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Une loi contre la recherche sur les grands singes

Blogue ta science, le 6 décembre 2011, 13h29

D’ici un an, les laboratoires de recherche américains n’auront plus le droit d’utiliser des grands singes: chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outans et gibbons.

© Eric Gevaert | Dreamstime.com

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Le Gabon et les États-Unis sont les seuls pays qui pratiquent encore des expériences scientifiques sur les grands singes.

Chez nos voisins du sud, seuls les chimpanzés sont employés à cette fin.

On estime qu’ils sont au nombre de 1000.

Depuis des années, les groupes de défense des droits des animaux font valoir que les grands singes, des animaux intelligents et sociables, sont soumis à des pratiques cruelles et souffrent d’isolement dans les centres de recherche.

Pour ces militants, il s’agit d’une victoire importante.

Par contre, des chercheurs craignent que cette interdiction nuise à la recherche médicale, notamment à l’élaboration de vaccins et de médicaments.

Cette décision ne serait pas uniquement motivée par le bien-être des grands singes.

En effet, cette loi permettra au gouvernement américain d’économiser environ 30 millions de dollars annuellement

6 commentaires

Portrait de Marie-Christine D.

En fait, le Canada aussi autorise encore (ou autorisait?) la recherche sur les singes comme modèle expérimental lorsque nécessaire. Je le sais puisque j'ai déjà moi-même analysé du sérum de singe pour étudier la réponse immunitaire! En fait, je présume que d'autres pays qui font de la recherche de haut niveau utilisent également ce modèle. Par contre, peut-être que votre source parlait de "production" de singes pour la recherche; c'est-à-dire l'élevage en semi-captivité pour la recherche. Il y a en effet très peu d'endroits au monde où c'est fait à cause de diverses contraintes (notamment le climat et la disponibilité de singes).

Quoiqu'il en soit, cette nouvelle est peut-être une victoire aux yeux des groupes de défense contre les animaux, mais c'est une perte pour la science et la recherche scientifique qui pourrait conduire à moins de sureté lorsque viendra le temps de passer de la recherche préclinique (animaux) à clinique (humains).

D'ailleurs je lance la question: pourquoi interdire la recherche sur les singes si on n'interdit pas la recherche sur les humains ???

Portrait de Marie-Christine D.

ça revient donc à l'éternelle question pourquoi faire de la recherche sur les animaux....

Portrait de nguimond

Personnellement, j'y vois une raison très simple: les humains sur qui on teste ont le choix d'accepter ou de refuser.

Portrait de jbouchez

Je suis tout à fait d'accord avec toi Nathalie et j'allais apporter la même réponse absolument évidente. Les êtres humains, eux, ont le choix.
L'utilisation d'animaux à des fins de recherche scientifique est de moins en moins pertinente et de plus en décriée, même par certains chercheurs. Il est grand temps que l'éthique envers les animaux fasse partie du vocabulaire de la recherche scientifique.
J'ajouterai que l'argument de la sécurité est consciemment ou inconsciemment amené quand on parle d'expériences sur les animaux. Dès lors, le grand public n'a d'autre choix que d’acquiescer devant cet argument "peur".

Il est quand même hallucinant que sous certains aspects, l'être humain utilise des animaux pour essayer de trouver des remèdes aux maladies qu'il a lui même créé par son mode de vie (substances chimiques artificielles, pollution, cosmétiques, pouvant avoir un effet sur le déclenchement des cancers ou bien avoir un effet prouvé sur l'apparition de l'athérosclérose. Voir les travaux du Dr François Reeves à ce sujet).

Pour conclure, il faudrait un encadrement strict des ces expérimentations afin de vérifier s'il n'existe pas une alternative à ce choix pour chaque expérience. Ah oui j'allais oublier, cela coûterait trop cher et les animaux n'ont pas le droit à la parole, la nature ne leur a pas donné cette faculté.

Portrait de Marie-Christine D.

@ Jérémy: pour répondre à votre commentaire sur "encadrement strict des ces expérimentations "
Voici grosso modo les phases de développement d'un nouveau médicament:
1- Recherche fondamentale (découverte de molécules intéressantes par hasard ou par screening)
2- "Screening": on teste une panoplie les molécules in vitro pour voir si elles ont l'effet escompté ou non (il peut parfois y en avoir plusieurs milliers, voir des dizaines de milliers).
3- Tests plus poussés (bio-essais) sur des cellules en culture (lignées cellulaires ou cellules primaires prélevées de donneurs), souvent quelques centaines testées, pour finalement aboutir à quelques unes seulement).
4- Phase préclinique: Tests des molécules qui ont passé toutes les étapes (évidemment peu nombreuses). On les teste dans un contexte in vivo sur un modèle animal approprié.
5- Les molécules qui ont donné des résultats acceptables dans les modèles animaux sont ensuite testés chez les humains = phase clinique I, II et III.

Vous comprendrez qu'on peut utiliser toutes les alternatives possibles: bioinformatique, bioessais, tests in vitro tant qu'on veut, mais quand on arrive à l'étape 4, il faut passer à l'action, sinon le développement est bloqué. En tant que société, nous avons fait un choix moral et éthique d'utiliser les animaux comme modèles pour des tests et ce, dans le respect et lorsque c'est nécessaire seulement. Ainsi, on n'utilise pas d'animaux avant que le processus ne le demande. Il serait inutile de tester dès l'étape 1 par exemple.

Bien sûr, tous ces processus sont rigoureusement encadrés. Comme Patrick l'a indiqué, il faut être accrédité comme laboratoire pour faire du préclinique et du clinique, et dans les nombreuses conditions, il faut toujours non seulement minimiser l'utilisation, mais également le nombre d'animaux pour réaliser une étude. Parmi les autres critères, il faut également avoir un comité éthique indépendant qui comprend des scientifiques de l'établissement ET des personnes du grand public. Les abus sont ainsi limités.

Cela dit, l'expérimentation non nécessaire est beaucoup plus contrôlée de nos jours qu'il y a quelques années et je crois qu'il s'agit en soi d'un bon avancement. Par exemple, plusieurs compagnies cosmétiques ont aboli leurs tests sur les animaux qui ne servaient pas à grand chose, sinon savoir que lorsqu'on met du shampooing dans les yeux d'un lapin, ça fait mal (!!). C'était inutile et cruel, maintenant c'est interdit.

J'espère que mon commentaire vous éclairera et vous rassurera.

Portrait de Patrick Paquette

Malheureusement, l’expérimentation animale en phase pré-clinique est un passage obligé avant de tomber une phase clinique. Toutefois, les expérimentations sur les grands singes sont somme toute peu abondantes. On parle beaucoup plus de souris, rat et furet. Je sais bien que les images que cela suscite dans l’imaginaire du grand public ne sont pas des plus agréables, mais il faut savoir que ce n’est pas par plaisir que de telles expérimentations sont faites.

Il existe de plus en plus d’applications bioinformatique qui permettent de limiter l’utilisation d’animaux dans le développement de produits pharmaceutiques. Cependant, il vient toujours un moment ou l’on doit tester un produit in vivo pour la première fois! Et là l’éthique ne permet pas d’utiliser les humains comme cobaye. Les études sur les sujets humains consentants ont lieu en phase 3 d’essai clinique, lors que nous avons toutes les raisons de croire que l’administration du produit n’aura pas d’incidence négative sur la santé. Je dis bien "toutes les raisons de croire", car il arrive parfois lors de la phase 4 de l’étude que le produit soit retiré, car des effets indésirables non négligeables se manifestent dans la population. Pour terminer, sachez que l’octroi des permis sur l’expérimentation animale est rigoureusement contrôlé et que chaque demande est préalablement approuvée par un comité d’éthique indépendant et dument accrédité.

J’ai hâte de voir le jour où nos connaissances médico-scientifiques nous permettront de nous passer de la recherche sur les animaux, car je crois qu’il s’agira là d’un grand pas pour la Science! En attendant, l’éthique commande de tester d’abord sur eux avant de le faire sur nous, tout en respectant la dignité animale, aussi malmené puisse-elle paraitre dans l'opinion populaire...