illustration des filières du cerveau

Pour tous les détails de la recherche voir l'article de référence:

Labile or stable: opposing consequences for memory when reactivated during waking and sleep
Susanne Diekelmann, Christian Büchel, Jan Born & Björn Rasch.
Nature Neuroscience: volume 14, no 3, mars 2011

On se rappelle des souvenirs aussi quand on dort profondément, mais alors, au lieu de rafraîchir notre mémoire, on la protège plutôt de toutes altérations. On fixe le tableau. C’est ce que le groupe de Björn Rash à l’université de Lübeck, a démontré pour la première fois chez l’humain.

Mémoire éveillée

Nous serions désavantagés si tous nos souvenirs étaient figés dans le béton, car on doit toujours adapter ce qu’on a appris aux conditions présentes. Il serait par exemple inutile de garder en mémoire l’ancienne adresse de Martin s’il venait de déménager. Lorsqu’on se rafraîchit la mémoire, on réactive les circuits nerveux de la filière où le souvenir était classé. Cette mise à jour du dossier est essentielle pour corriger les informations à la lueur de nouvelles connaissances.

Les chercheurs allemands ont trouvé que c’est lorsqu’on se rafraîchit la mémoire que l’information mémorisée est la plus fragile et vulnérable aux interférences et que des erreurs peuvent se glisser au dossier. Un peu comme si alors qu’on doit inscrire à notre mémoire l’adresse de Martin, on est distrait par un commercial à la télé et l’on inscrit à la place l’adresse du magasin qui fait réclame.

Mémoire ensommeillée

Ce qui a surpris les chercheurs, c’est que lorsque l’on dort profondément, ce qu’on a appris durant la journée est rejoué et cette remémoration sauvegarde la nouvelle information et la protège des interférences. Si on revient à notre exemple, c’est comme si l’adresse de Martin s’imprimait dans notre cerveau durant notre sommeil et que même si on regarde le commercial à la télé le lendemain, on ne risque plus de l’oublier.

En sommeil profond, on dort comme une bûche; il y a perte de conscience et peu de stimulations, donc peu de risque d’interférences qui modifieraient nos mémoires. C’est le meilleur temps pour réorganiser nos mémoires afin de les empêcher d’être effacées par des nouvelles informations. Les mémoires sont donc déplacées de la filière temporaire sur un disque dur plus sûr. Au niveau du cerveau, cela correspond à un transfert d’informations de la région du cerveau qu’on nomme hippocampe, vers le néocortex.

Nos nuits sont une alternance de sommeil profond et de rêves qui ont chacun leurs caractéristiques. Lorsque l’on rêve notre cerveau est très actif. Il sera intéressant de suivre les recherches du groupe de Lübeck qui se pencheront sur ce qui se passe lorsqu’on se rappelle un souvenir dans ces conditions. Qui sait, c’est peut-être l'interférence entre les rêves et les mémoires qui nous permet de créer des chefs d’œuvre dignes de Michel-Ange.

1 commentaire

Portrait de Henrique

C'est clair que je ne dors pas assez alors ! J'ai déjà hâte aux prochaines interférences, que l'inspiration vienne !