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Pleins feux! - Octobre 2011

Discutez avec nos experts: Sophie Benoit, enseignante en thanatologie

Actualités, le 24 octobre 2011, 15h42

Rencontrer des parents endeuillés, embaumer leur proche décédé et organiser la cérémonie… Le métier de thanatologue ne laisse pas indifférent et interpelle souvent. Notre experte répond à vos questions toute la semaine.

© Buurserstraat386 | Dreamstime.com

- Ce billet fait partie de notre dossier Pleins feux! d'octobre: La science et la mort.

Pourquoi faites-vous ce métier? Est-ce que vous trouvez ça difficile de préparer des enfants? Comment fait-on une thanatopraxie? Voilà des questions auxquelles Sophie Benoit, thanatologue depuis 18 ans, répond sans tabou. Elle est aussi enseignante et coordinatrice du programme de formation «Techniques de thanatologie» au Cégep de Rosemont, à Montréal.

Sophie Benoit aime son métier qu’elle voit comme une vocation. «Il implique beaucoup de dévouement, car nous prenons soin des autres et l’erreur n’est pas tolérable», précise-t-elle. À côté de la technique de l’embaumement, le thanatologue est là pour accompagner et rassurer ses clients confrontés à la mort d’un être cher.

Étymologiquement, la thanatologie est la science de la mort ou l’étude de la mort. «Thanato» vient de «thanatos», qui était le dieu de la mort chez les Grecs et désigne par conséquent le mot «mort». «Logie» provient aussi du grec et signifie cette fois la «science». Pour beaucoup de gens, un thanatologue travaille enfermé dans une pièce et prépare des corps toute la journée. Cette professionnelle ne comprend pas le mythe et les mystères entretenus autour de son métier.

À l’interrogation «c’est bizarre, pourquoi n’avez-vous pas peur des morts?», elle répond: «pour moi, ce sont ceux qui sont effrayés par les morts qui sont étranges. Comme si on tenait pour acquis qu’un mort fait peur.»

Propos recueillis par Priscilla Reig

11 commentaires

Portrait de Actualités

Madame Benoit, merci beaucoup d'être intervenue en tant qu'experte sur notre site cette semaine. :) Bonne suite dans vos projets et au plaisir! Votre compte restera actif, vous pouvez maintenant à votre tour participer aux conversations des autres. On essaie fort d'en faire prendre l'habitude à nos internautes. ;)

Portrait de pascal

A propos de la peur des morts. Il y a des gens qui, par superstition, n’osent pas se tenir près d’un corps mais l’attitude la plus répandue semble être surtout un malaise : crainte de dire ou de faire quelque chose de maladroit, par exemple, au salon mortuaire. Qu’en est-il lorsqu’on n’est pas en société? Par exemple, comment réagissent vos étudiants qui en sont à leur première « rencontre» avec un cadavre?

Portrait de Sophie Benoit

Ils sont pour la plupart très nerveux. Ils croient que la première impression est déterminante, qu'ils vont immédiatement savoir s'ils vont être à l'aise ou pas, alors ils veulent tellement fort que tout se passe bien.

À mon avis c'est faux. Le contact avec un mort, ça doit s'apprivoiser tranquillement puisque c'est tellement ancré dans notre culture d'avoir peur, il faut défaire tous ces fantasmes d'horreur. Après quelques "rencontres" (j'ai aimé votre expression !), tout est beaucoup plus naturel. Ils se tiennent tout près, touchent le corps sans raison particulière, presque avec affection. Après tout , qui prendra soin de ce qui a été une personne, sinon nous ? Un "nouveau" cadavre est toujours un peu stressant pour eux, on dirait qu'ils doivent prendre le temps de faire connaissance, mais ce temps raccourcit d'une fois à l'autre.

Les gens se demandent souvent s'il est de bon ton d'amener des enfants dans un salon funéraire. Un enfant qui verrait des adultes entourer un mort avec affection, sans réactions de crainte ou de dégoût, sans histoires invraisemblables (il y en a tellement !), n'aurait-il pas plus de chances de ne pas avoir cette peur des morts ?

Portrait de nguimond

Bonjour madame Benoit, je sais que les produits biocides utilisés en thanatopraxie sont réputés pour leur haute toxicité. J'imagine que des recherches se font pour repenser la manière de préparer les morts autrement à l'embaumement. Où en est-on? Et où en est le Québec, au point de vue technologique, par rapport à ce qui se fait ailleurs?

Portrait de Sophie Benoit

Le principal agent préservatif utilisé en thanatopraxie est le formaldéhyde. Si ses effets "polluants" ne font pas l'unanimité chez les scientifiques, ses effets cancérigènes sont reconnus et il est désormais interdit d'en utiliser dans plusieurs pays européens.

En Amérique du Nord, nous n'en sommes pas là, peut-être est-ce dû à une bonne connaissance de techniques de travail permettant de réduire l'exposition aux vapeurs irrantes des produits. Mais la plupart des fabricants de produits funéraires nords-américains se préparent à l'éventualité d'une interdiction semblable. De plus les maisons funéraires veulent répondre aux besoins d'une clientèle croissante qui exprime le souhait de funérailles plus vertes. Certains produits ont été mis en marché, mais une période de familiarisation et d'adaptation des techniques est nécessaire. Ces produits ne donnent pas nécessairement les mêmes résultats.

Certaines questions demeurent : le client est-il prêt à débourser davantage pour des funérailles "vertes", nécessitant des produits qui coûtent plus cher ? est-on prêt à accepter une moins grande souplesse dans la planification des rituels funéraires, parce que le corps ne peut être préservé aussi longtemps ? est-on prêt à accepter de voir le mort plus "au naturel" malgré les circonstances du décès qui peuvent avoir modifié son apparence physique de façon significative ?

Les thanatologues se posent ces questions. Et vous ?

Portrait de nguimond

Merci de vos réponses. :) Je viens tout juste de de tomber sur ça par hasard: http://bit.ly/tvmZBn. Je pense aussi que c'est dans l'air du temps... Reste à voir, comme vous le dites, la période de familiarisation des gens aux pratiques alternatives et/ou plus vertes. À suivre, j'imagine!

Portrait de nguimond

D'ailleurs, est-ce qu'un thanatologue est par défaut aussi thanatopracteur?

Portrait de Sophie Benoit

Non, pas forcément.

Quelqu'un qui est thanatologue par sa formation et qui possède un diplôme en Techniques de thanatologie, a également une formation de thanatopracteur mais il se peut qu'il choisisse de ne pas exercer la thanatopraxie, par préférence personnelle.

Un thanatologue qui a fait son expérience en travaillant (on dit "sur le tas"!), sans diplôme d'études collégiales, ne peut être thanatopracteur. Il n'a pas la formation requise ni de permis de pratique.

Portrait de nadia

J'y connais rien en thanatologie. Quelles sont les qualités à retrouver chez les aspirants thanatologues? Et quand on parle de thanatologie, fait-on seulement référence à science de l'embaumement? Clairement non, vous parlez d'accompagner et de rassurer les gens...

Portrait de Sophie Benoit

Effectivement, la thanatologie, c'est beaucoup plus que l'embaumement ! Le thanatologue doit rendre un ensemble de services funéraires qui répondent aux besoins d'une famille dans le deuil ou d'une personne vivante qui désire planifier à l'avance ses funérailles. Son champ d'action est donc très varié. Lorsqu'il est avisé d'un décès, il accueille les endeuillés, il les informe et les conseille dans la planification des rites funéraires et de l'exécution des démarches successorales urgentes. Il s'occupe ensuite d'organiser tous les rites qui ont été choisis, incluant le transport et la préparation des personnes décédées pour l'exposition s'il y a lieu. Puis il est présent et accompagne les endeuillés durant tout le processus des funérailles, et même souvent après pour un suivi approprié.

Vous imaginez que le thanatologue doit dans le cadre de son travail interagir avec des personnes de divers milieux, cultures et religions, et cela dans un moment très éprouvant de leur vie. Il doit donc être une personne ayant de bonnes aptitudes pour la communication, très chaleureuse et compréhensive, sensible aux émotions des autres. Étant donné la quantité de choses à coordonner sans aucun retard ni oubli, il doit aussi être bien organisé et fiable. Il doit de plus démontrer de l'assurance et de la débrouillardise pour gérer toutes sortes de situations imprévues. Pour ce qui est du travail sur les personnes décédées, des aptitudes artistiques et un bon sens de l'observation et de la déduction sont très utiles !

Portrait de asp

La parole est à vous!