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Stress post-traumatique au féminin

Ariane Ménard, le 11 octobre 2011, 1h59

Être témoin ou victime de violence, survivre à un accident, une catastrophe naturelle. Les femmes ont presque deux fois plus de chance d’être marquées psychologiquement par un traumatisme que les hommes et de développer des symptômes d’anxiété tels qu’insomnie, cauchemars, flash-backs et isolement.

demi-masque en métal du genre steampunk
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Pour tous les détails de la recherche voir l'article de référence:

Post-traumatic stress disorder is associated with PACAP and the PAC1 receptor.
Kerry J. Ressler et al.
Nature: Février 2011, vol 470, p. 492

Après des décennies de recherche sur les causes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), un coupable vient d’être identifié par l’équipe de Kerry Ressler. L’hormone du stress nommée PACAP (Pituiary Adenylate Cyclase-Activating Peptide) est au banc des accusés et l’œstrogène est sa complice.

À la surprise des chercheurs d’Atlanta, l’analyse du sang des personnes atteintes du SSPT a montré que seules les femmes avaient une concentration élevée de PACAP. Plus les symptômes rapportés par les victimes étaient sévères, plus ce taux était élevé. Produite en période de stress, cette hormone se trouve en plus grande quantité dans l’amygdale, la structure du cerveau responsable des comportements de peur et d’anxiété. Les recherches montrent qu’en plus d’activer les neurones de l’amygdale, PACAP favorise aussi leur croissance et leurs connexions. Ceci pourrait être à l’origine de la persistance anormale des angoisses traumatiques.

Le déséquilibre des hormones du stress chez celles qui développent le SSPT serait lié à la concentration d’œstrogène significativement plus importante chez les femmes et expliquerait leur sensibilité accrue aux traumatismes. Comme une clé qui entre dans une serrure peut débarrer une porte, l’hormone de stress se lie avec son récepteur sur les neurones du cerveau pour les activer. En analysant l’ADN prélevé dans les échantillons de salive d’un millier de personnes traumatisées, les chercheurs ont constaté que le gène produisant ce récepteur était modifié uniquement chez les femmes. Cette modification donne à l’œstrogène plus de pouvoir en tant que régulateur de la production des serrures ouvrant les portes du stress. Les hommes aussi peuvent développer les symptômes de SSPT, mais puisqu’ils n’ont pas beaucoup d’œstrogène ni de PACAP, ils y arriveraient par une voie biologique différente et encore inconnue.

Un facteur semble, par contre, commun aux deux sexes. Les hommes comme les femmes peuvent acquérir une vulnérabilité aux traumatismes. Cette vulnérabilité proviendrait d’un autre type de modification génétique qui survient pendant le développement de l’individu à la suite d’expositions à la violence, aux abus physiques et sexuels ou autres maltraitances. Elle affecte encore une fois le gène du récepteur de l’hormone du stress qui en bout de ligne altère la serrure de la porte du stress. Cette prédisposition au SSPT étant héréditaire on envisage que les conséquences de la violence soient transmissibles sur plusieurs générations. Cela expliquerait sans doute pourquoi il y a, dans les quartiers très pauvres ayant un niveau élevé de violence, des taux du SSPT aussi haut que chez les vétérans de guerre.

2 commentaires

Portrait de Ariane Ménard

Question très pertinente Josée Nadia!

Cette étude donne l'espoir de développer un biomarqueur du SSPT pour établir des profil de risque ou des diagnostiques. Par exemple, une mesure de PACAP dans le sang ou le séquençage de son gène chez une personne ayant subit un stress traumatique pourrait peut-être nous indiquer si elle développera le SSPT.

D'autre part, des essais cliniques impliquant des molécules modifiant l'action de PACAP pourraient être aussi considérés comme traitement.

Mais on n'en ai pas encore rendu là, il y a toujours beaucoup de temps qui s'écoule entre la recherche fondamentale et ses applications cliniques. Il faut d'abord répliquer les résultats avec des échantillons plus grands et révéler plus qu'une simple correlation entre le niveau de PACAP dans le sang et ses effets sur le cerveau.

Portrait de nadia

Les résultats de cette étude sont très intéressants parce qu'ils expliquent biologiquement la plus grande vulnérabilité des femmes à ce genre d'événements. Mais je me demande : au-delà de pointer ces hormones, quelles applications concrètes peut-on tirer de ces résultats? Prévention, traitement ?